vendredi 3 mai 2024
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Kiosquier, un métier en péril Par Jean-Paul BRIGHELLI

Où achetez-vous vos magazines en ce moment ?
À Marseille et Lyon, plus aucun titre national n’est disponible depuis plus d’un mois. Depuis la mise en redressement judiciaire à la mi-mai de Presstalis, principal diffuseur de la presse nationale, les antennes (SAD) des deux plus grandes villes de France après Paris ont déclaré forfait, occupées qu’elles sont par la CGT, qui sous prétexte de défendre l’outil de travail, est en train de le détruire.
Et de détruire du même coup les distributeurs de journaux, d’hebdomadaires et de mensuels, tout ce qui tisse le réseau d’information essentiel à la vie démocratique. Inutile de se plaindre de la désaffection des urnes : ce second tour des élections municipales s’est déroulé dans un trou noir de la presse papier.

Les incidences d’une telle politique jusqu’au-boutiste sont nombreuses.
D’un côté, la presse, sans débouchés commerciaux, meurt par étouffement. De plus en plus de magazines ne comptent plus que sur la diffusion en ligne pour survivre — et il y a des gens qui tenaient à lire leur journal en le tenant à la main, pas devant un écran. À le lire durant leurs trajets, en métro ou en train. À le lire le soir, tranquilles, allongés dans leur lit.
Par ailleurs, une désaffection se crée nécessairement vis-à-vis des kiosquiers, qui n’ont plus que des étalages vides à proposer à leur clientèle. En 2004, il y avait 55 kiosques à Marseille. Il en reste 20. Demain, ils seront bien moins nombreux, faute de rentrées financières. Pour le moment la Provence à Marseille ou le Progrès à Lyon ne réclament pas leur dû — mais jusqu’à quand ? Au sortir de la crise sanitaire, pendant laquelle les kiosquiers n’ont en général ouvert que le matin, ils se retrouvent obligés de pérenniser une option qui nécessairement réduit leur capacité de vente — et réduit d’autant le réflexe des clients, dépités de s’entendre répondre que non, Marianne, le Point, l’Express, Paris-Match, Valeurs Actuelles, et l’ensemble des hebdos de télé ne sont pas là. Ni aucun des quotidiens nationaux.
Enfin, cela supprime l’accès à une presse libre et diversifiée. Demain ne subsisteront que les fake news d’Internet.

Curieuse attitude que celle de la CGT, qui reste arcboutée sur des pratiques héritées du mythe ouvrier du XIXe siècle. La centrale de Philippe Martinez vit encore à l’époque de Germinal. Front contre front, sus aux patrons, faisons-leur rendre gorge.
Mais ça ne marche pas — on l’a bien vu à la SNCF. Le risque évident est l’ubérisation de tous ces services pris en otages par des syndicats irresponsables. Défendre son travail, certes — mais pas en menaçant le travail des autres.

Kiosque marseillais – photo Le Méridional

Vincent* est kiosquier près du port — et son métier, il le fait bien, un mot aimable à chacun, une science sans faille de son stock. Septuagénaire, il n’a que son kiosque pour vivre (et ce qu’il touche pour chaque exemplaire vendu est vraiment dérisoire). Depuis quatre mois, son métier est au point mort, d’abord par la faute d’un confinement radical car pensé dans l’urgence, faute d’une réflexion en amont, puis à cause du blocage de la SAD marseillaise. On hésite à lui demander avec quoi il mange. Son kiosque, c’est sa vie. Ce que le coronavirus, auquel il a échappé, n’a pas fait, la CGT s’en charge. À petit feu.

L’information est un rouage essentiel de la démocratie. Quotidiens et hebdomadaires offrent un autre son de cloche que des chaînes d’info qui imposent plus de chaînes que de vraies infos, on l’a assez vu depuis quatre mois. La CGT devrait comprendre que c’est dans une presse pluraliste qu’elle trouvera les relais médiatiques dont elle a besoin, pas dans une information monocolore, centralisée et contrôlée par de grands groupes qui font silence sur les revendications d’employés mécontents. Bloquer la distribution est le plus sûr moyen de mettre en faillite une entreprise déjà défaillante, qui sera remplacée demain par des systèmes indépendants, avec des livreurs payés au lance-pierre, juchés sur leurs vélos. Et non-syndiqués.

Jean-Paul Brighelli

(*) J’ai changé son nom, à sa demande. Il préfère ne pas s’exposer, me dit-il, aux représailles syndicales. Et il parle en connaissance de cause.

Elle a été réélue à la majorité absolue Martine Vassal : le plébiscite

C’est la politique des montagnes russes : battue à la régulière samedi aux municipales de Marseille par Michèle Rubirola, (celle qui se pose un peu là), Martine Vassal (LR) a pris sa revanche cinq jours plus tard en étant réélue présidente de la métropole Marseille-Provence avec une majorité beaucoup plus large que celle espérée par sa famille politique.

Détestée hier, adulée aujourd’hui : Martine Vassal est passée en cinq jours de l’abattement à la résurrection. Déjà majoritaire avec 109 voix dans l’hémicycle du Pharo, Mme Vassal a largement étoffé son capital naturel de suffrages puisqu’elle a été élue dès le premier tour de scrutin avec 145 voix sur 239 suffrages exprimés, soit 25 voix de plus dans son escarcelle puisqu’il suffisait de 120 voix pour obtenir la majorité absolue.

Il s’agit donc d’un véritable plébiscite puisque 25 voix de gauche se sont spontanément portées sur son nom.  Lesquelles ? Inutile de fureter et de lancer Eliott Ness ou le commissaire Maigret dans des recherches d’isoloir, elles demeureraient vaines car le vote a eu lieu à bulletins secrets. N’empêche, la claque essuyée par le communiste Gaby Charroux est éclatante : il ne réunit que 61 suffrages sur les 95 espérés et il va sans doute se demander longtemps quels sont ses amis aux humeurs printanières mais parfois versatiles qui l’ont abandonné en chemin…

Le fait est là. Charroux s’est fait empapahouté dans les grandes largeurs. On ne saurait en dire autant de Jean-Pierre Serrus, candidat de La République en Marche, ex-LR, qui a obtenu 22 voix au total, au lieu des 13 sur lesquelles il pouvait compter. Soit 9 de plus que son assiette normale. Des suffrages surnuméraires qui ne peuvent, là aussi, que venir des rangs de la Gauche, décidément très éclatée, puisque Mme Vassal et Stéphane Ravier ont chacun fait le plein de leurs voix.

Si vous ajoutez les 25 voix d’élus de Gauche qui ont choisi Vassal et les 9 voix de Gauche qui ont opté pour Serrus, vous obtenez un total faramineux de 34 élus de Gauche qui ont boycotté d’emblée leur camp. Voilà qui promet bien des tracas à Mme Rubirola, la nouvelle mairesse de Marseille, qui va devoir évoluer avec cette épée de Damoclès permanente au-dessus de la tête et cette interrogation lancinante : quels sont les 34 renégats qui nous ont fait défaut ?

La fin du « monstropole »

La métropole étant bipolaire, avec une tête à Marseille, et une tête à Aix-en-Provence, l’élection de l’excellent financier et économiste aixois Gérard Bramoullé en qualité de premier vice-président est un gage d’équilibre et de répartition équitable des ressources. Lui aussi, notez-le, a rassemblé 145 suffrages sur son nom, contre 80 votes blancs et 15 abstentions. C’est bien la première fois de sa vie que M. Bramoullé pourra s’enorgueillir d’avoir été élu par une partie de la Gauche…En tout cas, Maryse Joissains, mairesse inamovible d’Aix, sera bien présente à ses côtés pour « épauler » Martine Vassal et l’empêcher de sombrer dans les délires du « monstropole » qu’elle éreintait sous la présidence de Gaudin.

Très applaudie par sa large majorité, Mme Vassal a reconnu qu’elle ne s’attendait pas à un tel plébiscite : « mon score prouve que j’arrive à rassembler bien au-delà de ma famille politique », a-t-elle constaté sobrement. C’est le moins qu’on puisse dire. Ceux qui avaient préparé en douce un coup de Jarnac ou une nouvelle « enfillonade » en seront pour leurs frais. C’est raté.

Martine Vassal va pouvoir en toute légitimité amorcer une réforme profonde de cette institution assez lourde dont le fonctionnement a été jusqu’ici un échec. Elle va lancer sa « métropole de projets » en s’appuyant davantage sur les maires : à eux les compétences de proximité, à la métropole les compétences stratégiques relatives à l’aménagement du territoire et à la mobilité.

Martine Vassal sera la présidente de la république Marseille-Provence et les 92 maires seront ses premiers ministres qui pourront, enfin, s’occuper de ce qui les regarde. Souvent entravée par les difficultés administratives et l’inertie du « millefeuille », la métropole vient de renaître de ses cendres. Exactement comme une certaine…Martine Vassal.

José D’Arrigo

Rédacteur en chef du Méridional

Photo : extraite de la page Facebook de Martine Vassal

Martine Vassal – Bruno Gilles La double mort du Gaudinisme

Non, les Républicains ne pouvaient pas gagner cette élection municipale. Pour une raison très simple : ils étaient marqués par les stigmates de la division et l’infamie de la rue d’Aubagne, même s’ils n’en étaient pas directement responsables.

Le fameux « ticket » Gaudin-Muselier a bien fonctionné jusqu’en 2014, date à laquelle Jean-Noël Guérini n’a été battu que sur le fil grâce à un changement radical de slogan de campagne entre les deux tours de scrutin : « j’aime Marseille, je vote Gaudin ».

Cette fois, les Républicains se sont désunis d’emblée en se livrant à une pitoyable guerre des egos. Ils ont offert à l’opinion un « ticket inversé » selon les secteurs : Vassal-Gilles, Gilles-Vassal. Dans les huit secteurs de Marseille, les électeurs de droite ont été invités, à leur corps défendant, au spectacle désolant des escarmouches, des petites phrases assassines, des suspicions de fraudes sur les procurations et des procès d’intention entre les deux « bébés Gaudin » : Martine Vassal et Bruno Gilles.

Malgré les objurgations de Renaud Muselier, les deux prétendants au trône ont vite oublié que leur division ne pouvait qu’être néfaste, voire suicidaire, pour leur camp. Certes, tous deux ont eu le courage de se ressaisir et de revenir à de meilleurs sentiments : Vassal en s’effaçant in extremis au profit de Guy Teissier après son échec dans le 6/8, et Bruno Gilles en donnant ses deux voix à son ex-parti. Mais c’était bien trop tard pour réparer les pots cassés. Ils étaient devenus inaudibles.

Aucun dauphin à sa taille

Juché sur son piédestal, les mains croisés sur son embonpoint, Gaudin le rassembleur de chrysanthèmes a dû jubiler en douce et ricaner sous cape en voyant ses héritiers putatifs s’étriper à qui mieux mieux. Son vœu ultime s’ancrait ainsi dans la légende : rendre les clefs à la Gauche, aucun dauphin n’étant jugé à sa taille, comme Defferre en son temps…

L’histoire retiendra sans doute que Gaudin n’est qu’une créature de Gaston Defferre, effaré de l’ambition dévorante de Charles-Emile Loo et de son ascension en qualité de trésorier national du PS, et qui décida d’y mettre brutalement un terme aux législatives de 1978 à Marseille…en faisant voter les gros bataillons socialistes en faveur du jeune et primesautier Gaudin, incarnation d’une droite centriste jugée inoffensive.

De même, Guy Teissier l’a bien compris, Gaudin n’a pas fait tout ce qu’il pouvait faire pour conserver Marseille dans son camp politique. Il a divisé sa propre famille, puis il a assisté au désastre comme à un match de l’OM. En se frottant les mains et en comptant les points. Le jeu politique ressemble ici à un exercice de tuerie sur fond de mots doux et d’étreintes amicales. Gaudin m’avait confié un jour, alors qu’il briguait la présidence du Sénat :

« Vous savez, au Sénat aussi, on tue en douce ses adversaires, mais les moquettes du palais du Luxembourg sont si épaisses que les cadavres ne font jamais de bruit en tombant sur le sol… »

Non, décidément, la Droite ne méritait pas de gagner cette élection. Lorsque les médias socialistes se félicitent de la défaite de Stéphane Ravier (RN) dans le 13/14 et de la victoire au forceps de David Galtier (LR) au second tour, ils feignent d’ignorer que ce résultat inespéré n’a été rendu possible que par la défection volontaire de la Gauche au second tour, ce qui revient à reconnaître que le score final de Martine Vassal est aussi lié au bon vouloir de ses adversaires, et donc, sans grande signification.

Dans l’autre sens, Samia Ghali, elle aussi en panne de mémoire, fait semblant d’oublier que si Martine Vassal n’avait pas retiré de la course au second tour son candidat Moussa Maaskri (14 % des voix), elle aurait été battue à plate-couture par le Printemps marseillais de Coppola et jetée aux orties. Elue avec 5025 voix sur 47 912 inscrits, Ghali n’a recueilli « que » 10,48 % des inscrits mais elle a su faire payer très cher son petit pécule à ses nouveaux amis. Croyez-vous que ce résultat étique, squelettique, justifiait ses prétentions exorbitantes qui semblent davantage relever du caïdat politique que de la légitimité républicaine ?

Conciliabules interminables, chantage, pression, Mme Ghali aura maintenu le suspense de sa double allégeance possible jusqu’au bout du bout. Finalement, Mme Rubirola a cédé. Elle lui a tout donné pour bénéficier d’une majorité absolue de 51 voix au sein du conseil municipal : elle lui a confié un poste de deuxième adjointe, Payan étant inamovible à ses côtés, et trois autres adjoints choisis parmi les huit élus de sa liste : Roland Cazzola (11eme adjoint), Marguerite Pasquini (22eme adjointe) et Sébastien Jibrayel, le fils de son père (29 eme adjoint).

La mairesse et la traitresse

Dans l’autre camp (supposé), Mme Ghali a une sœur qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau : il s’agit de Lisette Narducci, la dame de tous les bons partis, mais surtout du sien. Voilà une élève de Guérini, qui soudain devient gaudiniste, puis qui fait campagne aux côtés du gaulliste Bruno Gilles parce qu’elle se sait barrée par Solange Biaggi dans le 2/3 et qu’elle n’a pas d’autre issue pour exister dans ce secteur. Elle réussit à battre sa rivale d’une poignée de voix au premier tour mais doit s’incliner au second tour, ce qui la condamne à être une simple conseillère municipale, poste qui ne satisfait pas ses ambitions.

Alors, elle va crier famine chez Rubirola sa voisine dans l’espoir de décrocher une prébende contre son allégeance et son vote. Et, bingo, elle décroche un poste de 26eme adjointe qui sanctionne sa piteuse félonie. Toutefois, la nouvelle mairesse de Marseille devrait se méfier des convictions versatiles de Lisette qui a été guériniste, socialiste, radicale, gaudiniste, gilliste et nouvellement rubiroliste…et se souvenir de l’avertissement de Stéphane Ravier : « nous préférons laisser entre eux les magouilleurs et les marchands de tapis ».

Cette élection marquera aussi l’échec d’une toujours possible union des droites tant espérée par les patriotes depuis des lustres :celle qu’avait réalisée de concert Jean-Claude Gaudin et Ronald Perdomo (FN) avait permis de conquérir le conseil régional en 1986 mais l’expérience n’a pas eu de suite. La double mort du gaudinisme, elle est là, aussi. Teissier et Stéphane Ravier n’ont pas réussi à s’entendre, au grand dam de leurs électeurs respectifs, ce qui remet cette entente hypothétique aux calendes grecques.

Que restera-t-il de cette échauffourée électorale empuantie par des suspicions tous azimuts de fraudes aux procurations et de bourrages d’urnes, y compris dans le secteur de Mme Ghali, ce qui pourrait conduire à une annulation du scrutin dans le 15/16, puisque seulement 386 voix séparent la nouvelle deuxième adjointe de Jean-Marc Coppola…Rien ou presque.

 Un parfum de désolation et de frustration. Comme toujours après les brusques montées de température qui rythment la vie de Marseille. Dans le secret de son cabinet, la nouvelle mairesse va devoir arbitrer entre des ambitions contradictoires dans un contexte budgétaire drastique avec l’obligation absolue pour l’ancienne hippie du Larzac et la talentueuse chanteuse de Gospel de trouver le bon tempo entre les diverses intonations de son patchwork ingouvernable.

Rubirola est bien là, mais elle devra trouver le « la ». Entre des partis qui se détestent (Verts, PS, PC), elle devra faire prendre la mayonnaise avec autant de brio qu’elle a réussi à le faire durant la campagne, c’est-à-dire en empaquetant le tout dans un concept marketing affriolant (le printemps) pour mieux masquer la flétrissure d’étiquettes vérolées. Puis, elle devra remettre à leur place ses alliées de circonstance qui marchandent le destin de la ville comme des brocanteurs du marché aux Puces. Elle aura largement le temps de se rendre compte, elle, la « technicienne de l’humain », qu’elle est entourée de techniciennes de surface politique…

Ce n’est pas Vassal, c’est elle, Rubirola, qui devra incarner « une volonté pour Marseille ». Elle semble pleine de bonne volonté, mais il n’est pas interdit de penser qu’elle finira, elle aussi, tôt ou tard, dans les bégonias. Parce que c’est ça Marseille.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Rubirola hélas! Marseille : le printemps de Prague

Toutes les grandes escroqueries politiques sont nées sur la promesse d’un monde meilleur. La pseudo-révolution de mai 1968 en France a engendré une génération entière de dirigeants et de PDG qui épouvanterait les étudiants chahuteurs qu’ils ont été durant leur adolescence.

L’avènement de Mitterrand en 1981 a été perçue comme une libération festive par toute une jeunesse socialiste et communiste qui a été cruellement déçue par la suite. De même, l’élection de Jacques Chirac à la présidence en 1995 devait permettre l’éclosion des valeurs de la droite nationale : indépendance, liberté, ordre, responsabilité, souverainisme. Il n’en a rien été.

Avec Sarkozy, ils croyaient au karcher et ils ont eu Kouchner. Hollande et Macron n’ont été que les clones invertébrés de leur propre substance. La politique n’est souvent qu’une malédiction saluée par la liesse populaire. Les idées mirifiques s’y enlisent inexorablement dans la mélasse du quotidien…

Voilà pourquoi la victoire surprise de Michèle Rubirola me paraît du même ordre que les espoirs fous suscités en 1968 par le printemps de Prague et son fameux « socialisme à visage humain ». Le réformateur Alexander Dubcek avait cru pouvoir s’émanciper de la tutelle du parti communiste soviétique en introduisant en Tchécoslovaquie la liberté de la presse, la liberté de circulation et la démocratisation de la vie publique. Le printemps de Prague s’est soldé le 21 août 1968 par l’invasion des chars de combat et les soldats du pacte de Varsovie qui ont imposé leur « normalisation » en abandonnant toutes les réformes libérales de Dubcek. Rideau.

Les rêves idéologiques s’achèvent souvent par un réveil brutal aux réalités. Le Printemps marseillais n’échappera pas, hélas, à cette issue tragique. Tout se passe comme si le patchwork bricolé par le tandem vert et rose, Rubirola-Payan, était irisé de reflets brillants qui attirent les électeurs déboussolés. On appelle ça un « miroir aux alouettes ». C’est un leurre trompeur doté d’un emballage clinquant qui permet de piéger, en fin de cycle, ceux qui croient encore en un Marseille débarrassé pour toujours du clientélisme, du clanisme, du communautarisme, du népotisme et des guichets obligatoires sur le fronton desquels on peut lire la formule magique : « un tien pour deux tu me rendras… »

Les mêmes qui exultent aujourd’hui sur les décombres du gaudinisme auront demain la gueule de bois. Qui trop embrasse mal étreint. Les nouveaux venus veulent que « tout le peuple de Marseille s’implique dans la gouvernance de la ville » (Fortin), ils rêvent de « réconciliation entre Marseille-Nord et Marseille-Sud » (Ghali) alors que ces deux Marseille ne sont plus dos à dos mais face à face, et la nouvelle mairesse promet à ses ouailles que « le clanisme, le clientélisme et le népotisme, c’est fini ». Formidable. Génial.

La vérité, c’est que les marionnettistes du système politique vont simplement changer de titulaires. Voilà tout. Les alouettes folles de La Plaine vont s’écraser inéluctablement contre les bouts de miroir agités frénétiquement au-dessus de la Bonne Mère par les écolos, les socialos, les cocos et les gauchos. Le stratagème brillant ne fonctionnera qu’un temps, puis il s’écroulera, comme d’habitude, victime des vices de la nature humaine et des rouages d’un système implacable qui broie les plus belles intentions et saccage les âmes.

Que va-t-il se passer maintenant ? Les Marseillais qui croyaient naïvement à la légende de la pastèque (verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur) vont probablement vivre un été caniculaire avec une crise sociale, économique et financière sans précédent. Ils vont ramer jusqu’à l’automne dans l’attente d’une embellie et verront alors avec tristesse et consternation que les arbres de Rubirola ne tiennent pas la promesse des fleurs. Les feuilles tomberont en abondance et la végétation naguère luxuriante s’étiolera. Puis viendra l’hiver, semblable à celui de novembre 1956 à Budapest au cours duquel les révoltes populaires furent écrasées sans pitié et dans le sang.

Les nouveaux « gilets jaunes » seront tabassés et emprisonnés, leurs utopies abolies. Ils comprendront alors que l’élection au rabais de Rubirola (66512 suffrages seulement pour le printemps marseillais sur un demi-million d’inscrits) n’était qu’une victoire à la Pyrrhus, obtenue au prix de promesses si lourdes et si incohérentes qu’elles compromettent d’emblée leurs chances de succès final.

Et le Printemps marseillais aura vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin…

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Il a largement battu la mairesse sortante Vincent Goyet : un solide rempart pour Saint-Mitre

Vincent Goyet, 40 ans, nouveau maire de Saint-Mitre-Les-Remparts, s’est battu comme un lion durant six ans pour parvenir à convaincre une large majorité des électeurs Saint-Mitréens  du bienfondé de son projet. Le 28 juin, il les a ralliés à sa cause.

En 2014, Vincent Goyet n’avait réuni sur son nom que 24,12 % des suffrages contre 42,99 % à sa rivale Béatrice Aliphat, une mairesse qui s’est révélée être assez dirigiste et dont la gestion chaotique du personnel municipal a abouti à de nombreuses procédures judiciaires.

Très respectueux de la démocratie, considérant que Béatrice Aliphat était du même bord politique que lui, Vincent Goyet lui avait alors tendu la main pour travailler avec elle en bonne intelligence, mais il avait alors essuyé un refus dédaigneux. Alors, le pugnace Goyet s’est tourné vers ses coéquipiers et leur a dit : « nous allons nous transformer en laboureurs…»

En laboureurs politiques, évidemment. Vivant tous à Saint-Mitre et rencontrant les habitants au quotidien, ils ont tissé des liens avec eux, écouté leurs doléances et creusé patiemment le sillon de la proximité tandis que la mairesse, élue et vice-présidente de commission au conseil régional, passait le plus clair de son temps à Marseille. Présents en permanence à Saint-Mitre et bossant leurs dossiers, Goyet et ses amis ont pointé les erreurs grossières de Béatrice Aliphat, par exemple son idée saugrenue de construire 1000 logements à Saint-Mitre alors que 450 suffisent amplement aux besoins des habitants et qu’ils permettent de s’insérer dans le paysage sans porter atteinte à la beauté du site.

Pour Vincent Goyet, il n’est pas question de céder aux sirènes de l’urbanisation galopante et il sera un véritable rempart contre les jobards du gigantisme et de la bétonite aiguë. « Construire d’accord, estime Goyet, mais sans dévorer nos collines et sans rien cacher aux riverains sur certaines parcelles enclavées et peu propices à l’aménagement de logements collectifs. La forme urbaine, la hauteur et la densité des logements nouveaux doivent s’intégrer harmonieusement dans le site existant et ne pas injurier la nature ».

Nos Photos : Vincent Goyet et son équipe : un sourire rayonnant pour le renouveau de Saint-Mitre-Les-Remparts. (Photos Jean-Baptiste Raboin)

La stratégie du laboureur

La mairesse, trop préoccupée par son mandat régional et ses responsabilités à la commission « croissance verte, transition énergétique, énergie et déchets », aurait été bien inspirée de penser en priorité au développement durable de son propre village. A ceux qui osaient lui reprocher son absence, elle a laissé entendre que finalement, le cumul des mandats avait du bon et pouvait se justifier pour être plus efficace, une sornette régulièrement agitée par Jean-Claude Gaudin pour faire accepter sa double casquette marseillaise et parisienne.

Bref, la belle mairesse n’a pas senti venir la patate, tant et si bien que le 28 juin, à l’issue du second tour de scrutin, le score des deux rivaux s’est tout simplement inversé : Vincent Goyet 54,37 % des suffrages et Béatrice Aliphat 45,63 %.

Vincent Goyet, le laboureur, a gagné 632 voix en six ans tandis que sa rivale en perdait 247 durant le même laps de temps. Avec une participation de 60 % des électeurs inscrits, la victoire du jeune républicain est à la fois éclatante et indiscutable. Nul n’a d’ailleurs songé à la discuter et la mairesse sortante a reconnu sa défaite avec fair-play, souhaitant bonne chance à son successeur.

Vincent Goyet va à présent réanimer Saint-Mitre et la faire revivre. Les charges excessives de personnel seront réexaminées car la mairesse les avait augmentées de 500 000 euros environ en trente mois, le centre-ville sera revitalisé et le sens unique de circulation qui ne permet pas aux visiteurs de s’arrêter sera revu et corrigé. Saint-Mitre va changer d’ère, avec un nouveau plan local d’urbanisme plus cohérent, plus écologique et surtout plus en phase avec les vœux des habitants.

 Sept nouvelles plages seront aménagées sur le modèle de celles de Martigues avec tables de pique-nique et plantation de palmiers. Comme les eaux de l’étang de Berre sont de plus en plus pures et que les anguilles et les hippocampes sont de retour, voilà une très heureuse initiative. Le centre ancien sera restauré au fil du temps et plus personne ne pourra dire que Saint-Mitre est une cité qui dépérit.

Saint-Mitre ville dortoir, c’est fini. Cap sur l’animation, le changement, le commerce, la vie. Vincent Goyet va s’appuyer sur des gens bien, pas des idéologues sectaires, des gens de tous horizons qui ont la même ambition pour leur village et parlent donc le même langage. Ceux qui ont tenté de multiplier les attaques sordides sur l’équipe Goyet en seront pour leurs frais : on ne gagne pas en éclaboussant des torrents de boue sur ses adversaires dans les réseaux sociaux sans se discréditer soi-même. Oui, Vincent Goyet sera le vrai rempart de Saint-Mitre contre les miteurs et autres dynamiteurs de paysage qui tenteraient d’abîmer son site merveilleux.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Carrière grecque antique de la Corderie Jean-Noël Beverini : Lettre ouverte à Jean-Claude Gaudin

Monsieur Jean-Claude Gaudin

Maire de Marseille

Cher monsieur le maire,

J’ai attendu longtemps. J’ai attendu jusqu’au dernier moment. Et mon attente longue, jusqu’au dernier moment, est restée sans réponse. Le 18 juin dernier, à l’occasion d’un déjeuner en compagnie de personnes que vous estimez, je vous ai remis personnellement une lettre. Deux feuillets et demi accompagnés d’une aquarelle d’un de nos grands artistes marseillais représentant Pythéas en couleur d’ambre, si évocatrice de son périple maritime. Pythéas se joignait symboliquement à ma lettre en raison de son objet : la carrière grecque antique dite de la Corderie.

Il y a 2600 ans, cette Grèce, par le choix de ses Phocéens, fondait notre ville. 2600 ans qui rendent unique Marseille comme première « ville » de France. Marseille n’est pas, en effet, la seconde ville de France mais en est la première grâce à ses fondateurs, nos fondateurs. Aucune autre métropole ne peut afficher une telle naissance, une telle ancienneté, une telle antériorité.

Cette unicité est à la fois un honneur et une responsabilité. Si nous perdons ce sens de la responsabilité, nous perdons par là-même le sens de l’honneur. J’ai attendu jusqu’au dernier moment… Dans ma lettre du 18 juin concernant les vestiges de la carrière grecque antique de la Corderie, je vous écrivais :

«  Nous ne pouvons laisser notre matrice fondatrice dans l’état d’abandon où elle se trouve depuis trois ans. Nous ne pouvons la laisser. Vous ne pouvez la laisser ».

Évoquant l’ancien remarquable soutien apporté par madame Jacqueline de Romilly pour la préservation et la valorisation du complexe grec du VI ° siècle avant J.-C. découvert sur le site du Collège Vieux-Port, je vous invitais respectueusement à prendre une décision ultime de sauvetage d’une partie de cette carrière grecque, mémoire originelle de notre Ville.

Il ne s’agissait même plus de sauvegarde, de protection, de valorisation mais bien de « sauvetage ». Un SOS, en quelque sorte. C’est le cas de le dire. « Save or sink ». Sous la montée des eaux d’infiltration, de résurgence, ce lieu fondateur, tel un navire en perdition, est sur le point de disparaître malgré le classement décidé par l’État. L’arrêté d’inscription au titre des monuments historiques suivit la visite de la ministre de la Culture à Marseille le 7 octobre 2017. Le Groupe Vinci, par courrier du 3 novembre 2017, s’engageait fermement : construction d’un belvédère muni d’un ascenseur, ouverture d’un chemin permettant accès, mise en valeur des vestiges, déplacement d’un « banc de taille », présentation d’éléments mobiliers remarquables, installation d’une protection en verre. (Communiqué ministère de la Culture du 8 novembre 2017).

Vue partielle des vestiges à l’issue des Fouille. Ce « Monument historique » classé, est en l’état depuis trois ans (Photo juin 2020).

À noter: Panneau planté sur le site inaccessible et mentionnant la présence d’un monument historique (Photo juin 2020)

À gauche, les bancs de taille montrant les marques laissées par les outils des carriers.À droite, les sarcophages encore en place, les « négatifs »(creux laissés dans la roche après retrait des sarcophages terminés),À l’extrême droite, les « bancs » horizontaux destinés à devenir les couvercles des sarcophages.

Photos : Jean-Noël Beverini 

Tout cela est resté lettre morte. La carrière se meurt. Sans une ultime décision la carrière est morte.

J’ai attendu. J’ai attendu longtemps. Évidemment les Services de l’État sont en première ligne. Notre ville doit-elle pour autant se sentir non concernée ? Il s’agit de NOTRE Histoire. Notre patrimoine et notre patrimoine antique sont tombés dans la plus grande ignorance. J’ose l’écrire : cet abandon est pitoyable et scandaleux. Indigne de la plus ancienne ville de France redécouvrant sa carrière fondatrice. L’immeuble élevé, la carrière peut pourrir. Quel mépris pour notre Histoire. Faut-il nous résigner à placer la Culture dans l’oubli de l’ancien monde ?

Préserver notre Histoire est aussi une question de solidarité, de solidarité entre les âges, entre les siècles. En détruisant notre Passé, nous détruisons notre âme. Comment s’étonner ensuite de l’émergence d’une société sans âme ?

Je vous parle, cher monsieur le maire, avec une totale franchise, tout en sachant l’attachement immodéré que vous portez à Marseille. C’est précisément sur le fondement de cet attachement que nul ne saurait mettre en doute que je vous adresse ce dernier courrier.

Je vous prie de bien vouloir recevoir, à nouveau, l’assurance de mes francs et respectueux sentiments.

Jean-Noël Beverini

Marseille : les clefs d’une élection souterraine

Incroyable ironie de l’histoire : Guy Teissier pourrait être sacré maire de Marseille ce samedi 3 juillet 2020 au bénéfice de l’âge (75 ans) par l’homme qui l’exècre le plus au monde, Jean-Claude Gaudin. Il faut savoir que depuis cinquante ans, Claude Bertrand l’éminence grise du maire, et Jean-Claude Gaudin lui-même, ont juré que cet ancien parachutiste, friand d’ordre, de responsabilité et de justice sociale, ne serait jamais élu maire de Marseille.

Le duo machiavélique a-t-il conspiré en secret contre son propre camp pour convaincre certains de leurs conseillers municipaux amis de voter pour l’extrême-gauche ou de s’abstenir à seule fin de mettre un terme définitif aux ambitions de leur éternel rival ? Les deux compères sont-ils à l’origine de l’extravagante sortie de Lionel Royer-Perreaut, réélu maire du 9/10, qui a décidé de se présenter contre son mentor en politique, celui qui lui a tout apporté après la mort tragique de Yann Piat dont il était l’attaché parlementaire ?

On serait tenté de le croire lorsqu’on considère les arguments de Lionel Royer-Perreaut pour justifier son choix : un, Teissier aurait passé des accords occultes avec le Rassemblement national pour bénéficier de leurs neuf suffrages, deux, Martine Vassal n’aurait consulté personne pour désigner Guy Teissier à sa place et seulement parce que c’est le doyen des conseillers, trois, l’électorat marseillais a décidé, par la nature de son vote ambiguë, de ne pas trancher entre l’extrême gauche et la droite républicaine, obligeant ainsi les élus des deux camps à s’entendre en vue d’une nouvelle « gouvernance partagée », naguère assurée par Teissier lui-même à la tête de la communauté urbaine.

Sur ce troisième argument, on ne saurait donner tort à Lionel Royer-Perreaut car les scores enregistrés par l’extrême-gauche et la droite républicaine sont beaucoup plus serrés que ne l’indiquent les médias socialistes. Au premier tour de scrutin, le « Printemps marseillais » a en effet totalisé 6735 voix de plus que Martine Vassal (LR) sur 507 412 électeurs inscrits, et au second tour, lorsque Martine Vassal et Bruno Gilles mêlent leurs suffrages, cet écart se réduit à 2232 voix, c’est-à-dire une poignée de figues au regard du demi-million d’inscrits sur les listes électorales. C’est là qu’on comprend que la Gauche n’a pas vraiment gagné cette élection, elle a profité des divisions de la droite qui s’est en quelque sorte « auto-flinguée »…

Teissier-Royer-Perreaut : une animosité ancienne

En revanche, les autres arguments de Royer-Perreaut sont fallacieux. Ils cachent une réalité plus prosaïque. Souvenez-vous de la préparation des élections municipales en 2019 : il avait fallu que Martine Vassal se déplace elle-même à Mazargues pour éteindre l’incendie entre Teissier et Royer Perreaut, tous deux candidats au même poste de maire. Teissier avait fini par s’effacer pour sauvegarder les intérêts de son camp mais tout le monde avait compris qu’il y avait désormais de l’eau dans le gaz entre l’élève et son maître.

Nous pouvons même vous confier que ce conflit larvé a failli dégénérer en bagarre judiciaire, tant la tension était vive entre ces deux-là. Finalement, tout s’est arrangé en surface avec grands sourires et embrassades en face des caméras. Mais les arrières pensées vindicatives viennent d’éclater au grand jour : entre le député et le maire du 9/10 c’est la détestation cordiale. Et si Royer-Perreaut s’est précipité pour briser la dynamique impulsée par Martine Vassal, c’est parce qu’il sait fort bien que si Teissier est élu, lui, l’élève très indocile, ne tardera pas à finir à la trappe…

La défection de Lionel-Perreaut et sa stratégie du « tout sauf Teissier » peuvent-elles empêcher Teissier d’être élu à la majorité absolue ? Certes oui. Pour que Teissier recueille les 51 voix nécessaires (sur 101 conseillers), il faut qu’il table sur les trois conseillers de Bruno Gilles – ça, c’est fait, en principe -, ce qui porte le score à 42 élus partout entre l’extrême gauche et la droite républicaine. A partir de là, si Teissier parvient à convaincre quelques élus du Rassemblement National et de Samia Ghali de voter pour lui, il peut flirter avec les 51 voix de la majorité absolue, mais il devra décompter de son total la précieuse voix de son ex-ami Royer-Perreaut qui fera défaut à son camp.

Vous voyez qu’on n’est pas sorti de l’auberge. D’autant moins que les voix de Samia Ghali, femme de gauche qui aimerait avoir l’appui de la Droite, n’iront certainement pas toutes au Printemps marseillais qui peut mathématiquement espérer obtenir 50 voix avec cet appui providentiel des savoureux chichis-fregis de « Ma-Ghali » à l’Estaque.

Seulement voilà, Ghali est clairement enférocé contre le Printemps marseillais qui a voulu l’évincer du champ politique en maintenant contre elle la candidature de Jean-Marc Coppola alors que le RN était bien placé pour l’emporter. Ghali sait parfaitement que si Coppola l’avait emporté – ça s’est joué à 386 voix seulement ! -, elle serait aujourd’hui confortablement installée dans les poubelles de l’histoire politique de la gauche marseillaise. La pasionaria de l’Estaque sera donc tentée de rendre à l’extrême gauche la monnaie de sa pièce, peut-être en faisant à son tour la courte échelle à Martine Vassal qui l’a puissamment aidée à vaincre en retirant son candidat du 15/16.

« Une personne de confiance »

En outre, Olivia Fortin, la tombeuse de Martine Vassal dans le 6/8, ne s’est pas gênée pour affirmer sur les ondes qu’il n’était pas question de nommer Samia Ghali en qualité de première adjointe de Mme Rubirola. « Il faut désigner une personne de confiance issue de nos rangs », a-t-elle tranché. Une « personne de confiance » en marseillais, ça signifie qu’on ne peut pas nommer n’importe qui à un poste clef. Bonjour l’ambiance.

Pour corser un peu cet imbroglio municipal, on s’aperçoit, en lisant les noms des neuf élus du Rassemblement national, que six d’entre eux sont « Teissier-compatibles ». Bernard Marandat, Franck Allisio, Eléonore Bez, Sophie Grech, Cédric Dudieuzère et Stéphane Ravier lui-même auraient du mal à accepter en effet que Marseille soit gouvernée par des zozos de l’extrême gauche, un camp qu’ils ont toujours ardemment combattu. Ils seraient assez favorables à un « pacte marseillais »pour faire barrage au péril rouge.

Par ailleurs, qui peut avancer avec certitude que le camp Ghali est monolithique ? Personne. Qui peut soutenir que Roland Cazzola, Sébastien Jibrayel (le fils d’Henri), Marguerite Pasquini, Nadia Boulainseur et Samia Ghali elle-même vont célébrer en grandes pompes leurs épousailles avec leurs tueurs présumés ?

Enfin, tous les conseillers de l’extrême gauche voteront-ils comme un seul homme pour Mme Rubirola ? Nul ne le sait. Réponse samedi à bulletins secrets dans les urnes, et au troisième tour à la majorité relative. Mais si Guy Teissier réalise enfin son rêve d’enfant, celui de devenir maire de Marseille, lui l’enfant pauvre des quartiers nord, on ne saura jamais à qui il devra son écharpe. A Samia Ghali ? A Stéphane Ravier ? A Martine Vassal ? Ou bien aux trois partiellement réunis ? Mais certainement pas à son éternel rival : le rancunier Jean-Claude Gaudin.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Seul contre tous à Aubagne Le triomphe de Gérard Gazay contre le « Printemps aubagnais »

Gérard Gazay, seul contre tous, a réussi à endiguer à la force du poignet la « vague pastèque » de ce second tour de scrutin et a été brillamment réélu maire d’Aubagne. Il faudra désormais compter avec cette nouvelle personnalité de premier plan du parti républicain dans les Bouches du Rhône.

Si la principale adversaire de Gérard Gazay, Magali Giovannangeli, incarnant l’union de toutes les gauches et une sorte de « Printemps aubagnais » avait fait le plein des voix potentielles de la Gauche et de l’Extrême gauche exprimées au premier tour, elle aurait totalisé plus de 6000 voix et aurait été aisément élue. Mais la politique n’est pas une affaire de mathématique. Son score n’est que de 5641 voix alors que Gérard Gazay recueille, seul, 6270 voix, soit 1900 voix de plus qu’au premier tour de scrutin.

 Ce n’est pas une simple réélection liée à une excellente gestion de la ville dans des conditions financières draconiennes, c’est un triomphe. Oui, un triomphe électoral, en dépit d’une abstention toujours élevée (60 % des inscrits). Car Gérard Gazay est parvenu à l’emporter seul contre le cartel hétéroclite du « Printemps aubagnais », contre la vénérable Joëlle Melin et les manœuvres déloyales de son ancienne colistière Sylvia Barthélémy qui rêvait, non pas de gagner, mais de le faire chuter en s’acoquinant avec la République en Marche.

Ces coalitions opportunistes, souvent fondées sur des rivalités de personnes, n’ont pas convaincu l’électorat aubagnais qui a infligé une gifle cinglante à ce bric-à-brac vindicatif écolo-gauchisant. Le résultat de Gérard Gazay est d’autant plus  remarquable qu’il a fait face à une réelle « vague pastèque » (verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur) qui a déferlé dimanche sur tout le territoire.

La preuve, c’est que Magali Giovannangeli,  porte-drapeau de l’union de la Gauche, a amélioré son score de 2652 voix entre les deux tours, bénéficiant à fond de cette vague écolo-anticovid. Mais en face d’elle, il y avait un roc. Un roc bleu, Gérard Gazay, entouré d’une équipe de baroudeurs aubagnais dans l’âme, qui sont allés « chercher les voix avec les dents dans tous les quartiers » et n’ont cessé de labourer le terrain en faisant du porte à porte pendant que leurs adversaires promettaient la lune aux habitants et dénigraient copieusement les élus de Droite et du centre.

      « Le terrain, le terrain le terrain »

« Je n’ai retenu qu’une leçon de Jean-Claude Gaudin en cinquante ans de carrière, confie Léo Mournaud, le doyen de la liste Gazay. Il nous disait, la victoire tient en trois mots : terrain, terrain, terrain. On a simplement suivi son conseil, c’est tout ! »

Cette éclatante victoire de Gazay, à contre-courant de la « vague pastèque », place désormais le maire d’Aubagne au centre des personnalités les plus en vue du département parmi les Républicains avec Nicolas Isnard à Salon, Maryse Joissains à Aix, Lionel De Cala à Allauch, Hervé Granier à Gardanne, Patrick Boré à La Ciotat et Vincent Goyet, le nouveau maire brillantissime de Saint-Mitre les Remparts. Son score éloquent l’autorise même à briguer, s’il le souhaite, la présidence du conseil du pays d’Aubagne et de l’Etoile où il paraît en mesure de l’emporter, quel que soit son adversaire.

Gérard Gazay demeure très humble malgré cette réélection obtenue par mistral contraire et houle en pleine face : « Ma seule ambition, dit-il, c’est de poursuivre le renouveau amorcé à Aubagne. Je n’ai pas répondu une seule fois à la litanie d’insultes et de calomnies de certains de mes adversaires parce que ça ne sert à rien : quand on veut descendre un adversaire par des outrages ou des manœuvres déloyales, eh bien on descend avec lui… »

A Aubagne, les médias socialistes qui se sont mobilisés contre la réélection de Gérard Gazay sont désolés. Ils misaient sur la vague pastèque pour l’évincer une fois pour toutes. C’est raté. C’est Aubagne qui a gagné, avec désormais une personnalité de premier plan qui s’appelle Gérard Gazay et saura rassembler tous les Aubagnais autour d’un projet de renouveau digne de leur magnifique cité.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

L’Ombre de Staline, d’Agnieszka Holland

Comme c’est curieux, comme c’est étrange ! Ni l’Humanité, ni la Marseillaise, toujours si friands de faits culturels, n’ont parlé du remarquable film d’Agnieszka Holland, L’Ombre de Staline. Ni la Provence, qui ne veut pas faire de peine à Mme Rubirola et à sa coalition rouge-vert — n’essayez pas sur votre palette, le résultat est innommable.

Le film devait sortir à la mi-mars. Trois mois de confinement plus tard, il arrive sur les écrans, et il ne faut pas le rater.

Outre que l’Holodomor, la famine programmée de l’Ukraine, en 1932-1933, qui a fait entre 2,6 et 5 millions de victimes, est un sujet fort peu traité au cinéma, la virtuosité dont fait preuve la réalisatrice franco-polonaise, sa direction d’acteur (elle a appris le métier auprès d’Andrzej Wajda, qui n’était pas un tendre), son maniement de l’Histoire et l’insertion délicate d’une intrigue presque sentimentale sont des qualités trop rares dans le cinéma international pour qu’on ne les souligne pas.

En deux mots, un jeune journaliste anglais, Gareth Jones (joué par un James Norton en situation de Candide horrifié), après avoir réussi un premier scoop en interviewant Hitler, se rend à Moscou avec la ferme intention d’interviewer Staline : il n’était pas si fréquent, dans ces années 1930, d’identifier aussi sûrement les deux grands bienfaiteurs du XXe siècle.

 Son contact sur place, un autre journaliste anglais, qui flairait en Ukraine une horreur indicible et avait commis l’erreur d’en parler au téléphone, a opportunément fait la rencontre de quatre balles tirées par des inconnus — les rues de la capitale soviétique n’étaient pas sûres : c’est bien la peine de faire une révolution. Jones se rend donc par lui-même en Ukraine, y voit des horreurs absolument indicibles, se fait arrêter, extrader — et il a beau faire et beau dire, personne ne le croit.

Personne ? Un journaliste de gauche, Eric Blair, l’écoute et comprend peu à peu ce qu’est Staline. Il en fera un premier livre, la Ferme des animaux, sous le pseudonyme de George Orwell. La rédaction de cette fable totalitaire, publiée en 1945 quand tout le monde chantait les louanges du Petit Père des Peuples, scande le film, permettant de glisser de la réalité à la fiction, la première insoutenable, la seconde d’une ironie mordante.

Personnage secondaire mais essentiel, Walter Duranty, correspondant sur place du New York Times, feint de ne rien voir, et dresse de l’URSS pour les Américains un portrait quasi-idyllique. Ce qui donnera à Roosevelt un bon prétexte pour reconnaître le régime des Soviets, et aux hommes d’affaires américains embusqués d’y investir des capitaux juteux.

Je ne vous dis pas la fin : elle est à la hauteur du reste.

Les films déprogrammés pour cause de Covid risquent de ne pas rester longtemps à l’affiche. Pour le moment, l’Ombre de Staline plane sur les Variétés, le César, le Madeleine et au Chambord. Courez-y — et si ça ne fait pas plaisir aux communistes, nous nous en remettrons.

Jean-Paul Brighelli

Professeur émérite, écrivain

Municipales à Marseille : Ces chiffres qu’on vous cache

Les chiffres dont vous allez prendre connaissance sont des chiffres soigneusement masqués dans les résultats des élections communiqués à la presse.

Il s’agit du pourcentage des voix obtenues par chaque candidat qui termine en tête des huit secteurs de la ville par rapport au nombre des électeurs inscrits, seule référence significative.

 Est-ce que la préfecture estime que ces pourcentages sont dérisoires au regard de l’abstention massive et pourraient faire réfléchir les citoyens sur la légitimité réelle de ces élections municipales ? Est-ce qu’on préfère en haut lieu emboiter le pas aux adeptes du verdissement obligatoire ? Mystère. Voici ces chiffres :

Premier secteur (1/7) : vainqueur Sophie Camard (Printemps marseillais) au second tour avec 25,64 % des électeurs inscrits.

Second secteur (2/3) : vainqueur Benoît Payan (Printemps marseillais) au second tour avec 13,57 % des électeurs inscrits.

Troisième secteur (4/5) : vainqueur Michèle Rubirola (Printemps marseillais)  au second tour avec 23,19 % des électeurs inscrits.

Quatrième secteur (6/8) : vainqueur Olivia Fortin (Printemps marseillais) au second tour avec 18,05 % des électeurs inscrits.

Cinquième secteur (9/10) : vainqueur Lionel Royer-Perreaut (Les Républicains) au second tour avec 14,38 % des électeurs inscrits.

Sixième secteur (11/12) : vainqueur Julien Ravier (Les Républicains) au second tour avec 12,1 % des électeurs inscrits.

Septième secteur (13/14) : vainqueur David Galtier (Les Républicains)  au second tour avec 11,8 % des inscrits.

Huitième secteur (15/16) : vainqueur Samia Ghali (Marseille Avant Tout) au second tour avec 10,48 % des électeurs inscrits.

José d’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional