mercredi, septembre 30, 2020
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Fermeture des bars et restaurants : L’interview de Frédéric Jeanjean, SG de l’UMIH 13

Frédéric Jeanjean, Secrétaire général de l’UMIH 13 et patron de la Brasserie les Templiers à Marseille, réagit à la fermeture totale des bars et restaurants de Marseille et Aix-en-Provence, mesure prise par le Ministre de la Santé, Olivier Véran, dans le cadre de la lutte contre le COVID 19.

OM : les sanctions suite au Classico

KURZAWA : 6 matchs fermes

AMAVI : 3 matchs fermes

NEYMAR : 2 matchs fermes

PAREDES : 2 matchs fermes

BENEDETTO : 1 match ferme

DI MARIA : Convocation devant la commission de discipline. Risque une suspension de 6 matchs pour crachat.

ALVARO GONZALES : Dossier en instruction par la commission de discipline

« Et maintenant, on va où ? » , le Témoignage d’une Libanaise de Beyrouth Souad KHALIFÉ

« Et maintenant, on va où ? »

Ainsi titrait Nadine Labaki un de ses films il y a quelques années. Elle racontait la solidarité entre les communautés dans un village libanais face à l’adversité.

Aujourd’hui, le « Libanais » est meurtri. Toutes les communautés ont subi des pertes dans leur chair et dans leurs biens. A l’heure où nous vivons cette catastrophe sans précédent, la solidarité dans ce village s’opère au niveau de la Nation. Des médecins soignent des blessés dans leur cabinet, des hôtels et des couvents ouvrent leurs portes aux personnes sans-abris, des propriétaires proposent sur tout le territoire des logements libres pour héberger les familles sinistrées. Le peuple tout entier se lance dans des initiatives de soutien et d’aide sans attendre les mesures gouvernementales.

Beyrouth, qui a été blessée et détruite plusieurs fois par le passé, a su se relever et renaître comme le phénix de ses cendres, grâce à son peuple courageux et volontaire.

Nous avions comme tous les peuples des problèmes politiques, économiques ou religieux, mais aujourd’hui, nous sommes, nous Libanais, unis dans la douleur.

Depuis des décennies, nous avons subi une guerre dite « civile » – pour moi c’est la guerre des autres sur notre terre -, une guerre économique qui dure depuis une trentaine d’années et enfin une crise sanitaire avec toutes les conséquences que l’on sait. Aucune puissance n’a réussi à mettre à genou le Libanais, Beyrouth et le Liban.

Beyrouth est à genou. Ce qui s’est passé hier dépasse l’imaginaire. Qui aurait pensé que Beyrouth allait vivre l’apocalypse en 2020. Le cœur du Liban a explosé avec Beyrouth.

Demain, Beyrouth ne restera pas à genou. Elle rebondira, renaîtra de ses cendres et rayonnera à nouveau dans le monde entier. Elle regagnera son titre de la Suisse du Moyen-Orient, grâce à l’union de ses communautés et à la volonté de son peuple.

Nous gardons l’espoir d’un lendemain meilleur et lançons au monde entier, malgré notre désespoir, une Colombe de paix et une note d’espoir.

Cette note d’espoir se traduit par le baptême ce matin, d’un petit Giovanni.

Ainsi va la vie.

Souad Khalifé

Libanaise d’origine et Marseillaise depuis 1981, Souad Khalifé est diplômée de l’Université Libanaise et d’Aix-Marseille Université en Phytoécologie. Au cours de sa carrière, notamment au Club de la Presse, cette Méditerranéenne a côtoyé de nombreux journalistes et personnalités étrangers et français tels que Taslima Nasreen, Rachid Mimouni, Paul-Loup Sulitzer, Henri Amouroux (Albert Londres), Josette Alia, Carmen Castillo…

Pendant la guerre civile du Liban , elle a enseigné l’arabe aux enfants arrivés à Marseille avec leurs parents. C’était sa façon de participer à leur intégration dans leur nouvelle vie sans pour autant les éloigner de leur pays d’origine.

Après avoir entrepris dans la communication et les relations presse, Souad s’est tourné vers le monde judiciaire où elle exerce dans ses deux langues d’origine.

Aujourd’hui, son cœur ne balance pas. Elle est Libanaise et Marseillaise, elle est Méditerranéenne.

Un petite vidéo accompagnée d’une chanson de Fayrouz : de tout mon cœur, un salut à Beyrouth.

https://www.facebook.com/740885286/videos/10163879940245287/

Vidéo Facebook Abdallah Khalife

Photo de couverture : Beyrouth par La Tribune de Genève – tdg.ch

MARSEILLE ET L’EXPERIENCE DU MALHEUR Notre série d’évocations par Gabriel CHAKRA 5.- Bombardée en 1940 par les Italiens, occupée par les Allemands en 1942, sous les bombes américaines en 1944, Marseille se libère après vingt-deux mois de terribles épreuves

La guerre et son cortège de malheurs. Elle impose aux hommes sa loi d’airain, bouleverse leur mode de vie, tandis qu’elle génère des événements qui s’enchainent avec autant de rapidité que de brutalité. Si Marseille n’a pas trop souffert de la Grande Guerre qui l’a épargnée physiquement, il n’en fut pas de même lors de la seconde. De 1942 à 1944, et même jusqu’en 1947, elle a vécu les années parmi les plus sombres de son histoire. Il y eut d’abord la « drôle de guerre », puis la défaite, l’occupation marquée par des bombardements, l’épuration et les plaies immenses à panser pour remettre sur pied la ville meurtrie et son port dévasté.

« En 1939, explique l’historien Pierre Guiral, Marseille subit la guerre sans enthousiasme et sans défaitisme. En raison de la présence de nombreux Italiens et des revendications italiennes sur la Corse, Nice et la Tunisie que les Marseillais, instruits par les impudences d’un actif consul d’Italie, connaissent depuis 1926, on redoute une guerre contre l’Italie qui s’ajouterait à celle contre l’Allemagne : elle éclata, mais quand la guerre contre l’Allemagne était perdue. Pas sans mal pour Marseille. Le 21 juin 1940, un raid de l’aviation italienne fait 143 morts et 136 blessés dont beaucoup périssent des suites de leurs blessures. Parmi ces victimes, de nombreux Italiens, mais les bombes ne choisissent pas. A la différence de la précédente guerre, Marseille, dès le début, est touchée dans sa chair. »

Pour autant, cette ville-refuge accueillit des réfugiés. Une bonne partie de la France s’y était repliée. Tchèques, Polonais, Hollandais, et parmi eux de nombreux Juifs fuyant les persécutions nazies : le peintre Kisling, l’écrivain Benjamin Crémieux, la philosophe Simone Weil, qui y rencontraient d’autres venus de Paris, la plupart anciens députés italiens. Mais aussi des écrivains, Roland Dorgelès, Maurice Druon, Michel Mohrt mêlés à des artistes de renom, Max Ernst et Fernand Léger. Les uns et les autres ne tardèrent pas à se familiariser avec Jean Ballard, infatigable animateur des « Cahiers du Sud », ou à fréquenter les salons de la comtesse Lily Pastré, à Montredon.

Cependant l’hiver était mordant et il fallut endurer les pénuries. Marseille manquait de charbon, de bois, de fruits et de légumes, le ravitaillement étant particulièrement lacunaire. La boulange ne fabriquait pratiquement que le pain filant dont la croûte seule était mangeable… Géographiquement excentrée, Marseille dépendait de l’arrière-pays et des colonies, mais tout se raréfia dans le commerce qui s’était inéluctablement rétracté. Conséquences : marché noir, hausse des prix, tickets et longues files devant les boutiques.

« la verrue de l’Europe »

Sauf que le pire était à venir… Suite au débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942 (Opération Torch), les Allemands franchirent la ligne de démarcation le 11 novembre et entrèrent dans Marseille le lendemain. Pour s’y installer en force. Le début d’un cauchemar de vingt-deux mois. Pour l’Occupant, cette ville de mauvaise réputation était un repaire de bandits, un « cancer » ou encore « la verrue de l’Europe », image véhiculée par des écrivains. « Sur la colline des Accoules, écrit Louis Gillet, entre l’Hôtel de Ville et la Major, gîte une Suburre obscène, un des cloaques les plus impurs où s’amasse l’écume de la Méditerranée, triste gloire de Marseille… »

 Ce périmètre à la trame serrée de la vieille ville, les Allemands craignaient de le voir se transformer en un lieu de résistance en cas d’émeutes ou de soulèvement. Fidèle à leur méthode expéditive, ils décidèrent en haut lieu – suivant le témoignage du général Karl Oberg, représentant de Himmler en France et sans doute avec l’accord préalable d’Hitler lui-même – de détruire tout le quartier Saint-Jean. On notera que si les nazis étaient à la manœuvre, l’ordre de mission avait été signé le 14 janvier par René Bousquet, secrétaire d’Etat chargé de la police du gouvernement Pétain installé à Vichy. Réquisitionnée, la « Reine des villes d’eaux » possédait une infrastructure hôtelière dont aucune autre ne pouvait s’enorgueillir, ainsi qu’un central téléphonique qui la reliait au monde entier.

 Dans la nuit du 22 au 23 janvier 1943, 1 110 inspecteurs et 8 000 policiers, gendarmes mobiles et miliciens, effectuèrent des contrôles d’identité et arrestations massives, en majorité juives. Dans la nuit, les rafles s’intensifièrent : 1865 personnes arrêtées et conduites illico à la prison des Baumettes. Les opérations se poursuivirent le samedi.

Dans la nuit de samedi à dimanche, 635 personnes furent encore arrêtées et acheminées aux Baumettes. Le matin du dimanche 24 janvier, 1300 détenus des Baumettes se virent transférés à la gare d’Arenc où, avec 300 autres préalablement raflés, ils furent conduits à l’Evêché (Hôtel de Police). Ensemble ils allaient former un convoi ferroviaire. Au total, 1 642 hommes et femmes dont 782 Juifs, furent envoyés via Drancy vers Sobibor (convois 50-51) et Auschwitz (convoi 52 et 53) dont personne ne revint. Dans la masse des arrestations, figuraient 600 « suspects » – étrangers en situation irrégulière, Tziganes, « vagabonds » ou homosexuels.

14 hectares détruits

Ce n’est pas tout. Le 24 janvier au matin, le quartier au-dessus du Vieux-Port fut encerclé par des milliers de policiers français et allemands. Maisons pillées et dynamitées. Films et photographies illustrent cette tragédie. En quelques heures, tout un large pan du passé de Marseille s’écroulait. Dans des nuages de fumée et de poussière, 14 hectares de ce qui fut le cœur de Marseille n’étaient plus qu’un champ de désolation au milieu duquel se tenait l’église de Saint-Laurent.

« Même Sabiani, déjà engagé dans une politique pro-allemande, jugea dans son journal intime cette opération ignoble, écrit Pierre Guiral. Il affirma qu’il intervint auprès du Maréchal et de Laval pour l’empêcher. Mais ses efforts ne changèrent rien à la terreur nazie. Bientôt ce furent le S.T.O. (Service du travail obligatoire), les déportations de travailleurs vers l’Allemagne, la chasse aux réfractaires avec l’aide des hommes de Doriot et de Sabiani. »

Sous le joug allemand, Marseille était solidement quadrillée. Tenue par 12 000 hommes de la 244e division de la Wehrmacht et 4 000 fusiliers ou artilleurs de la Kriegsmarine, sous les ordres du général Hans Schaefer.  Les uns campaient au Racati, près de la gare Saint-Charles, dans les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean, à Gratte-Semelle et autour de Notre-Dame de la Garde, le long du littoral jalonné de batteries, et à la base sous-marine Martha. Mais aussi à Saint-Jérôme, à Beaumont, au Merlan, à Château-Gombert et au Frioul avec de grosses pièces d’artillerie. Une deuxième ligne de défense englobait Carpiagne, Aubagne, Saint-Menet, Septêmes, les routes d’Aix et de Salon.

Mais vingt-deux mois d’occupation, c’en était trop pour 650 000 habitants. Excédés par les privations, les contraintes policières, les rafles et la destruction des quartiers du Vieux-Port, et cette épreuve improbable, des plus inattendues, le bombardement américain du 27 mai 1944, qui a inutilement meurtri leur cité, alors oui, à bout de patience, parce qu’ils en avaient assez de vivre ainsi, les Marseillais se rebellèrent. Leur révolte s’exprima en manifestations, grèves, sabotages, attentats, nonobstant les menaces de la Kommandantur. Installée 425 rue Paradis, la Gestapo sévit mais des militants la défièrent. La peur se dissipa, l’action s’engagea.

Un mouvement irrésistible rendit sa fierté à une population qui ne courbait plus l’échine. Des réseaux se constituèrent en se ramifiant. Un Comité départemental de libération (CDL) animé par avec Max Juvénal et Francis Leenhardt s’activa parallèlement aux Mouvements Unis de la Résistance, les MUR. A côté d’eux, il y avait les Francs-Tireurs et Partisans Français(FTPF)  auxquels s’ajoutait l’ORA, l’Organisation de Résistance de l’Armée. Ajoutons que depuis février 1944, les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) quadrillaient les Bouches-du-Rhône en six secteurs. D’autre part, une Résistance intérieure réussissait avec éclat des évasions de patriotes et des attentats contre les Allemands dans les hôtels, les bars, les bordels, les cinémas…

Manifestation et grève

Le 18 août 1944, comme le rappelle l’historien Pierre Guiral, les organisations politiques et sociales de la résistance passèrent de la guérilla à la lutte ouverte. La grève générale insurrectionnelle était proclamée. La pénurie alimentaire mettait les nerfs à vif. N’avait-on pas déjà réclamé du pain juste avant le bombardement américain du 27 mai en manifestant ouvertement ? Comment une cité portuaire pouvait-elle espérer une embellie quand les bateaux étaient à quai, les dockers au chômage, les usines quasiment à l’arrêt, d’autres congédiant leur personnel, faute de matières premières ? Le préfet s’en inquiétait : « Aucun stock de céréales ou de farine n’a pu être constitué… Aucune distribution de viande n’a pu être faite au mois de février. Enfin, pour ne citer que les aliments principaux, l’approvisionnement en lait, terriblement déficitaire, provoque les angoisses les plus vives au sujet de la nourriture des enfants ». Cette situation ne pouvait perdurer.

Alors, munis de leurs brassards FFI ou FTP, des résistants s’attaquèrent aux agents de police ou aux Allemands pour tenter de les désarmer. Chez ces derniers, le doute commença à s’installer. Sans aviation, plus statiques que mobiles, ils furent acculés à la seule défense.

 Le contexte ne leur était plus favorable. Ils savaient qu’un débarquement en Méditerranée était inévitable, que si elle avait été décalée avec l’opération Overlord du 6 juin en Normandie, c’était pour des raisons de logistique. Car il fallait du temps pour acheminer chars et camions à bord des landing ships tankers, navires à fond plat de 3 000 tonnes. Et puis se posait la question technique du lieu de débarquement. A Sète, Hyères ou Marseille ?

 « J’ai absolument besoin de Marseille, trancha le général Eisenhower. C’est le meilleur port en France et sa capacité dépasse de beaucoup nos besoins. » Ike avait gagné contre les Anglais qui, depuis l’Italie investie en septembre 1943, préconisaient une percée dans les Balkans ou en Autriche.  Et de Gaulle était ravi. Le débarquement aura lieu en France. D’abord baptisée Anvil (enclume en anglais) puis Dragoon, l’opération en Méditerranée se déploiera sur le sol français. Cette terre que d’aucuns embrasserons en la foulant. Dès lors, tout s’accéléra.

Une guérilla généralisée

Les forces alliées (450 000 hommes partis d’Afrique du Nord, de Corse et d’Italie du Sud) débarquèrent le 15 août dans le Var, entre Agay, Saint-Raphaël et Cavalaire. Mais, éprise de liberté, Marseille se souleva. Le 19 août, le Comité de libération de Francis Leenhardt, épaulé par les M.U.R. et l’ORA, mobilisèrent quelques centaines d’hommes qui, appuyés par les milices patriotiques, s’attaquèrent aux Allemands dans les rues d’une ville insurgée. 

Surpris par tant d’audace, les Allemands évacuèrent le centre-ville en se repliant sur leurs points d’appuis fortifiés. Ils furent pourchassés par les F.F.I. de Sainte-Marguerite à Saint-Loup, de Saint-Tronc à Saint-Antoine en passant par le Merlan et Château-Gombert. « A chaque assaut victorieux des armes et munitions récupérées. 20 000 citoyens étaient bientôt dans l’action, active ou passive, pour réduire ou désorganiser l’Occupant », lit-on dans un compte-rendu.           

Ce même 19 août, le général de Lattre de Tassigny reçut l’ordre du général Patch, commandant la 7e Armée américaine de prendre Toulon et Marseille. Tandis que le général Larminat filait vers le port de guerre varois, le général Goislard de Monsabert était chargé de prendre Marseille avec 12 000 hommes, essentiellement la 3e Division d’Infanterie Algérienne, les groupements de tabors marocains et du CC1 (Combat Command 1 de la 1ère DB). Allez, zou ! Version provençale de la blitzkrieg.

Le 20 août Allauch était libéré. Le même jour, le CDL organisait une manifestation devant la préfecture qui, selon le tract, « doit coïncider avec la guérilla généralisée contre l’ennemi. » Le 21 au matin, le préfet Maljean fut arrêté. Dans toutes les rues des voitures diffusèrent l’appel du CDL, invitant à la lutte.

Face à des Allemands armés qui patrouillaient en lâchant parfois des rafales, des cortèges se formaient et les milices patriotiques entraient en action. Les balles sifflaient, les coups de feu claquaient, les grenades explosaient, les sons fusaient, se dilataient tous azimuts, mais en fin d’après-midi le drapeau tricolore flottait sur la préfecture.

A ce moment-là, et Pierre Guiral le souligne à juste titre, « la boucle est bouclée. Marseille a balayé Vichy ; elle a répondu aux espérances d’Alger qui prévoyait des comités de libération dirigeant les affaires pendant la période insurrectionnelle, de quelques heures à quelques jours ». De son côté, l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide lance un appel « pour reconquérir nos droits de citoyens libres dans la France de demain. »

Fulgurante offensive

Pendant ce temps, l’offensive militaire se déployait. Toutefois, le général de Lattre voulait d’abord prendre Toulon avant de viser Marseille. Mais le général de Monsabert n’avait en tête qu’une idée : foncer, surprendre l’ennemi, et s’appuyer sur les résistants locaux.

Le 21 août, alors qu’Aubagne n’était pas encore tombé, le fougueux officier dit au colonel Chappuis :

 « Après-demain, je boirai le pastis à Marseille ! ».

Mais il fallait agir vite car le 22 août, les Allemands aux abois faisaient sauter à Marseille les infrastructures portuaires, un pylône du pont transbordeur, et obstruaient la passe du Vieux-Port. Alors de Monsabert lança le 7e Régiment de Tirailleurs algériens et les tabors marocains, appuyés par des blindés dont la rapide progression facilita sur le terrain la marche des fusilleurs-voltigeurs.

 A l’aube du 23 août, ces intrépides étaient sur la Canebière ; l’hôtel des Postes occupé par les Allemands fut pris par la 2e Compagnie du lieutenant Reiber, qui fit prisonniers 108 ennemis, tandis que de Monsabert installait son PC rue Armény. Ses instructions : pas de raid aérien destructeur ni de recours à l’artillerie, mais des interventions ciblées.

En attendant, la liaison était établie entre belligérants. Des pourparlers s’engageaient au Cap Janet avec le commandement allemand mais n’aboutissaient pas. C’est un prêtre, le capitaine Crosia qui servit d’interprète, et une seconde rencontre, cette fois au Vieux-Port, fut tout aussi vaine. Alors les combats continuèrent. Succès français au Merlan, à la Pomme, à Saint-Marcel. Et l’on se battait à la Pointe-Rouge, à Menpenti, à Castellane, partout.

A l’assaut de la colline sacrée

 Le 24 août, alors que Raymond Aubrac, commissaire régional de la République s’installait à la Préfecture, de Monsabert préparait l’assaut de Notre-Dame de la Garde. La possession de la colline assurerait sans doute la victoire. L’ordre fut donné au général Sudre de s’emparer de ce « rocher truffé de casemates. »

A l’aube du 25, la 1ère Compagnie du lieutenant Pichavan, s’engouffra dans les escaliers de la rue Abbé-Dassy, par la rue Vauvenargues ; les combats furent acharnés, les blessés nombreux, le char Jeanne d’Arc flamba et le Jourdan sauta sur des mines.  Prêtant main forte à Pichavan, la section Herbelin emmenée par Pierre Chaix-Bryan emprunta un discret escalier qui, de la rue Cherchell – l’actuelle rue Jules-Moulet -, monta jusqu’au plateau. Des hommes s’y infiltrèrent avec des ruses de Sioux. Parmi eux, l’aspirant Roger Audibert dont le témoignage, reproduit dans le livre de Pierre Guiral, restitue, phase par phase, l’âpreté de la progression vers la basilique, sous le feu ennemi.

Et puis… et puis les derniers quatre cents mètres, sous les rafales, avant de franchir le portail et le mur de clôture. Mgr Borel, évêque de Notre-Dame était là, avec des religieuses-infirmières. Et tandis que l’aspirant Ripoll allait « visiter » le clocher, la jonction s’opéra avec la section Herbelin. Faits prisonniers, les Allemands s’avouaient enfin vaincus. Aidé par le sergent-chef Duval, Ripoll hissa le drapeau tricolore. De la ville monta une immense clameur.

Deux jours plus tard, le 27 août, les tabors marocains s‘emparèrent du fort Saint-Nicolas, soutenus par des chars. Le lendemain, les forcenés du Racati rendirent les armes.  Des deux côtés, le bilan humain des combats était très lourd. Le 28 août, la reddition allemande fut signée à 7 heures sur le capot d’une jeep. Ce jour-là, pour paraphraser Victor Hugo, « le jour sortit de la nuit comme d’une victoire. »        

Gabriel Chakra                                                       

Ecolos farceurs sur la Canebière Marseille, la double tromperie de l’écologie politique Par Pierre DUSSOL, professeur agrégé d’économie

Le « Printemps Marseillais » s’est installé à Marseille et son programme est d’une richesse et d’un détail tout à fait réjouissants : tout est nécessaire et possible dans tous les domaines, sans que les contraintes financières puissent être des obstacles à l’évolution vers « l’incarnation nouvelle » d’un monde municipal idéal.

Pourquoi la supposée « vague écologiste » municipale n’aurait-elle pas atteint Marseille ?

Pour la nouvelle mairesse marseillaise, paraît-il écologiste dissidente,  l’incroyable programme qui lui a valu 13% pour cent des suffrages marseillais – mais cela a suffi –  doit pousser le citoyen à se demander quelle bouillabaisse marseillaise, ou quelle salade russe lui est servie.

Si nous éclairons le chemin, nous voyons une double tromperie .

D’abord  les alliances dites « écologistes » ne sont qu’une manœuvre électorale pour capter des voix de gauche socialistes et France insoumise ; l’écologie n’a pas grand chose à y voir.

Ensuite l’écologie punitive progressiste est elle-même largement une tromperie. Cela commence à se savoir.

Commençons par les alliances électorales opportunistes.

Farfelu, cool et rebelle, au premier abord, le programme du Printemps Marseillais est inspiré par l’extrême gauche totalitaire.

On y trouve il est vrai quelques mesures que l’on peut rattacher à des préoccupations écologiques : nettoiement, propreté en général, agriculture « de ville », quelques projets d’espaces verts, l’opportun rappel que Marseille est au bord de la mer, bref on y enfonce des portes ouvertes.

Tout cela est bien aimable, mais tous les candidats le proposent plus ou moins. La phraséologie est lourde, enflée et solennelle puisque nous sommes sommés d’adhérer à un « projet audacieux » et « d’incarnation nouvelle», mais qui proposerait un  projet routinier et une incarnation régressive ?

Après ces banalités, viennent des bizarreries, du moins dans un programme municipal, qui plus est fort loin de l’écologie. Ainsi est-il question de « l’altérité vécue comme une chance », ce qui veut peut-être dire qu’il faut unir des talents différents et c’est sans doute pour cela que nous sont proposés pèle mêle une mosquée, la défense des lesbiennes et gays,  juste à côté des handicapés (est-ce voulu ?), et enfin la culture hip-hop.

Que cache ce programme ?

La fameuse promotion de la diversité dont on nous rebat les oreilles …s’agit-il de la seule valable, la diversité des talents ? Ainsi à côté des polytechniciens y aurait-il aussi des Centraliens et des HEC, à côté des mécaniciens,  des agriculteurs  ? 

Vient ensuite la lutte contre les discriminations où nous attendrions la lutte contre les brimades bureaucratiques et fiscales qui portent atteinte à la liberté des citoyens.

La délinquance n’est pas oubliée, mais d’ailleurs rien n’est oublié, nous l’avons écrit plus haut, ce sont les méthodes et les moyens qui pèchent.

Derrière ce fatras, gluant d’empathie mal orientée, se trouvent en effet clairement les logiciels habituels de la gauche qui sont répétés inlassablement par le politiquement correct actuel.

Qui oserait se dire raciste, homophobe ou islamophobe dans la France actuelle, mais sont-ce des sujets de politique municipale ? Cela relève de l’Etat et la récupération de ces sujets dans des élections locales ne se comprend qu’à partir des combinaisons électorales destinées à optimiser la « part de marché » de certains démagogues.

On aura compris, l’écologisme confus, et désuet du Printemps Marseillais n’est que tromperie électorale : il ne se comprend qu’avec les ingrédients de la gauche habituelle, partis socialistes ou plus ou moins insoumis.

Les écolos ont besoin du PS, de La France Insoumise et autres mouvements de gauche plus ou moins radicale pour augmenter leur « part de marché politique ». L’inverse est également vrai a-t-on remarqué !

Peut-on alors dire comme l’annonce le programme qu’il s’agit de rompre avec « un système à bout de souffle rongé par le clientélisme » ? (page 3 du programme).

Passons à la seconde tromperie : l’écologie elle-même est-elle une cause aussi pure que l’ont voudrait le croire ?

S’il s’agit d’agir pour la propreté de la ville et d’éviter les gaspillages et que l’on veuille baptiser cela « écologie »,  admettons .

Si l’on veut en faire une doctrine irréfutable dont seront déduites des actions indispensables pour « sauver la planète », il y a doute.

Nos écologues marseillais – et de nombreux autres – ont-ils eu connaissance de la récente publication de Michel Shellenberger « Apocalypse, jamais » ? (« Apocalypse never », dans l’édition originale)

Ce militant bardé de magnifiques références dans le combat écologiste passe aux aveux. Il aurait menti de façon répétée en exagérant le danger du changement climatique et aurait été depuis des années « alarmiste par peur ». Peur de quoi et de qui ? Peur des représailles de la « bien-pensance » et peur de s’écarter du troupeau sans doute. Tout d’un coup, accablé par des doutes qui le rongent depuis  longtemps, il avoue que le vrai moteur de l’action de l’écologie officielle est « l’hostilité envers la civilisation moderne », et peut-être ajouterions-nous, envers la civilisation tout court.

Une longue série de repentirs

Ce repenti récent – mais qui n’est quand même pas le premier – présente ses excuses pour avoir menti, rien de moins. D’autres suivront car c’est nécessaire.

Ce cas est le plus récent d’une longue série de « repentirs » ou de réfutations que l’on commence à mieux entendre.

On se souviendra des travaux de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie sur l’histoire du climat. Il écrivait bien avant la mode du « réchauffement climatique » et ne peut donc être suspecté d’intentions « réactionnaires ».

Les années chaudes, voire caniculaires, ont été nombreuses dans l’histoire des mille dernières années en Europe. Il n’y a pas de tendance visible. Les scientifiques sont loin d’être tous d’accord sur le réchauffement climatique, contrairement à ce que disent les media. Beaucoup de mantras du discours dominant sont remis en cause par des scientifiques comme Richard Lindzen, du MIT, ou Patrick Moore, fondateur de Greenpeace Canada, qui se livre à un véritable acte de contrition pour ses mensonges alarmistes. (Interview dans le magazine Breitbert News). Les travaux de Milankovitch prouvant qu’il existe des cycles climatiques liés aux mouvements naturels de la terre, connus de la NASA depuis plus de cinquante ans, ressortent…

Il faudra sans doute encore d’autres repentis pour que les manipulations faites au nom de l’écologie soient remises à leur place mais espérons que le mouvement va s’accélérer et ce sera au bénéfice des vrais comportements écologiques qui devraient être ceux de tout le monde dans tous les partis et non un sujet de manœuvres électorales pour gauche en perdition.

Si la doctrine écologique veut que l’on évite les pollutions et les gaspillages pour sauver la planète, conseillons aux doctrinaires du Printemps Marseillais de commencer par remédier aux gaspillages budgétaires de leur municipalité : déficits et dettes sont le boulet que traine la ville de Marseille depuis de nombreuses années. Comme la nouvelle équipe n’en est en gros pas responsable, elle peut s’y attaquer énergiquement sans risquer de critique « en boomerang ». Espérons, sans trop y croire qu’elle le fera.

Sinon, il faudra souhaiter aux Marseillais une courte vie à ce trompeur « Printemps Marseillais ».

Professeur agrégé Pierre DUSSOL

 Université d’Aix-en-Provence

Une découverte historique du Dr. Juan Iovanna Marseille : le cancer du pancréas n’est plus invincible

« Désolé, Monsieur, vous mangez trop, vous buvez trop et vous fumez trop. Vos douleurs lancinantes à l’estomac et votre jaunisse ne sont pas liées à un mauvais fonctionnement de vos intestins. Vous souffrez d’un cancer du pancréas. »

Le diagnostic du médecin est sans appel. L’annonce est rude, le choc est brutal. Le patient est sonné, il ne peut plus articuler un mot. Il sait. Oui, il sait comme tout un chacun, que le cancer du pancréas est un des plus agressifs qui soit et que son taux de survie n’est que de 6 % à cinq ans, ce qui revient à dire que la grande majorité des personnes atteintes de ce type de tumeur maligne décède avant cinq ans…

Donc, dans l’état actuel de la recherche médicale et médicamenteuse, ce malade prévenu sans ambages par son oncologue sait qu’il va probablement mourir avant 2025…comme la plupart des 14000 nouveaux cas recensés chaque année en France au sein de la population âgée. 

Cependant, une petite lueur d’espoir s’est allumée dans la nuit tumorale pancréatique. Grâce à un médecin obstiné, pugnace, qui a livré durant vingt ans un combat sans merci contre les cellules malignes du pancréas. Il s’appelle Juan Iovanna. Il est d’origine italienne et argentine et s’est installé à Marseille en 1983 en s’inspirant des travaux d’un des pionniers de la discipline, le professeur Henri Sarles qui avait fondé à l’hôpital Sainte Marguerite « l’école du pancréas ». Il n’est jamais plus reparti. Avec ses 60 collaborateurs du centre de recherche en cancérologie de Marseille, Juan Iovanna et son équipe ont tellement fait progresser les investigations scientifiques dans ce domaine que la perspective d’un traitement efficace du cancer du pancréas dans moins d’une décennie n’est plus une utopie, mais une réalité.

10 cancers : 10 maladies différentes

« Le problème majeur qui se posait aux chercheurs, explique le Dr.Juan Iovanna, c’est qu’ils pensaient avoir toujours affaire à la même tumeur. On se penche sur dix cas de cancer du pancréas et l’on croit que ce sont dix cas identiques. C’est faux. Nous avons pu déterminer qu’il s’agit dix fois d’une maladie différente. »

En réalité, « le » cancer du pancréas n’existe pas. Il y a autant de cancers du pancréas que de personnes touchées par ces cellules malignes. Le seul traitement curatif de ce cancer, c’est la chirurgie. On opère une résection de la partie du pancréas sur laquelle la tumeur s’est développée. Encore faut-il que le pronostic soit assez précoce pour éviter la propagation de métastases à d’autres organes.

Les autres thérapies expérimentées jusqu’ici sont hélas souvent lourdes et n’ont qu’un effet palliatif. Certes, depuis une vingtaine d’années les perspectives de survie se sont améliorées puisqu’elles sont passées de deux ans à cinq ans, mais force est de reconnaître que sur dix cancers du pancréas, un patient meurt dans les trois mois, quatre décèdent dans les six mois et cinq survivent parfois jusqu’à cinq ans.

Ce qui a intrigué le Dr. Iovanna dès le départ, c’est « l’hétérogénéité tumorale », c’est-à-dire l’impossibilité de réduire ce type de tumeur à l’aide d’un seul médicament. « Nous nous sommes évertués à comprendre pourquoi le même traitement  ne faisait sentir ses effets que dans 10 % des cas alors que 90 % ne répondent pas, souligne le chercheur, si neuf sur dix ne sont pas concernés par le médicament proposé, c’est que toutes leurs tumeurs sont différentes». CQFD.

Il a fallu lutter à la fois contre le fatalisme ambiant et contre l’image mortifère du cancer. Fort heureusement, le Dr Iovanna et son équipe ont été aidés par des partenaires financiers tels que la Ligue contre le cancer, l’Institut Paoli Calmettes (qui abritera bientôt leur laboratoire sur 4500 mètres carrés), le pôle anti-cancer de la région sud, l’institut national du cancer et l’institut national de la santé et de la recherche médicale.

    Démasquer les cellules cachées

L’arsenal médicamenteux mis à la disposition des médecins n’était pas satisfaisant. Dans le meilleur des cas, la combinaison de trois médicaments permettait de stabiliser la tumeur mais pas de l’éradiquer. « La totalité des cellules malignes n’écoutaient pas ce que la drogue leur disait », regrette le Dr. Iovanna. De fait, la difficulté essentielle pour les chercheurs est de parvenir à démasquer les cellules qui jouent à cache-cache avec le système immunitaire pour éviter d’être broyées.

Si l’on est parvenu à guérir de nombreux cancers du poumon ou de la peau grâce à « l’immunothérapie », il n’en est pas de même pour l’instant du cancer du pancréas, un petit organe qui demeure profondément enfoui derrière l’estomac et se blottit contre l’intestin. Tout se passe comme si les cellules infectieuses dissimulaient volontairement leur malignité pour ne pas être mangées par le système immunitaire.

Le traitement consiste alors à augmenter l’immunité de l’organisme et sa résistance naturelle par l’injection d’anticorps ou d’antigènes appropriés. On oblige en quelque sorte la cellule maligne à subir un « stress » et l’on établit un catalogue des diverses réponses à l’agression permettant d’assurer sa survie.

Le laboratoire dirigé par le Dr. Iovanna a traqué sans relâche les cellules cancéreuses pour comprendre leur ressort vital. Les tumeurs de 200 patients atteints d’un cancer du pancréas depuis 2011 ont été récupérées. Les chercheurs ont implanté ces tumeurs sur des souris « immunodéprimées », c’est-à-dire incapables de se défendre contre l’agression que provoque la tumeur implantée. Ils ont analysé l’évolution de chaque tumeur, ils ont enregistré leurs mutations successives, ils ont repéré les modifications des protéines et des gènes, et c’est ainsi qu’ils ont pu établir une cartographie biochimique, génétique et moléculaire des cancers du pancréas en vue d’un traitement « à la carte », susceptible de fournir une médecine personnalisée pour chaque patient.

    Iovanna a trouvé la bonne cible

Un véritable champ d’investigations pancréatiques a été défini avec des groupes de réponses pour chaque médicament ou combinaison de drogues. Le mérite de Juan Iovanna est d’avoir trouvé la bonne cible, celle qui s’adapte à chaque patient. « Vous pouvez avoir une cellule à cheveux longs, une autre à souliers marrons, une troisième barbue, et pour chacune d’elles le traitement sera différent », explique le médecin.

Ce qui est certain, et c’est historique, c’est qu’en 2025 chaque patient pourra être traité à la carte et que son pronostic vital sera significativement amélioré.

Dans tous les cas, c’est l’état de la tumeur primaire qui va permettre de déterminer le temps de développement de la maladie. C’est ce qui s’est passé avec le cancer du sein dont la détection rapide a permis la guérison d’un grand nombre de femmes naguère condamnées. En ce qui concerne le pancréas, le défi a consisté à inactiver le gène meurtrier, le « NUPR1 » présent dans les cellules cancéreuses afin de faire disparaître la tumeur.

« En travaillant main dans la main avec nos collègues Italiens, Espagnols et Chinois, souligne le Dr Juan Iovanna, nous avons découvert une molécule qui neutralise ce gène terrible dans dix cas sur dix. C’est une avancée considérable… »

Les 60 chercheurs du laboratoire sont parvenus en effet à cerner sur des souris les mécanismes de défense déploie par les cellules cancéreuses pour mieux les débusquer et les cibler chimiquement. L’ennui, c’est qu’il a fallu rendre opérationnelle cette technique d’inactivation des cellules malignes sur l’homme. S’ils y ont finalement réussi, c’est parce qu’ils ont tablé sur une stratégie d’attaque multidisciplinaire combinant la biophysique, la biochimie, la bio-informatique, la chimie et la biologie afin de déterminer avec précision le meilleur médicament possible pour tuer dans l’œuf le terrible « NUPR1.

Le « ZZW-115 » : une sacrée trouvaille

Le Dr Iovanna et ses collègues ont d’abord jeté leur dévolu sur un produit utilisé d’ordinaire dans le traitement de la schizophrénie (une maladie mentale) mais les effets secondaires sévères sur le système nerveux central les ont dissuadés de continuer. Ils se sont patiemment mis en quête de dérivés de ce médicament permettant d’augmenter sa vigueur anti-cancéreuse en évitant les effets secondaires nocifs. Et là, miracle, ils ont mis au point le « ZZW-115 », nom d’un agent secret anti-cancer qui dézingue tout ce qu’il touche sans affecter les cellules saines de l’organisme.

Mine de rien, c’est une découverte historique qui fait honneur à Marseille et à son laboratoire de recherches. Elle devrait permettre à l’avenir de s’attaquer plus précisément aux cellules tumorales et de les neutraliser. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite car il y a en France 50 millions d’euros de différence entre la découverte de la molécule adéquate et la fabrication en série du médicament.

Trois brevets ont d’ores et déjà été déposés auprès des autorités de santé publique pour protéger cette découverte marseillaise. Les tests cliniques de ce nouveau médicament ne seront achevés que vers 2030 à l’issue d’un long processus incluant la phase 1, la phase 2 et la phase 3.

Pour accélérer ce processus de validation lié aux exigences de l’agence nationale du médicament, une start-up marseillaise a été créée : « PanCa Therapeutics » qui testera ce médicament sur une cohorte de patients locaux volontaires.

Oui, Dr. Iovanna, grâce à votre abnégation et à votre lutte incessante, une petite lueur d’espoir brille au bout du tunnel pancréatique. On croise les doigts : 14 000 vies sont en jeu chaque année en France et…400 000 dans le monde !

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional.   

Notre Photo : le Dr Juan Iovanna, nouveau pionnier de la lutte anti-cancer. (Photo José D’Arrigo pour Le Méridional)

Alta Rocca : un roman de « Pinzutu » Jean-Paul BRIGHELLI éreinte Philippe PUJOL

Ne lisez pas « Alta Rocca » le roman de Philippe Pujol, allez plutôt en Corse…

Il est rare que je renonce à lire un livre : après tout, je suis un professionnel, et je garde l’espoir de trouver une pépite, aussi petite soit-elle, dans la plus infâme daube.

Pourtant, le premier roman de Philippe Pujol, Alta Rocca, m’est tombé des mains. Plusieurs fois. J’ai dû puiser profond dans ma conscience professionnelle et mon amour de la Corse pour m’obstiner dans ce galimatias prétentieux. Je suis allé au bout, comme le catenacciu va au bout de son calvaire : avec la sensation des chaînes pesant sur mes paupières.

Pourtant, j’aime bien Philippe Pujol, natif de Paris. Il est le représentant le plus pur, en France, de ce que les Américains appellent le « gonzo journalism », dont Bill Cardoso et Hunter S. Thomson furent les pères fondateurs : un journalisme à la première personne (l’égo du rédacteur y occupe souvent plus de place que l’information), une écriture au vitriol, et un engagement politique assez fort pour excuser toutes les déformations possibles de la vérité.

Cette tendance chez Pujol au « Je » ostensible fait sourire les vrais professionnels, qui l’excusent, vu son talent pour débusquer les faits. C’est ainsi qu’il a décroché le très prestigieux Prix Albert Londres en 2014 pour son enquête sur les réseaux de trafic de drogue dans les Quartiers Nord de Marseille, enquête qui nourrit les premiers de ses livres, French deconnection et la Fabrique du monstre, dont j’avais en son temps dit tout le bien que je pensais. J’avais même interviewé l’auteur, qui à l’époque restait joignable, l’hubris ne lui ayant pas encore altéré le jugement.

Deux livres coups de poing — c’est la caractéristique du gonzo. Mais l’ultime resucée de la même source, la Chute du monstre (2019) parut du réchauffé. Qu’il n’ait pas pensé, par exemple, qu’il y avait à Marseille un problème prégnant lié à l’islamisme m’avait paru curieux.

Entre-temps, notre pourfendeur de bien-pensance (laquelle est forcément de droite, dans l’univers manichéen de l’auteur, quand nous savons pourtant que le politiquement correct est de gauche) avait pris à partie son cousin germain, suspect de ne pas être de son bord (Mon cousin le fasciste, 2017 — la maman de Philippe m’avait un jour confié tout le mal qu’elle pensait de cette offense à la solidarité familiale).

On sentait bien la tentation de la fiction dans les histoires de plus en plus fictionnalisées que racontait Pujol. Son livre sur l’avenir du système hospitalier, que je ne saurais trop conseiller (Marseille 2040), allait dans le même sens, bâtissant une dystopie grinçante, c’est-à-dire un monde utopique très sombre, en tenant compte de l’évolution des politiques de Santé.

J’ai donc acheté avec une certaine confiance Alta Rocca, présenté comme le premier vrai roman de Pujol. Je n’aurais pas dû.

On ne voit pas les scènes

En deux mots, des clans de bergers et de criminels variés s’affrontent sur les hauts plateaux du Cuscionu dans les années 1850-1870. Quelques allusions à la guerre de Crimée ou à l’incursion française au Mexique servent de repères historiques à une histoire empreinte de sauvagerie qui aurait aussi bien pu se passer il y a quatre siècles.

Les « pozzines » — ces trous d’eau, traces d’anciens lacs, qui dans quelques millions d’années deviendront de la tourbe — et les blocs de granit n’ont pas changé depuis des millénaires dans ces plateaux balayés de tempêtes. Mais enfin, si vous voulez en savoir davantage, autant vous munir d’un bon guide (celui de Gallimard est certainement le meilleur — d’ailleurs, c’est moi qui l’ai écrit) ou d’un bon bâton en escaladant l’Incudine.

Parce que c’est là que pèche le plus le roman de Pujol. Il a beau accumuler les noms de lieux, vous faire parcourir les ronciers ou allumer un feu dans une grotte, on ne voit pas les scènes.

Connaissez-vous l’hypotypose ? C’est le terme que l’on emploie pour caractériser la capacité d’un texte à vous faire voir un paysage ou une scène. En deux mots, Mérimée (que Pujol cite, et à qui il a emprunté le nom de son héros principal, Orso) donne à voir aux lecteurs de Colomba, en 1840, des paysages dont ils ignoraient tout. Et Pujol peine à faire vivre les lieux à quelqu’un qui a parcouru tous ces sites à maintes reprises.

Des personnages, nous ne connaissons pas grand-chose, sinon leur désir forcené d’en venir aux mains : chez Pujol, chaque balle tue tout de suite, le moindre coup de couteau est mortel, et on casse la tête d’un âne d’un coup de masse, en une fois (pour avoir assisté le boucher de La Porta, sur le site de Campo Morada où il avait installé son abattoir, quand j’étais encore enfant, je sais que pour assommer un bœuf, il faut une bonne dizaine de coups d’une masse de fer — Pujol aurait dû s’y frotter).

Tous des éjaculateurs précoces

Il n’y a pas que les bêtes qui sont maltraitées. « Les viols ne prirent pas longtemps et se conclurent au couteau », écrit-il. On en conclut que les bandits étaient tous des éjaculateurs précoces — une image détestable dans un roman historique corse.

Le récit, malgré les échauffourées sanglantes entre gendarmes et bandits (où Pujol a-t-il trouvé le terme de « bandites » pour désigner les femmes desdits bandits, alors qu’un journaliste qui en 1890 avait visité le célèbre Antoine Bonelli, dit Bellacoscia, dans son « palais vert» du maquis, avait décrit un troupeau de femmes maintenues par le patriarche dans un état de quasi-esclavage…), est trop mince pour nourrir 283 pages — jamais court livre ne m’a paru si long…

Alors Pujol l’agrémente d’un insert sur l’affaire des gardes corses du Vatican en 1662, ou de l’écho laissé par Pascal Paoli en Angleterre et aux Etats-Unis : à ce propos, je signale à notre néo-romancier que Rousseau et son Projet de Constitution pour la Corse furent la source commune de la « république » installée à Corte dans les années 1760 et de la Constitution américaine. Paoli était bien moins « corse » qu’homme des Lumières — et accessoirement franc-maçon, un trait qui sous-tend le texte de Pujol. Les Frères auraient-ils accueilli en leur sein un homme à l’Ego si décomplexé ?

Le pire, c’est le style, terriblement ampoulé. « Nous connaissons tous les deux la vie d’Ors’Antonu, non que nos secrètes mères nous l’aient racontée, ni même notre fantasque père lui-même — dont les secrets se noyaient sous d’épiques récits… » L’antéposition de l’adjectif, en français, marque la charge de subjectivité (par opposition à un adjectif postposé réputé objectif : ainsi comprend-on « un beau ciel bleu »). Pour ce qui est de l’affichage de la subjectivité et des métaphores ronflantes (« l’ornière de son destin » ou « le destin était une balle perdue » !), Alta Rocca y va fort.

Un dernier point. Ils n’ont plus de correcteurs, au Seuil ? « Pallier à » (p.203) n’est pas d’un français exquis. Et la troisième personne du singulier du verbe « s’enfuir » au passé simple est « il s’enfuit » — pas « il s’enfuya » (p.206).

Jean-Paul Brighelli

Philippe Pujol, Alta Rocca, Seuil, 19€.

MARSEILLE ET L’EXPERIENCE DU MALHEUR Notre série d’évocations par Gabriel CHAKRA 4.- Le siège de 1524 ou la résistance héroïque des Marseillaises qui sauvent la ville en protégeant la France de l’invasion des troupes impériales de Charles Quint

A cent mètres de la Joliette, au croisement de la rue de la République, le boulevard des Dames porte bien son nom : c’est là, sur l’ancien rempart nord, qu’eut lieu, en août et septembre 1524, un fait d’armes inoubliable : la résistance des femmes de Marseille face aux troupes du connétable Charles de Bourbon, traitre à François 1er, opportunément rallié à l’empereur Charles Quint. D’ailleurs, à l’angle d’un immeuble haussmannien, une plaque apposée au mur rappelle cet acte héroïque. Pour leur rendre hommage, sur délibération du conseil municipal prise le 7 août 1805, l’artère qui de la Porte d’Aix descend vers la mer, porte le nom de ces femmes.

Marseille faisait corps avec le pays. Ancienne « terre adjacente » au royaume, elle avait adhéré (avec toute la Provence) au destin de la France en 1482, quand Louis XI, héritier du bon roi René, le lui demanda. Avec une grande puissance derrière elle, la vieille cité pouvait avantageusement défendre son commerce en Méditerranée où sévissaient pirates et Barbaresques. Mais elle exigeait que les fameux « chapitres de paix », signés entre 1252 et 1257, fussent reconnus par le royaume, ce qui fut entériné sans objection. Ainsi tout roi en visite dans ses murs, devait préalablement renouveler le serment de Charles d’Anjou, comte de Provence, qui avait institué ce rituel respectant « privilèges, franchises et libertés de la ville ». Après quoi, muni des clés de la Cité, le souverain pouvait franchir la porte Réale sous les acclamations du peuple. François 1er le fit à son retour d’Italie, après la victoire de Marignan : Marseille, restée loyale, lui réserva un accueil délirant.

Seul souci pour le roi : le Connétable Charles de Bourbon. Jaloux du roi, cet ambitieux trahit son pays pour se mettre au service de Charles Quint. En 1524, au moment où l’armée française repassait les Alpes, en apprenant la mort de Bayard, Bourbon crut le moment venu d’ajouter à ses possessions le Dauphiné et la Provence. Et ce, malgré les conseils du marquis de Pescaïre, nommé auprès de lui comme lieutenant par Charles Quint.

  • « Méfiez-vous de Marseille ! » lui dit le marquis. César lui-même dut traiter pour y entrer !
  • Ah ! Ah ! répondit Bourbon. Marseille n’est qu’une ville de mercantis et de braillards que trois coups de canon suffiront à épouvanter, et je gage qu’aussitôt les consuls m’ouvriront les portes de la cité ! »

Il se trompait, le traître ! Prévenue deux mois des intentions de Charles Quint, Marseille prit ses précautions. Elle ne fut donc nullement surprise lorsque les troupes du connétable de Bourbon apparurent à la Viste, le 5 août 1524. Le siège commença le 15 août, jour de l’Assomption. Posté sur les hauteurs d’Arenc, Charles de Bourbon vit cette scène qui l’étonna : une immense procession cheminait le long des remparts, des milliers d’hommes et de femmes derrière trente capitaines portant la vierge des Accoules, tandis qu’un chœur de jeunes filles chantait l’Ave maris stella. Image saisissante d’une ville dédiée au culte marial et entièrement fidèle au catholicisme.

                                                                       Une ville cernée

Bof ! il n’y a là que des civils, je ne vois pas de soldats, fit Charles de Bourbon et  c’est de bon augure ! L’armée impériale, elle, s’était disséminée autour de la ville : les troupes du Connétable à la Blancarde, celles du marquis de Pescaïre à Saint-Lazare, des lansquenets à la Joliette, d’autres sur le chemin d’Aubagne, d’autre encore aux abords de Saint-Victor. Bref, une ville cernée, vouée à être

 pillée et ruinée, subissant le même châtiment que lors de l’invasion aragonaise, un siècle plus tôt.

Mais c’était mal connaitre les cinquante mille Marseillais qui, justement, avaient en tête la razzia de 1423, marquée par le vol des reliques de Saint-Louis d’Anjou et de la chaîne du port. Et donc décidés à vaincre ou à mourir, plutôt que de revivre un semblable désastre. Aussi, tout ce que la cité comptait comme hommes valides et vaillants – garde civique, matelots des galères, etc. – jurèrent par Notre-Dame de la Garde que « ni Pescaïre, ni Bourbon ne toucheront au reliquaire de Saint-Victor, ni à la Vierge noire des Catacombes, ni au buste d’or de Saint-Lazare sous la cathédrale de la Major », et que pas un soldat ennemi ne passerait une porte de la ville sans qu’on en ait d’abord tué tous les défenseurs.

Quant aux femmes… Elles s’étaient mobilisées spontanément, y compris celles de la noblesse : Mmes de Monteaux, de Vento, de la Mûre, de Villages, de Canet, de Fortia, de Réauss, et de Roquevaire, bientôt rejointes par des femmes du peuple. Pas de distinction sociale. L’union fait la force !

Charles de Bourbon, sans attendre l’arrivée de douze gros canons dont il avait besoin pour préparer son assaut fit détruire les aqueducs qui alimentaient Marseille. Qu’à cela ne tienne, se dirent les assiégés, nous avons des centaines de puits sous nos pieds ! En fait, la question épineuse était d’empêcher les canons impériaux d’arriver d’Aix. Pour cela, il eût fallu que La Fayette, amiral des mers du Levant – commandant une flotte de trente-trois vaisseaux – l’eût menée à bien si le mistral ne s’était soudain levé, après qu’il eut débarqué quatre cents hommes à Arenc, l’empêchant de les rembarquer, et l’obligeant à fuir vers le large.

                                       Artillerie lourde contre le rempart nord

Décidemment, l’affaire se présentait mal pour les assiégés. Voici ce qu’écrit Gabriel Domenech dans son récit de ce siège publié dans Histoire Magazine (n° 9, septembre-octobre 1980) : « Car à peine était-il en possession de son artillerie lourde que le connétable félon ordonnait le bombardement. Et les boulets commencèrent à s’abattre sur la ville, à la cadence de l’époque, bien sûr, mais assez pour tuer bon nombre de malheureux et détruire quelques maisons, mais surtout, pour ouvrir une brèche dans le rempart nord, puisque c’était le seul côté par lequel l’armée impériale pouvait espérer investir Marseille. »

Cependant les canons marseillais ripostaient efficacement. Et chaque fois qu’un trou était percé dans le mur, le temps que l’ennemi s’y engouffre, il était comblé !  D’autre part les Marseillais, adroits tireurs, occasionnaient tant de pertes dans les rangs ennemis que Bourbon, perplexe, se mit à douter de la victoire. En face, plus que jamais, l’on se serrait les coudes. La foi d’un peuple croyant et qui invoquait chaque jour le Très-Haut, confortait le moral. D’autant que l’évêque Cyprien, depuis l’abbaye de Saint-Victor assiégée, donnait le 26 août la bénédiction du Saint-Sacrement à la population agenouillée sur l’autre rive.

Deux jours plus tard, « alors que l’armée impériale –raconte Gabriel Domenech – avait creusé une longue tranchée couverte pour tenter d’accéder à une porte, celle de la Joliette, celle-ci s’ouvrait brusquement et en surgissait deux mille hommes, hurlant comme dix mille, devant lesquels l’ennemi, surpris, se débandait. Le temps de réagir, tous les travaux étaient détruits, et pas un mort marseillais n’était laissé sur le terrain. La seule menace sérieuse, durant ce mois, était la sécheresse (…). Mais les Marseillais s’enhardissaient ! » 

Le 6 septembre, devant les dégâts que causait une batterie installée au Lazaret, les assiégés refirent le coup de la surprise en hurlant, chassant les occupants, et brisant les canons. A la Belle de Mai, ils laissèrent trois cents morts sur le carreau… Le Connétable ne paradait plus ; il avait perdu prestance et assurance. Mais têtu, il renforça son artillerie de huit doubles canons, de deux grandes couleuvrines, de sept couleuvrines moyennes, toutes ces pièces dirigées contre le secteur nord. Sus au rempart ! Un déluge de boulets ! Pas moins de quatre cent quatorze coups du 23 août au 22 septembre. A ce rythme-là, se dit le Connétable, Marseille capitulera le 28 août.

                                                           « A la brèche ! »

« Il fallait bien admettre, dans les rangs des assiégés, constate Gabriel Domenech, que la situation était dramatique. Sous un tel bombardement, en effet, le rempart nord avait fini par s’écrouler. Sur trente coudées de largeur, il n’était plus qu’un tas de gravats. Et les Impériaux, en face, hurlaient de joie, sentant enfin la proie à leur portée. Mais dans la ville, ces hurlements, loin de semer la terreur, exacerbaient la volonté de se battre. Des crieurs parcouraient les quartiers pour alerter la population, et sur tous les murs l’appel éclatait en caractères rouges : « A la brèche, Marseillais ! » Personne ne voulait manquer  le rendez-vous. Depuis la porte de la Joliette jusqu’à la porte d’Aix, les remparts se hérissèrent de défenseurs, et l’étendard de la croix d’azur au champ d’argent fut planté au milieu même de la poussière de la brèche pour montrer que c’était là, désormais, qu’il fallait vaincre ou mourir. »

Admirable esprit de sacrifice ! Qu’ils viennent donc se heurter à la muraille humaine qui s’était substituée à celle de la pierre ! Toujours est-il qu’après sept heures de combat acharné, et le jour déclinant, le Connétable ordonnait le retrait en pensant à un lendemain triomphant. D’ailleurs, comment les assiégés pourraient-il réparer de nuit et en quelques heures le rempart détruit sur plus de dix mètres ?  Impossible !

« Ce que le Connétable ne pouvait imaginer, poursuit Domenech, c’était le miracle qui se produisit cette nuit-là. Un miracle digne des tragédies grecques… Descendues de la place Saint-Thomé (actuelle place de Lenche), les femmes de la noblesse et de la bourgeoisie marseillaise dont on a cité plus haut les noms, se mirent à parcourir les rues, frappant à toutes les portes, appelant leurs concitoyennes à les suivre plutôt qu’à se lamenter, prêchant la résistance ou la mort, entrainant les épouses, les mères et les sœurs. Et c’était sans nul doute un étonnant spectacle que ces cortèges d’amazones gravissant toutes les calades qui conduisaient au rempart nord, apportant avec elles toutes sortes de matériaux, toutes sortes d’outils et travaillant d’arrache-pied pour combler le gouffre ouvert devant la ville et par lequel, dès le jour levé, des milliers de fauves humains pénétreraient si l’on ne parvenait pas à leur barrer la voie… »

Au petit matin, le Connétable eut beau écarquiller les yeux, chez lui tout était à refaire ! Et soudain, il entendit une clameur : le roi et son armée, depuis Avignon venait au secours de la fidèle Marseille.

            Vivo Marsiho ! Vivo Marsiho !

Femmes et hommes criaient de joie.

Alors le félon connétable, craignant la destruction totale de son armée, décampa sans tarder. « Marseille avait gagné et ses femmes entraient dans l’histoire des grandes héroïnes », conclut Gabriel Domenech de sa si belle plume.

                    Gabriel Chakra

Illustration : “Marseille défendue par ses citoyennes en 1524” de Debuisne d’après David
(collection Musée du Vieux-Marseille)

MARSEILLE ET L’EXPERIENCE DU MALHEUR Notre série d’évocations par Gabriel CHAKRA 3.- Novembre 1423 : les Aragonais pénètrent dans Marseille, pillent et incendient la ville, puis emportent des reliques et la chaîne du port comme butin de guerre…

Il est des querelles qui durent et perdurent. Celle qui opposait les Marseillais aux Catalans, par exemple. Elle commença à la fin du XIIIe siècle, pendant  les Croisades, quand les Marseillais obtinrent au Levant le privilège de créer des comptoirs, au nez et à la barbe de leurs rivaux. Les Montpelliérains encaissèrent le coup, sans en faire un drame. Pas les sourcilleux Catalans. Le contexte était explosif, le moindre incident pouvait envenimer les relations entre des protagonistes nourrissant des rancoeurs accumulées.  

Déjà en mars 1282, lors d’une bataille navale, Catalans et Aragonais infligèrent de lourdes pertes à la flotte marseillaise. Il faut souligner que des princes, ceux d’Angers en particulier, n’hésitaient pas à solliciter des marins – y compris catalans – pour leurs expéditions, mais sans les rétribuer convenablement. Pour survivre, nombre de ces hommes se livraient à la piraterie, d’autres se complaisaient dans l’oisiveté, échouant dans des villes au gré de leurs humeurs vagabondes ou suivant les circonstances. Aussi voyait-on à Marseille, des forbans ibériques trainant dans les rues, verbe haut et regard menaçant, peu enclins à susciter la sympathie. Leur comportement inspirait aux habitants un net sentiment d’animosité.

                        La couronne de Naples au cœur d’un contentieux

Le Catalan était rejeté, quasi promu au rang d’ennemi héréditaire. D’autant que, au plan diplomatique, les choses ne s’arrangeaient pas. Une rupture entre le pape Martin V et Jeanne II, reine de Naples, fit monter la tension. Furieuse que le pontife l’ait frustrée de son royaume (et de sa couronne) en le donnant en 1419 à Louis III, comte de Provence, Jeanne s’allia à Alphonse V, roi d’Aragon. Lequel revendiquait aussi la couronne de Naples. Mais ne pouvant assurer son pouvoir au sud de l’Italie, le contentieux vira à la guerre.  Rancunier, d’esprit vindicatif, Alphonse V arma sa flotte à Valence et décida non pas d’attaquer Naples mais de s’en prendre à Marseille, lieu stratégique dans le dispositif de Louis III devenu son meilleur ennemi. Cette intervention fut la tragédie la plus grave que la vieille cité ait subie de toute son histoire.

En 1423, Marseille était extrêmement vulnérable. Il y avait certes des remparts mais, de terre comme de mer, l’ennemi pouvait la menacer. A l’entrée du port, la tour du roi René n’existait pas encore, elle ne sera érigée qu’en 1447. A son emplacement, la vieille tour Maubert tombant en ruines faisait office de sentinelle : tous les soirs, entre la Tourette et Saint-Nicolas, un gardien déployait une longue chaîne pour fermer l’entrée de la cité qui, à cette époque-là, se condensait dans un périmètre englobant Saint-Laurent, la Vieille Major, le Jardin des vestiges, et le Quai des Belges. Ni le cours Belsunce, ni la Canebière ne figuraient dans le paysage urbain. La population ?  Environ 10 000 habitants.

                                      Des galères ennemies dans la rade

La surveillance reposait essentiellement sur la vigilance des guetteurs. Dans la matinée du samedi 20 novembre 1423, des hommes signalèrent des navires dans la rade. Ohé, Aragonais en vue ! Pas d’erreur, c’étaient les vaisseaux  d’Alphonse V en guerre contre Louis III.  18 galères cinglant tout droit vers la cité !

Le temps de donner l’alerte en informant les autorités, de prendre les dispositions d’usage, il était déjà trop tard. A l’évidence, l’ennemi avait bien étudié la topographie de la ville. Un plan d’attaque minutieusement élaboré. Pendant que les galères se présentaient devant l’entrée du port, des hommes de type commando prenaient à revers les ouvrages de défense. Ils débarquèrent dans une anse qui depuis porte leur nom (les Catalans), et poussèrent jusqu’à Saint-Victor, avant de rejoindre leurs comparses qui avaient réussi, eux, à sectionner la chaîne du port, livrant le passage aux navires. Au même moment, un autre corps débarquait dans l’anse de l’Ourse (la Joliette) et pénétrait dans la ville par la butte des Carmes. Prise en étau, la cité allait endurer une horrible épreuve.

Pendant quatre jours, rue par rue, Marseille fut systématiquement pillée, puis incendiée, le feu attisé par un vent lui aussi venu de la mer et dont le souffle puissant alluma des brasiers partout. La ville n’était plus qu’un brasier. La vengeance assouvie, les assaillants reprirent la mer en emportant comme butin la chaine du port et les reliques de Saint-Louis d’Anjou volées dans l’église de Saint-Ferréol-les Augustins.

De longues années furent nécessaires pour panser les plaies. Les habitants qui avait fui eurent beaucoup de mal à y revenir, traumatisés par l’événement. Un décret de la reine Yolande, en date du 16 mai 1424, soit six mois après les faits, ordonna aux fugitifs d’y rentrer, sous peine de confiscation de leurs biens. Naturellement, l’ordre fut accompagné de mesures d’aide pour hâter le repeuplement : cens immobilier annulés ou réduits, remboursement de dettes et paiement des intérêts suspendus, exemption de droits pour les transports de bois et matériaux nécessaires aux nouveaux bâtiments, etc.

Les reliques de Saint-Louis d’Anjou furent restituées le 24 juin 1956 mais pas la chaîne, malgré maintes demandes réitérées par la Ville de Marseille. Cette précieuse chaîne est suspendue à un mur de la salle capitulaire de la cathédrale de Valence. Il est à espérer qu’au nom de l’Europe et de l’amitié entre les peuples, le diocèse valencien (la chaine appartient à l’Eglise espagnole et non à l’Etat) nous rende un jour, dans le cadre d’une cérémonie officielle, ce trophée d’un autre temps.

                                                                                                                                                                                                              Gabriel  Chakra

MARSEILLE ET L’EXPERIENCE DU MALHEUR Notre série d’évocations par Gabriel CHAKRA 1. Pourquoi Jules César assiégea Marseille

Aussi loin que plonge notre regard dans le passé, et sur la très longue distance, l’élément majeur qui apparait réside dans l’étonnante capacité de Marseille à affronter les épreuves, à les endurer, puis à les surmonter. C’est un invariant historique. Toujours elle a survécu quand on la croyait définitivement déchue ou perdue, parfois même rayée de la carte. Cramponnée à la vie comme à son rivage, l’aptitude au rebond est dans son ADN. Voici des événements qui jalonnent son histoire mouvementée et qui marquent encore sa conscience collective. Ils sont développés en de larges traits, en allant à l’essentiel, ce qui est aussi une manière de raviver la mémoire.

1.- Je te fais la guerre si tu n’es pas mon ami…

Pourquoi Jules César assiégea Marseille

Dès sa fondation, Marseille tira sa richesse de la mer. La navigation lui permit de développer ses activités commerciales, de fonder des colonies – Le Brusc, Hyères, Antibes, Nice. Entre 218 et 203 avant l’ère chrétienne, le déclin de Carthage affaiblie par la Deuxième Guerre punique menée par Rome contre sa grande rivale du Sud, lui assura la primauté. Aussi rayonna-t-elle sans concurrence de Gênes aux Pyrénées et dans le golfe du Lion.

Entre Marseille et Rome, la bonne entente prévalait. Les Romains avaient besoin de la marine de commerce marseillaise et, en contrepartie, Marseille bénéficiait de la puissante protection de Rome. Et pour cause : dès leur implantation au bord du Lacydon, l’actuel Vieux-Port, les Grecs originaires de Phocée suscitèrent l’hostilité de la tribu ligure des Ségobriges, bien décidés à bouter hors de leur terre ces gens venus d’Ionie, en Asie Mineure, sur les côtes égéennes de l’actuelle Turquie.

Car cette tribu ligure, contrairement à ce qu’on croit, était rétive à une greffe étrangère sur son sol. Aussi prit-elle les armes après la mort de leur chef Nann. Un conflit échelonné sur plusieurs siècles. Régulièrement assaillis, souvent en difficulté, les Grecs de l’antique Massalia ne durent leur salut qu’à l’intervention des légions romaines en 122 avant notre ère. Les soldats de Gaius Sextius Calvinus, en garnison sur le site de la future ville d’Aix, vinrent au secours de leurs alliés, détruisant l’oppidum d’Entremont, forteresse ligure, au nom de l’amitié séculaire qui régissait les deux villes. En effet, pendant la Seconde Guerre punique opposant Rome à Carthage, les Marseillais avaient apporté aux Romains une aide décisive. Compensant les faiblesses romaines en mer, ils mirent chaque fois leurs vaisseaux au service des Romains, notamment lors de la destruction de Carthage en 146 avant Jésus-Christ.

En ce temps-là, Rome, à l’apogée de sa puissance, possédait en Espagne des richesses minières. Un trésor à protéger. Stratégiquement, l’arrière-pays marseillais – le sud de la Gaule – devint le passage obligé entre l’Italie et l’Ibérie. Et sur cet axe routier les Romains, toujours enclins à administrer et à équiper les terres conquises, créèrent la province de la Narbonnaise avec, sur la via Domitius – la toute première grande voie du pays – la ville-capitale de Narbo Martius (Narbonne) en 118 av. J.-C.

Mais dans cet empire qui visait à dominer tout l’Occident, deux hommes briguaient le pouvoir : le noble sénateur Pompée et l’ambitieux Jules César. Figure respectée par les notables, Pompée jouissait d’un grand prestige. En Espagne, il venait de mater Sertorius qui voulait y créer un Etat indépendant. Pompée y cantonna ses troupes mais, pour consolider ses positions, il partit en Orient qui était, pour reprendre la formule usitée, la « pompe à finance » de Rome. L’Anatolie, la Syrie et l’Egypte recelaient de grandes richesses, et c’est en les accaparant que Pompée, comme le fit avant lui Alexandre le Grand, pouvait subvenir aux besoins de ses soldats en Espagne d’une part, et à entretenir d’autre part son armée et sa cagnotte personnelle. Le commerce en Méditerranée servait aussi à ce type de nécessité.

A son retour, Pompée constitua avec César et Crassus le premier triumvir détenant tout pouvoir à Rome. A la mort de Crassus, Pompée fut nommé par le Sénat consul unique de Rome. Cependant il eut du mal rétablir l’ordre dans une ville énorme, la plus importante de l’univers, secouée par des troubles permanents. Et il y avait un autre motif d’inquiétude : Jules César. Se tenant en retrait, mais guettant le moment propice pour agir, César qui avait le savoir-faire expéditif et qui rêvait d’un pouvoir personnel, franchit le Rubicon – un fleuve d’Emilie-Romagne – avec ses troupes, le 17 décembre 50. Aléa jacta est – les dés en étaient jetés ! La guerre fut déclarée avec Pompée, lequel alla se réfugier en Grèce. Prompt à tirer les marrons du feu, César s’empara sans coup férir de l’Italie et fonça droit sur l’Espagne, pour rallier à sa cause les soldats de Pompée.

Cruel dilemme : Pompée ou César ?

Sur la route de l’Espagne, en 49 avant J.-C., il y avait Marseille, l’amie reconnue de Rome. La ville était dirigée par un conseil de six cents représentants des corps de métiers, les timouques, sorte d’aristocratie sensible aux formes et aux convenances. La gestion des affaires courantes incombait à quinze magistrats issus de ces corps. Les circonstances obligeaient la ville à choisir entre César et Pompée. Cruel dilemme ! En fait, ces quinze magistrats, plutôt conservateurs, eussent aimé rester fidèles à Pompée, d’autant que celui-ci, pour garder Marseille dans son giron, y envoya Domitius à la tête de plusieurs vaisseaux de guerre, preuve de son soutien aux sages notables marseillais. Mais César postulait un principe simple : où tu es mon ami et tu me suis, ou tu es mon ennemi, et je te combats… Pour lui, les Marseillais devaient suivre l’exemple des Italiens plutôt que d’obéir à Pompée.

Après des tergiversations et hésitations, Domitius, fin manœuvrier, parvient à gagner l’édilité marseillaise à la cause de Pompée. Outré, Jules César mobilisa trois légions et déclara la guerre à la Cité. Les dix mille Marseillais, ayant fait provision de vivres et de matériel, se calfeutrèrent dans leurs remparts qui couraient sur deux kilomètres, englobant le Centre Bourse, la porte d’Aix et la butte des Carmes, tandis que leur flotte mouillait au large du Frioul en prévision d’une bataille navale. La place était commandée par Apollonidès et les quinze magistrats assuraient l’ambassade auprès du QG romain.

En face, Jules César alignait vingt-cinq mille hommes supérieurement armés et d’une expérience sans commune mesure avec une population aspirant à la paix… Il confia l’armée à Trébonius et la marine à Brutus. Un moment, il eut l’idée de prendre la ville par surprise mais celle-ci, bien défendue, l’en dissuada. Depuis son poste de commandement établi sur le plateau de Saint-Charles, le « Grand Jules » fit édifier (avec le bois de centaines d’arbres abattus dans le massif de la Sainte-Baume) une tour de 10 mètres de haut pour deux raisons : résister aux brandons lancés depuis les remparts contre ses soldats, et ouvrir une brèche dans ces remparts à l’aide d’une « tortue » fonçant droit comme un lourd et puissant bélier glissant sur une rampe. Le Génie militaire romain fit des prouesses techniques, mais la cité assiégée et défendue par Apollonidès résistait vaillamment. D’autant que César, parti en Espagne, laissait la conduite des opérations à ses deux lieutenants.

Guerre d’usure

Sept mois plus tard, avec le retour du conquérant, le sort des assiégés fut scellé. Malgré leur courage à mener vaillamment assauts et contre-attaques, sur terre et sur mer, ils ne pouvaient l’emporter. La guerre d’usure leur fut fatale. Face à un tel adversaire, aux moyens largement supérieurs en logistique, en armement et en expérience, la résistance s’avéra vaine. Seize vaisseaux marseillais furent détruits au Frioul. La population, accablée par le confinement, mais aussi par la chaleur et la maladie, manquant de blé et d’eau potable, se rendit à l’évidence.

Au final, les Romains réussirent à entamer les remparts d’une large brèche, et leur flotte déclarée victorieuse au Frioul. Bien que triomphant, César la joua modeste. Il rançonna la cité, il lui enleva des colonies sauf Nice et les îles d’Hyères, mais lui laissa les prérogatives d’une ville libre. A vrai dire, il punit Marseille d’une façon détournée, en favorisant l’émergence d’Arles, la Rome des Gaules, grand emporium voué à doter Rome de blés et de… fauves dont ses gladiateurs et un public conquis raffolaient. Panem et circenses !

Gabriel Chakra

Exposition au Château Borély L’HÉRITAGE (vraiment) SURRÉALISTE DANS LA MODE par Béatrice CHAKRA

Je vous recommande particulièrement cette nouvelle exposition Mode au Château Borély car elle permet de donner libre cours à votre imagination.

L’héritage du surréalisme dans la mode est proposé au travers de 30 modèles des collections du Château Borély. Au programme, des créateurs tels qu’ Issey Miyake, Chanel, Gaultier, ou Jean-Rémy Daumas . Une signification qui n’est pas anodine puisque la mode est l’art (visuel) du prêt-à-porter.

La critique de Béatrice Chakra :moi, j’ai bien aimé”

J’ai bien aimé cette expo présentant des robes, des tenues aux « beautés convulsives », sujet d’inspiration des années 30 et revendiqué dans les années 60/70 dans un contexte de libération sexuelle. Un clin d’œil envers la mode dure d’André Breton, je trouve.

Le motif des lèvres ainsi que d’autres parties du corps, comme l’œil ou la main dessinés sur des pièces précises reviennent de manière récurrente depuis les années 60 dans l’univers de la mode. Mais la plus belle, selon moi, est celle aux effets « trompe-l’œil » de Mary Katrantzou s’appliquant sur les textiles notamment en 3D. Une merveille !

Cependant, l’exposition est trop courte. Basculée sur deux pièces du premier étage, elle se visite en moins de quinze minutes. C’est mon seul bémol !

Béatrice CHAKRA

Musée Borély – Musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode
Château Borély
134 avenue Clot-Bey
13008 Marseille

Entrée gratuite – 18 juin au 27 septembre, du mardi au dimanche de 9h à 18h.

Kiosquier, un métier en péril Par Jean-Paul BRIGHELLI

Où achetez-vous vos magazines en ce moment ?
À Marseille et Lyon, plus aucun titre national n’est disponible depuis plus d’un mois. Depuis la mise en redressement judiciaire à la mi-mai de Presstalis, principal diffuseur de la presse nationale, les antennes (SAD) des deux plus grandes villes de France après Paris ont déclaré forfait, occupées qu’elles sont par la CGT, qui sous prétexte de défendre l’outil de travail, est en train de le détruire.
Et de détruire du même coup les distributeurs de journaux, d’hebdomadaires et de mensuels, tout ce qui tisse le réseau d’information essentiel à la vie démocratique. Inutile de se plaindre de la désaffection des urnes : ce second tour des élections municipales s’est déroulé dans un trou noir de la presse papier.

Les incidences d’une telle politique jusqu’au-boutiste sont nombreuses.
D’un côté, la presse, sans débouchés commerciaux, meurt par étouffement. De plus en plus de magazines ne comptent plus que sur la diffusion en ligne pour survivre — et il y a des gens qui tenaient à lire leur journal en le tenant à la main, pas devant un écran. À le lire durant leurs trajets, en métro ou en train. À le lire le soir, tranquilles, allongés dans leur lit.
Par ailleurs, une désaffection se crée nécessairement vis-à-vis des kiosquiers, qui n’ont plus que des étalages vides à proposer à leur clientèle. En 2004, il y avait 55 kiosques à Marseille. Il en reste 20. Demain, ils seront bien moins nombreux, faute de rentrées financières. Pour le moment la Provence à Marseille ou le Progrès à Lyon ne réclament pas leur dû — mais jusqu’à quand ? Au sortir de la crise sanitaire, pendant laquelle les kiosquiers n’ont en général ouvert que le matin, ils se retrouvent obligés de pérenniser une option qui nécessairement réduit leur capacité de vente — et réduit d’autant le réflexe des clients, dépités de s’entendre répondre que non, Marianne, le Point, l’Express, Paris-Match, Valeurs Actuelles, et l’ensemble des hebdos de télé ne sont pas là. Ni aucun des quotidiens nationaux.
Enfin, cela supprime l’accès à une presse libre et diversifiée. Demain ne subsisteront que les fake news d’Internet.

Curieuse attitude que celle de la CGT, qui reste arcboutée sur des pratiques héritées du mythe ouvrier du XIXe siècle. La centrale de Philippe Martinez vit encore à l’époque de Germinal. Front contre front, sus aux patrons, faisons-leur rendre gorge.
Mais ça ne marche pas — on l’a bien vu à la SNCF. Le risque évident est l’ubérisation de tous ces services pris en otages par des syndicats irresponsables. Défendre son travail, certes — mais pas en menaçant le travail des autres.

Kiosque marseillais – photo Le Méridional

Vincent* est kiosquier près du port — et son métier, il le fait bien, un mot aimable à chacun, une science sans faille de son stock. Septuagénaire, il n’a que son kiosque pour vivre (et ce qu’il touche pour chaque exemplaire vendu est vraiment dérisoire). Depuis quatre mois, son métier est au point mort, d’abord par la faute d’un confinement radical car pensé dans l’urgence, faute d’une réflexion en amont, puis à cause du blocage de la SAD marseillaise. On hésite à lui demander avec quoi il mange. Son kiosque, c’est sa vie. Ce que le coronavirus, auquel il a échappé, n’a pas fait, la CGT s’en charge. À petit feu.

L’information est un rouage essentiel de la démocratie. Quotidiens et hebdomadaires offrent un autre son de cloche que des chaînes d’info qui imposent plus de chaînes que de vraies infos, on l’a assez vu depuis quatre mois. La CGT devrait comprendre que c’est dans une presse pluraliste qu’elle trouvera les relais médiatiques dont elle a besoin, pas dans une information monocolore, centralisée et contrôlée par de grands groupes qui font silence sur les revendications d’employés mécontents. Bloquer la distribution est le plus sûr moyen de mettre en faillite une entreprise déjà défaillante, qui sera remplacée demain par des systèmes indépendants, avec des livreurs payés au lance-pierre, juchés sur leurs vélos. Et non-syndiqués.

Jean-Paul Brighelli

(*) J’ai changé son nom, à sa demande. Il préfère ne pas s’exposer, me dit-il, aux représailles syndicales. Et il parle en connaissance de cause.

Elle a été réélue à la majorité absolue Martine Vassal : le plébiscite

C’est la politique des montagnes russes : battue à la régulière samedi aux municipales de Marseille par Michèle Rubirola, (celle qui se pose un peu là), Martine Vassal (LR) a pris sa revanche cinq jours plus tard en étant réélue présidente de la métropole Marseille-Provence avec une majorité beaucoup plus large que celle espérée par sa famille politique.

Détestée hier, adulée aujourd’hui : Martine Vassal est passée en cinq jours de l’abattement à la résurrection. Déjà majoritaire avec 109 voix dans l’hémicycle du Pharo, Mme Vassal a largement étoffé son capital naturel de suffrages puisqu’elle a été élue dès le premier tour de scrutin avec 145 voix sur 239 suffrages exprimés, soit 25 voix de plus dans son escarcelle puisqu’il suffisait de 120 voix pour obtenir la majorité absolue.

Il s’agit donc d’un véritable plébiscite puisque 25 voix de gauche se sont spontanément portées sur son nom.  Lesquelles ? Inutile de fureter et de lancer Eliott Ness ou le commissaire Maigret dans des recherches d’isoloir, elles demeureraient vaines car le vote a eu lieu à bulletins secrets. N’empêche, la claque essuyée par le communiste Gaby Charroux est éclatante : il ne réunit que 61 suffrages sur les 95 espérés et il va sans doute se demander longtemps quels sont ses amis aux humeurs printanières mais parfois versatiles qui l’ont abandonné en chemin…

Le fait est là. Charroux s’est fait empapahouté dans les grandes largeurs. On ne saurait en dire autant de Jean-Pierre Serrus, candidat de La République en Marche, ex-LR, qui a obtenu 22 voix au total, au lieu des 13 sur lesquelles il pouvait compter. Soit 9 de plus que son assiette normale. Des suffrages surnuméraires qui ne peuvent, là aussi, que venir des rangs de la Gauche, décidément très éclatée, puisque Mme Vassal et Stéphane Ravier ont chacun fait le plein de leurs voix.

Si vous ajoutez les 25 voix d’élus de Gauche qui ont choisi Vassal et les 9 voix de Gauche qui ont opté pour Serrus, vous obtenez un total faramineux de 34 élus de Gauche qui ont boycotté d’emblée leur camp. Voilà qui promet bien des tracas à Mme Rubirola, la nouvelle mairesse de Marseille, qui va devoir évoluer avec cette épée de Damoclès permanente au-dessus de la tête et cette interrogation lancinante : quels sont les 34 renégats qui nous ont fait défaut ?

La fin du « monstropole »

La métropole étant bipolaire, avec une tête à Marseille, et une tête à Aix-en-Provence, l’élection de l’excellent financier et économiste aixois Gérard Bramoullé en qualité de premier vice-président est un gage d’équilibre et de répartition équitable des ressources. Lui aussi, notez-le, a rassemblé 145 suffrages sur son nom, contre 80 votes blancs et 15 abstentions. C’est bien la première fois de sa vie que M. Bramoullé pourra s’enorgueillir d’avoir été élu par une partie de la Gauche…En tout cas, Maryse Joissains, mairesse inamovible d’Aix, sera bien présente à ses côtés pour « épauler » Martine Vassal et l’empêcher de sombrer dans les délires du « monstropole » qu’elle éreintait sous la présidence de Gaudin.

Très applaudie par sa large majorité, Mme Vassal a reconnu qu’elle ne s’attendait pas à un tel plébiscite : « mon score prouve que j’arrive à rassembler bien au-delà de ma famille politique », a-t-elle constaté sobrement. C’est le moins qu’on puisse dire. Ceux qui avaient préparé en douce un coup de Jarnac ou une nouvelle « enfillonade » en seront pour leurs frais. C’est raté.

Martine Vassal va pouvoir en toute légitimité amorcer une réforme profonde de cette institution assez lourde dont le fonctionnement a été jusqu’ici un échec. Elle va lancer sa « métropole de projets » en s’appuyant davantage sur les maires : à eux les compétences de proximité, à la métropole les compétences stratégiques relatives à l’aménagement du territoire et à la mobilité.

Martine Vassal sera la présidente de la république Marseille-Provence et les 92 maires seront ses premiers ministres qui pourront, enfin, s’occuper de ce qui les regarde. Souvent entravée par les difficultés administratives et l’inertie du « millefeuille », la métropole vient de renaître de ses cendres. Exactement comme une certaine…Martine Vassal.

José D’Arrigo

Rédacteur en chef du Méridional

Photo : extraite de la page Facebook de Martine Vassal

Martine Vassal – Bruno Gilles La double mort du Gaudinisme

Non, les Républicains ne pouvaient pas gagner cette élection municipale. Pour une raison très simple : ils étaient marqués par les stigmates de la division et l’infamie de la rue d’Aubagne, même s’ils n’en étaient pas directement responsables.

Le fameux « ticket » Gaudin-Muselier a bien fonctionné jusqu’en 2014, date à laquelle Jean-Noël Guérini n’a été battu que sur le fil grâce à un changement radical de slogan de campagne entre les deux tours de scrutin : « j’aime Marseille, je vote Gaudin ».

Cette fois, les Républicains se sont désunis d’emblée en se livrant à une pitoyable guerre des egos. Ils ont offert à l’opinion un « ticket inversé » selon les secteurs : Vassal-Gilles, Gilles-Vassal. Dans les huit secteurs de Marseille, les électeurs de droite ont été invités, à leur corps défendant, au spectacle désolant des escarmouches, des petites phrases assassines, des suspicions de fraudes sur les procurations et des procès d’intention entre les deux « bébés Gaudin » : Martine Vassal et Bruno Gilles.

Malgré les objurgations de Renaud Muselier, les deux prétendants au trône ont vite oublié que leur division ne pouvait qu’être néfaste, voire suicidaire, pour leur camp. Certes, tous deux ont eu le courage de se ressaisir et de revenir à de meilleurs sentiments : Vassal en s’effaçant in extremis au profit de Guy Teissier après son échec dans le 6/8, et Bruno Gilles en donnant ses deux voix à son ex-parti. Mais c’était bien trop tard pour réparer les pots cassés. Ils étaient devenus inaudibles.

Aucun dauphin à sa taille

Juché sur son piédestal, les mains croisés sur son embonpoint, Gaudin le rassembleur de chrysanthèmes a dû jubiler en douce et ricaner sous cape en voyant ses héritiers putatifs s’étriper à qui mieux mieux. Son vœu ultime s’ancrait ainsi dans la légende : rendre les clefs à la Gauche, aucun dauphin n’étant jugé à sa taille, comme Defferre en son temps…

L’histoire retiendra sans doute que Gaudin n’est qu’une créature de Gaston Defferre, effaré de l’ambition dévorante de Charles-Emile Loo et de son ascension en qualité de trésorier national du PS, et qui décida d’y mettre brutalement un terme aux législatives de 1978 à Marseille…en faisant voter les gros bataillons socialistes en faveur du jeune et primesautier Gaudin, incarnation d’une droite centriste jugée inoffensive.

De même, Guy Teissier l’a bien compris, Gaudin n’a pas fait tout ce qu’il pouvait faire pour conserver Marseille dans son camp politique. Il a divisé sa propre famille, puis il a assisté au désastre comme à un match de l’OM. En se frottant les mains et en comptant les points. Le jeu politique ressemble ici à un exercice de tuerie sur fond de mots doux et d’étreintes amicales. Gaudin m’avait confié un jour, alors qu’il briguait la présidence du Sénat :

« Vous savez, au Sénat aussi, on tue en douce ses adversaires, mais les moquettes du palais du Luxembourg sont si épaisses que les cadavres ne font jamais de bruit en tombant sur le sol… »

Non, décidément, la Droite ne méritait pas de gagner cette élection. Lorsque les médias socialistes se félicitent de la défaite de Stéphane Ravier (RN) dans le 13/14 et de la victoire au forceps de David Galtier (LR) au second tour, ils feignent d’ignorer que ce résultat inespéré n’a été rendu possible que par la défection volontaire de la Gauche au second tour, ce qui revient à reconnaître que le score final de Martine Vassal est aussi lié au bon vouloir de ses adversaires, et donc, sans grande signification.

Dans l’autre sens, Samia Ghali, elle aussi en panne de mémoire, fait semblant d’oublier que si Martine Vassal n’avait pas retiré de la course au second tour son candidat Moussa Maaskri (14 % des voix), elle aurait été battue à plate-couture par le Printemps marseillais de Coppola et jetée aux orties. Elue avec 5025 voix sur 47 912 inscrits, Ghali n’a recueilli « que » 10,48 % des inscrits mais elle a su faire payer très cher son petit pécule à ses nouveaux amis. Croyez-vous que ce résultat étique, squelettique, justifiait ses prétentions exorbitantes qui semblent davantage relever du caïdat politique que de la légitimité républicaine ?

Conciliabules interminables, chantage, pression, Mme Ghali aura maintenu le suspense de sa double allégeance possible jusqu’au bout du bout. Finalement, Mme Rubirola a cédé. Elle lui a tout donné pour bénéficier d’une majorité absolue de 51 voix au sein du conseil municipal : elle lui a confié un poste de deuxième adjointe, Payan étant inamovible à ses côtés, et trois autres adjoints choisis parmi les huit élus de sa liste : Roland Cazzola (11eme adjoint), Marguerite Pasquini (22eme adjointe) et Sébastien Jibrayel, le fils de son père (29 eme adjoint).

La mairesse et la traitresse

Dans l’autre camp (supposé), Mme Ghali a une sœur qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau : il s’agit de Lisette Narducci, la dame de tous les bons partis, mais surtout du sien. Voilà une élève de Guérini, qui soudain devient gaudiniste, puis qui fait campagne aux côtés du gaulliste Bruno Gilles parce qu’elle se sait barrée par Solange Biaggi dans le 2/3 et qu’elle n’a pas d’autre issue pour exister dans ce secteur. Elle réussit à battre sa rivale d’une poignée de voix au premier tour mais doit s’incliner au second tour, ce qui la condamne à être une simple conseillère municipale, poste qui ne satisfait pas ses ambitions.

Alors, elle va crier famine chez Rubirola sa voisine dans l’espoir de décrocher une prébende contre son allégeance et son vote. Et, bingo, elle décroche un poste de 26eme adjointe qui sanctionne sa piteuse félonie. Toutefois, la nouvelle mairesse de Marseille devrait se méfier des convictions versatiles de Lisette qui a été guériniste, socialiste, radicale, gaudiniste, gilliste et nouvellement rubiroliste…et se souvenir de l’avertissement de Stéphane Ravier : « nous préférons laisser entre eux les magouilleurs et les marchands de tapis ».

Cette élection marquera aussi l’échec d’une toujours possible union des droites tant espérée par les patriotes depuis des lustres :celle qu’avait réalisée de concert Jean-Claude Gaudin et Ronald Perdomo (FN) avait permis de conquérir le conseil régional en 1986 mais l’expérience n’a pas eu de suite. La double mort du gaudinisme, elle est là, aussi. Teissier et Stéphane Ravier n’ont pas réussi à s’entendre, au grand dam de leurs électeurs respectifs, ce qui remet cette entente hypothétique aux calendes grecques.

Que restera-t-il de cette échauffourée électorale empuantie par des suspicions tous azimuts de fraudes aux procurations et de bourrages d’urnes, y compris dans le secteur de Mme Ghali, ce qui pourrait conduire à une annulation du scrutin dans le 15/16, puisque seulement 386 voix séparent la nouvelle deuxième adjointe de Jean-Marc Coppola…Rien ou presque.

 Un parfum de désolation et de frustration. Comme toujours après les brusques montées de température qui rythment la vie de Marseille. Dans le secret de son cabinet, la nouvelle mairesse va devoir arbitrer entre des ambitions contradictoires dans un contexte budgétaire drastique avec l’obligation absolue pour l’ancienne hippie du Larzac et la talentueuse chanteuse de Gospel de trouver le bon tempo entre les diverses intonations de son patchwork ingouvernable.

Rubirola est bien là, mais elle devra trouver le « la ». Entre des partis qui se détestent (Verts, PS, PC), elle devra faire prendre la mayonnaise avec autant de brio qu’elle a réussi à le faire durant la campagne, c’est-à-dire en empaquetant le tout dans un concept marketing affriolant (le printemps) pour mieux masquer la flétrissure d’étiquettes vérolées. Puis, elle devra remettre à leur place ses alliées de circonstance qui marchandent le destin de la ville comme des brocanteurs du marché aux Puces. Elle aura largement le temps de se rendre compte, elle, la « technicienne de l’humain », qu’elle est entourée de techniciennes de surface politique…

Ce n’est pas Vassal, c’est elle, Rubirola, qui devra incarner « une volonté pour Marseille ». Elle semble pleine de bonne volonté, mais il n’est pas interdit de penser qu’elle finira, elle aussi, tôt ou tard, dans les bégonias. Parce que c’est ça Marseille.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Rubirola hélas! Marseille : le printemps de Prague

Toutes les grandes escroqueries politiques sont nées sur la promesse d’un monde meilleur. La pseudo-révolution de mai 1968 en France a engendré une génération entière de dirigeants et de PDG qui épouvanterait les étudiants chahuteurs qu’ils ont été durant leur adolescence.

L’avènement de Mitterrand en 1981 a été perçue comme une libération festive par toute une jeunesse socialiste et communiste qui a été cruellement déçue par la suite. De même, l’élection de Jacques Chirac à la présidence en 1995 devait permettre l’éclosion des valeurs de la droite nationale : indépendance, liberté, ordre, responsabilité, souverainisme. Il n’en a rien été.

Avec Sarkozy, ils croyaient au karcher et ils ont eu Kouchner. Hollande et Macron n’ont été que les clones invertébrés de leur propre substance. La politique n’est souvent qu’une malédiction saluée par la liesse populaire. Les idées mirifiques s’y enlisent inexorablement dans la mélasse du quotidien…

Voilà pourquoi la victoire surprise de Michèle Rubirola me paraît du même ordre que les espoirs fous suscités en 1968 par le printemps de Prague et son fameux « socialisme à visage humain ». Le réformateur Alexander Dubcek avait cru pouvoir s’émanciper de la tutelle du parti communiste soviétique en introduisant en Tchécoslovaquie la liberté de la presse, la liberté de circulation et la démocratisation de la vie publique. Le printemps de Prague s’est soldé le 21 août 1968 par l’invasion des chars de combat et les soldats du pacte de Varsovie qui ont imposé leur « normalisation » en abandonnant toutes les réformes libérales de Dubcek. Rideau.

Les rêves idéologiques s’achèvent souvent par un réveil brutal aux réalités. Le Printemps marseillais n’échappera pas, hélas, à cette issue tragique. Tout se passe comme si le patchwork bricolé par le tandem vert et rose, Rubirola-Payan, était irisé de reflets brillants qui attirent les électeurs déboussolés. On appelle ça un « miroir aux alouettes ». C’est un leurre trompeur doté d’un emballage clinquant qui permet de piéger, en fin de cycle, ceux qui croient encore en un Marseille débarrassé pour toujours du clientélisme, du clanisme, du communautarisme, du népotisme et des guichets obligatoires sur le fronton desquels on peut lire la formule magique : « un tien pour deux tu me rendras… »

Les mêmes qui exultent aujourd’hui sur les décombres du gaudinisme auront demain la gueule de bois. Qui trop embrasse mal étreint. Les nouveaux venus veulent que « tout le peuple de Marseille s’implique dans la gouvernance de la ville » (Fortin), ils rêvent de « réconciliation entre Marseille-Nord et Marseille-Sud » (Ghali) alors que ces deux Marseille ne sont plus dos à dos mais face à face, et la nouvelle mairesse promet à ses ouailles que « le clanisme, le clientélisme et le népotisme, c’est fini ». Formidable. Génial.

La vérité, c’est que les marionnettistes du système politique vont simplement changer de titulaires. Voilà tout. Les alouettes folles de La Plaine vont s’écraser inéluctablement contre les bouts de miroir agités frénétiquement au-dessus de la Bonne Mère par les écolos, les socialos, les cocos et les gauchos. Le stratagème brillant ne fonctionnera qu’un temps, puis il s’écroulera, comme d’habitude, victime des vices de la nature humaine et des rouages d’un système implacable qui broie les plus belles intentions et saccage les âmes.

Que va-t-il se passer maintenant ? Les Marseillais qui croyaient naïvement à la légende de la pastèque (verte à l’extérieur, rouge à l’intérieur) vont probablement vivre un été caniculaire avec une crise sociale, économique et financière sans précédent. Ils vont ramer jusqu’à l’automne dans l’attente d’une embellie et verront alors avec tristesse et consternation que les arbres de Rubirola ne tiennent pas la promesse des fleurs. Les feuilles tomberont en abondance et la végétation naguère luxuriante s’étiolera. Puis viendra l’hiver, semblable à celui de novembre 1956 à Budapest au cours duquel les révoltes populaires furent écrasées sans pitié et dans le sang.

Les nouveaux « gilets jaunes » seront tabassés et emprisonnés, leurs utopies abolies. Ils comprendront alors que l’élection au rabais de Rubirola (66512 suffrages seulement pour le printemps marseillais sur un demi-million d’inscrits) n’était qu’une victoire à la Pyrrhus, obtenue au prix de promesses si lourdes et si incohérentes qu’elles compromettent d’emblée leurs chances de succès final.

Et le Printemps marseillais aura vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin…

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Il a largement battu la mairesse sortante Vincent Goyet : un solide rempart pour Saint-Mitre

Vincent Goyet, 40 ans, nouveau maire de Saint-Mitre-Les-Remparts, s’est battu comme un lion durant six ans pour parvenir à convaincre une large majorité des électeurs Saint-Mitréens  du bienfondé de son projet. Le 28 juin, il les a ralliés à sa cause.

En 2014, Vincent Goyet n’avait réuni sur son nom que 24,12 % des suffrages contre 42,99 % à sa rivale Béatrice Aliphat, une mairesse qui s’est révélée être assez dirigiste et dont la gestion chaotique du personnel municipal a abouti à de nombreuses procédures judiciaires.

Très respectueux de la démocratie, considérant que Béatrice Aliphat était du même bord politique que lui, Vincent Goyet lui avait alors tendu la main pour travailler avec elle en bonne intelligence, mais il avait alors essuyé un refus dédaigneux. Alors, le pugnace Goyet s’est tourné vers ses coéquipiers et leur a dit : « nous allons nous transformer en laboureurs…»

En laboureurs politiques, évidemment. Vivant tous à Saint-Mitre et rencontrant les habitants au quotidien, ils ont tissé des liens avec eux, écouté leurs doléances et creusé patiemment le sillon de la proximité tandis que la mairesse, élue et vice-présidente de commission au conseil régional, passait le plus clair de son temps à Marseille. Présents en permanence à Saint-Mitre et bossant leurs dossiers, Goyet et ses amis ont pointé les erreurs grossières de Béatrice Aliphat, par exemple son idée saugrenue de construire 1000 logements à Saint-Mitre alors que 450 suffisent amplement aux besoins des habitants et qu’ils permettent de s’insérer dans le paysage sans porter atteinte à la beauté du site.

Pour Vincent Goyet, il n’est pas question de céder aux sirènes de l’urbanisation galopante et il sera un véritable rempart contre les jobards du gigantisme et de la bétonite aiguë. « Construire d’accord, estime Goyet, mais sans dévorer nos collines et sans rien cacher aux riverains sur certaines parcelles enclavées et peu propices à l’aménagement de logements collectifs. La forme urbaine, la hauteur et la densité des logements nouveaux doivent s’intégrer harmonieusement dans le site existant et ne pas injurier la nature ».

Nos Photos : Vincent Goyet et son équipe : un sourire rayonnant pour le renouveau de Saint-Mitre-Les-Remparts. (Photos Jean-Baptiste Raboin)

La stratégie du laboureur

La mairesse, trop préoccupée par son mandat régional et ses responsabilités à la commission « croissance verte, transition énergétique, énergie et déchets », aurait été bien inspirée de penser en priorité au développement durable de son propre village. A ceux qui osaient lui reprocher son absence, elle a laissé entendre que finalement, le cumul des mandats avait du bon et pouvait se justifier pour être plus efficace, une sornette régulièrement agitée par Jean-Claude Gaudin pour faire accepter sa double casquette marseillaise et parisienne.

Bref, la belle mairesse n’a pas senti venir la patate, tant et si bien que le 28 juin, à l’issue du second tour de scrutin, le score des deux rivaux s’est tout simplement inversé : Vincent Goyet 54,37 % des suffrages et Béatrice Aliphat 45,63 %.

Vincent Goyet, le laboureur, a gagné 632 voix en six ans tandis que sa rivale en perdait 247 durant le même laps de temps. Avec une participation de 60 % des électeurs inscrits, la victoire du jeune républicain est à la fois éclatante et indiscutable. Nul n’a d’ailleurs songé à la discuter et la mairesse sortante a reconnu sa défaite avec fair-play, souhaitant bonne chance à son successeur.

Vincent Goyet va à présent réanimer Saint-Mitre et la faire revivre. Les charges excessives de personnel seront réexaminées car la mairesse les avait augmentées de 500 000 euros environ en trente mois, le centre-ville sera revitalisé et le sens unique de circulation qui ne permet pas aux visiteurs de s’arrêter sera revu et corrigé. Saint-Mitre va changer d’ère, avec un nouveau plan local d’urbanisme plus cohérent, plus écologique et surtout plus en phase avec les vœux des habitants.

 Sept nouvelles plages seront aménagées sur le modèle de celles de Martigues avec tables de pique-nique et plantation de palmiers. Comme les eaux de l’étang de Berre sont de plus en plus pures et que les anguilles et les hippocampes sont de retour, voilà une très heureuse initiative. Le centre ancien sera restauré au fil du temps et plus personne ne pourra dire que Saint-Mitre est une cité qui dépérit.

Saint-Mitre ville dortoir, c’est fini. Cap sur l’animation, le changement, le commerce, la vie. Vincent Goyet va s’appuyer sur des gens bien, pas des idéologues sectaires, des gens de tous horizons qui ont la même ambition pour leur village et parlent donc le même langage. Ceux qui ont tenté de multiplier les attaques sordides sur l’équipe Goyet en seront pour leurs frais : on ne gagne pas en éclaboussant des torrents de boue sur ses adversaires dans les réseaux sociaux sans se discréditer soi-même. Oui, Vincent Goyet sera le vrai rempart de Saint-Mitre contre les miteurs et autres dynamiteurs de paysage qui tenteraient d’abîmer son site merveilleux.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

Marseille : les clefs d’une élection souterraine

Incroyable ironie de l’histoire : Guy Teissier pourrait être sacré maire de Marseille ce samedi 3 juillet 2020 au bénéfice de l’âge (75 ans) par l’homme qui l’exècre le plus au monde, Jean-Claude Gaudin. Il faut savoir que depuis cinquante ans, Claude Bertrand l’éminence grise du maire, et Jean-Claude Gaudin lui-même, ont juré que cet ancien parachutiste, friand d’ordre, de responsabilité et de justice sociale, ne serait jamais élu maire de Marseille.

Le duo machiavélique a-t-il conspiré en secret contre son propre camp pour convaincre certains de leurs conseillers municipaux amis de voter pour l’extrême-gauche ou de s’abstenir à seule fin de mettre un terme définitif aux ambitions de leur éternel rival ? Les deux compères sont-ils à l’origine de l’extravagante sortie de Lionel Royer-Perreaut, réélu maire du 9/10, qui a décidé de se présenter contre son mentor en politique, celui qui lui a tout apporté après la mort tragique de Yann Piat dont il était l’attaché parlementaire ?

On serait tenté de le croire lorsqu’on considère les arguments de Lionel Royer-Perreaut pour justifier son choix : un, Teissier aurait passé des accords occultes avec le Rassemblement national pour bénéficier de leurs neuf suffrages, deux, Martine Vassal n’aurait consulté personne pour désigner Guy Teissier à sa place et seulement parce que c’est le doyen des conseillers, trois, l’électorat marseillais a décidé, par la nature de son vote ambiguë, de ne pas trancher entre l’extrême gauche et la droite républicaine, obligeant ainsi les élus des deux camps à s’entendre en vue d’une nouvelle « gouvernance partagée », naguère assurée par Teissier lui-même à la tête de la communauté urbaine.

Sur ce troisième argument, on ne saurait donner tort à Lionel Royer-Perreaut car les scores enregistrés par l’extrême-gauche et la droite républicaine sont beaucoup plus serrés que ne l’indiquent les médias socialistes. Au premier tour de scrutin, le « Printemps marseillais » a en effet totalisé 6735 voix de plus que Martine Vassal (LR) sur 507 412 électeurs inscrits, et au second tour, lorsque Martine Vassal et Bruno Gilles mêlent leurs suffrages, cet écart se réduit à 2232 voix, c’est-à-dire une poignée de figues au regard du demi-million d’inscrits sur les listes électorales. C’est là qu’on comprend que la Gauche n’a pas vraiment gagné cette élection, elle a profité des divisions de la droite qui s’est en quelque sorte « auto-flinguée »…

Teissier-Royer-Perreaut : une animosité ancienne

En revanche, les autres arguments de Royer-Perreaut sont fallacieux. Ils cachent une réalité plus prosaïque. Souvenez-vous de la préparation des élections municipales en 2019 : il avait fallu que Martine Vassal se déplace elle-même à Mazargues pour éteindre l’incendie entre Teissier et Royer Perreaut, tous deux candidats au même poste de maire. Teissier avait fini par s’effacer pour sauvegarder les intérêts de son camp mais tout le monde avait compris qu’il y avait désormais de l’eau dans le gaz entre l’élève et son maître.

Nous pouvons même vous confier que ce conflit larvé a failli dégénérer en bagarre judiciaire, tant la tension était vive entre ces deux-là. Finalement, tout s’est arrangé en surface avec grands sourires et embrassades en face des caméras. Mais les arrières pensées vindicatives viennent d’éclater au grand jour : entre le député et le maire du 9/10 c’est la détestation cordiale. Et si Royer-Perreaut s’est précipité pour briser la dynamique impulsée par Martine Vassal, c’est parce qu’il sait fort bien que si Teissier est élu, lui, l’élève très indocile, ne tardera pas à finir à la trappe…

La défection de Lionel-Perreaut et sa stratégie du « tout sauf Teissier » peuvent-elles empêcher Teissier d’être élu à la majorité absolue ? Certes oui. Pour que Teissier recueille les 51 voix nécessaires (sur 101 conseillers), il faut qu’il table sur les trois conseillers de Bruno Gilles – ça, c’est fait, en principe -, ce qui porte le score à 42 élus partout entre l’extrême gauche et la droite républicaine. A partir de là, si Teissier parvient à convaincre quelques élus du Rassemblement National et de Samia Ghali de voter pour lui, il peut flirter avec les 51 voix de la majorité absolue, mais il devra décompter de son total la précieuse voix de son ex-ami Royer-Perreaut qui fera défaut à son camp.

Vous voyez qu’on n’est pas sorti de l’auberge. D’autant moins que les voix de Samia Ghali, femme de gauche qui aimerait avoir l’appui de la Droite, n’iront certainement pas toutes au Printemps marseillais qui peut mathématiquement espérer obtenir 50 voix avec cet appui providentiel des savoureux chichis-fregis de « Ma-Ghali » à l’Estaque.

Seulement voilà, Ghali est clairement enférocé contre le Printemps marseillais qui a voulu l’évincer du champ politique en maintenant contre elle la candidature de Jean-Marc Coppola alors que le RN était bien placé pour l’emporter. Ghali sait parfaitement que si Coppola l’avait emporté – ça s’est joué à 386 voix seulement ! -, elle serait aujourd’hui confortablement installée dans les poubelles de l’histoire politique de la gauche marseillaise. La pasionaria de l’Estaque sera donc tentée de rendre à l’extrême gauche la monnaie de sa pièce, peut-être en faisant à son tour la courte échelle à Martine Vassal qui l’a puissamment aidée à vaincre en retirant son candidat du 15/16.

« Une personne de confiance »

En outre, Olivia Fortin, la tombeuse de Martine Vassal dans le 6/8, ne s’est pas gênée pour affirmer sur les ondes qu’il n’était pas question de nommer Samia Ghali en qualité de première adjointe de Mme Rubirola. « Il faut désigner une personne de confiance issue de nos rangs », a-t-elle tranché. Une « personne de confiance » en marseillais, ça signifie qu’on ne peut pas nommer n’importe qui à un poste clef. Bonjour l’ambiance.

Pour corser un peu cet imbroglio municipal, on s’aperçoit, en lisant les noms des neuf élus du Rassemblement national, que six d’entre eux sont « Teissier-compatibles ». Bernard Marandat, Franck Allisio, Eléonore Bez, Sophie Grech, Cédric Dudieuzère et Stéphane Ravier lui-même auraient du mal à accepter en effet que Marseille soit gouvernée par des zozos de l’extrême gauche, un camp qu’ils ont toujours ardemment combattu. Ils seraient assez favorables à un « pacte marseillais »pour faire barrage au péril rouge.

Par ailleurs, qui peut avancer avec certitude que le camp Ghali est monolithique ? Personne. Qui peut soutenir que Roland Cazzola, Sébastien Jibrayel (le fils d’Henri), Marguerite Pasquini, Nadia Boulainseur et Samia Ghali elle-même vont célébrer en grandes pompes leurs épousailles avec leurs tueurs présumés ?

Enfin, tous les conseillers de l’extrême gauche voteront-ils comme un seul homme pour Mme Rubirola ? Nul ne le sait. Réponse samedi à bulletins secrets dans les urnes, et au troisième tour à la majorité relative. Mais si Guy Teissier réalise enfin son rêve d’enfant, celui de devenir maire de Marseille, lui l’enfant pauvre des quartiers nord, on ne saura jamais à qui il devra son écharpe. A Samia Ghali ? A Stéphane Ravier ? A Martine Vassal ? Ou bien aux trois partiellement réunis ? Mais certainement pas à son éternel rival : le rancunier Jean-Claude Gaudin.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

L’Ombre de Staline, d’Agnieszka Holland

Comme c’est curieux, comme c’est étrange ! Ni l’Humanité, ni la Marseillaise, toujours si friands de faits culturels, n’ont parlé du remarquable film d’Agnieszka Holland, L’Ombre de Staline. Ni la Provence, qui ne veut pas faire de peine à Mme Rubirola et à sa coalition rouge-vert — n’essayez pas sur votre palette, le résultat est innommable.

Le film devait sortir à la mi-mars. Trois mois de confinement plus tard, il arrive sur les écrans, et il ne faut pas le rater.

Outre que l’Holodomor, la famine programmée de l’Ukraine, en 1932-1933, qui a fait entre 2,6 et 5 millions de victimes, est un sujet fort peu traité au cinéma, la virtuosité dont fait preuve la réalisatrice franco-polonaise, sa direction d’acteur (elle a appris le métier auprès d’Andrzej Wajda, qui n’était pas un tendre), son maniement de l’Histoire et l’insertion délicate d’une intrigue presque sentimentale sont des qualités trop rares dans le cinéma international pour qu’on ne les souligne pas.

En deux mots, un jeune journaliste anglais, Gareth Jones (joué par un James Norton en situation de Candide horrifié), après avoir réussi un premier scoop en interviewant Hitler, se rend à Moscou avec la ferme intention d’interviewer Staline : il n’était pas si fréquent, dans ces années 1930, d’identifier aussi sûrement les deux grands bienfaiteurs du XXe siècle.

 Son contact sur place, un autre journaliste anglais, qui flairait en Ukraine une horreur indicible et avait commis l’erreur d’en parler au téléphone, a opportunément fait la rencontre de quatre balles tirées par des inconnus — les rues de la capitale soviétique n’étaient pas sûres : c’est bien la peine de faire une révolution. Jones se rend donc par lui-même en Ukraine, y voit des horreurs absolument indicibles, se fait arrêter, extrader — et il a beau faire et beau dire, personne ne le croit.

Personne ? Un journaliste de gauche, Eric Blair, l’écoute et comprend peu à peu ce qu’est Staline. Il en fera un premier livre, la Ferme des animaux, sous le pseudonyme de George Orwell. La rédaction de cette fable totalitaire, publiée en 1945 quand tout le monde chantait les louanges du Petit Père des Peuples, scande le film, permettant de glisser de la réalité à la fiction, la première insoutenable, la seconde d’une ironie mordante.

Personnage secondaire mais essentiel, Walter Duranty, correspondant sur place du New York Times, feint de ne rien voir, et dresse de l’URSS pour les Américains un portrait quasi-idyllique. Ce qui donnera à Roosevelt un bon prétexte pour reconnaître le régime des Soviets, et aux hommes d’affaires américains embusqués d’y investir des capitaux juteux.

Je ne vous dis pas la fin : elle est à la hauteur du reste.

Les films déprogrammés pour cause de Covid risquent de ne pas rester longtemps à l’affiche. Pour le moment, l’Ombre de Staline plane sur les Variétés, le César, le Madeleine et au Chambord. Courez-y — et si ça ne fait pas plaisir aux communistes, nous nous en remettrons.

Jean-Paul Brighelli

Professeur émérite, écrivain

Marseille : la Droite sauve les meubles

Des Républicains qui résistent, des écolos qui pavoisent, une égalité en sièges qui se profile (42 pour Rubirola contre 39 à Vassal), la République en marche totalement hors-jeu (zéro élu), une abstention record et un Gaudin qui peut se frotter les mains : c’est l’embrouillamini total à Marseille.

Marseille est beaucoup plus forte que Lyon ou Bordeaux car elle a réussi à contenir la vaguelette verte et rouge qui a inondé la France un peu partout. Elle y est parvenue précisément parce que les Républicains eux aussi reprennent des couleurs dans tout le pays et qu’ils ont conquis un nombre impressionnant de villes moyennes.

Donc tempérons d’emblée l’enthousiasme délirant des commentateurs socialistes toujours prompts à défendre la Gauche et les écologistes : nous avons assisté ce dimanche à une double vaguelette verte et bleue. La question principale n’est pas dans le calcul d’un savant dosage sur l’amplification de telle ou telle tendance mais dans l’incroyable grève civique qui semble frapper les Marseillais : comment peut-on accorder quelque crédit que ce soit à un scrutin qui ne recueille que 35 % de participation ?

Ce n’est pas nouveau : les Marseillais ont tendance à voter avec leurs pieds. Ils sont en grève citoyenne. Leur abstention est une forme de protestation froide, une insurrection pacifique visant à signifier aux élus : nous n’avons pas besoin de vous, nous n’avons plus confiance, continuez vos tambouilles entre vous, ce sera sans nous ». Le « dégagisme » engagé en 2017 a encore de beaux jours devant lui.

« Ce n’est pas de la passivité »

Ce n’est pas de la passivité, c’est une forme de rejet en bloc des méthodes politiciennes et des petits arrangements entre amis. Certains évoquent la peur du Coronavirus, d’autres l’absence de campagne, les interrogations pesantes sur des suspicions de fraudes, mais ce sont de faux alibis : les Marseillais, en vérité, affichent clairement leur dédain de la démocratie représentative qui ne prend jamais en compte leur avis. Et puis ils répugnent au devoir électoral car ils considèrent à juste titre que la plupart des partis politiques ont renoncé à leur mission première, celle d’éclairer les citoyens sur les problèmes de la société contemporaine.

« Le choix démocratique appartient à ceux qui se déplacent », a fait valoir Edouard Philippe. Certes. Mais à Marseille, le choix ultra-majoritaire est celui de s’abstenir et de ricaner en douce en voyant le résultat de leur petite espièglerie électorale : un coude à coude entre Michèle Rubirola (42 conseillers municipaux élus) et Martine Vassal (39 élus) et un triple arbitrage à venir entre Stéphane Ravier et ses neuf conseillers municipaux, Samia Ghali et ses huit conseillers, et Bruno Gilles et ses trois conseillers…

Comme il faut obtenir 51 élus pour obtenir la majorité absolue au sein du conseil municipal, c’est la porte ouverte à toutes les tractations d’arrières salles, d’un côté et de l’autre. Bruno Gilles acceptera-t-il de jeter la rancune à la rivière et de se ranger comme un seul homme derrière Martine Vassal pour égaliser à 42 partout ? Samia Ghali choisira-t-elle de renoncer  à un coup de pouce éventuel de Martine Vassal pour être réélue sénatrice ou bien préfèrera-t-elle rentrer au bercail socialiste avec ses anciens amis ?

Peut-on imaginer le scénario du pire à Marseille, celui du blocage total, qui nous conduirait à un score de 51-50 ou de 50-51 ? Qu’on le veuille ou non Michèle Rubirola a raison de parler de « victoire relative » pour son cartel d’extrême gauche et Martine Vassal a beau jeu de répliquer que ce second tour n’a pas permis de dégager une majorité assez claire pour désigner la future mairesse de la ville.

« Faites vos jeux »

Rien n’est joué. Faites vos jeux. Passe, impair et manque. Je fais tapis sur le 8 de Ghali et toi sur le 3 de Gilles…Les Marseillais, eux, n’ont plus leur mot à dire. Ils ont installé l’imbroglio, débrouillez-vous ! C’est le choix du loto idéologique : pencheront-ils pour la promotion du soja, pour faire du vélo et planter trois géraniums cours Lieutaud, ou bien se décideront-ils pour le développement économique harmonieux de la ville ? La situation inextricable de blocage qui se profile me rappelle les municipales échevelées de 1983 : Deferre triche, bourre les urnes et gagne au nombre de sièges alors qu’il est minoritaire en voix…

A l’époque, ce sont les colistiers de Gaudin qui avaient crié au scandale et au déni démocratique. La loi PLM est la même. Chacun son tour. Il est vrai que cette fois Jean-Claude Gaudin a lui-même créé les conditions de l’incroyable embrouillamini qui s’annonce : il a d’abord désigné Bruno Gilles comme son dauphin attitré, puis il a fait volte-face et choisi Martine Vassal, ce qui a entraîné la guerre intestine préjudiciable à la Droite.

Gaston Defferre, mort en 1986 sur le fauteuil, avait lui aussi désigné deux dauphins putatifs : Michel Pezet et Philippe San Marco et aucun des deux n’est parvenu à lui succéder. C’est un médecin intègre, Robert-Paul Vigouroux, qui a raflé la mise, y compris dans le 6/8 comme feint de l’ignorer Olivia Fortin, la nièce de Pierre Rastoin, l’ancien adjoint socialiste de Defferre.

Match nul. Avantage Rubirola. Avantage détruit. La politique, c’est comme le tennis. On subit des revers et on se relève. On place des coups droits à la Djoko et des amortis à la Fédérer. Au foot, on appelle ça une prolongation. Mais les joueurs sont très fatigués par cet interminable entre-deux-tours. Ils n’en peuvent plus et nous non plus. Seuls les arbitres sont très fringants sur la touche et se frottent les mains…

Quelle que soit la gagnante en fin de semaine, c’est Marseille qui sera condamnée à un long statu quo de six ans, sous le regard badin des Marseillais, fort amusés de leur coup de maître en gélification.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

« Je suis pas prête » L’incroyable aveu de Michèle Rubirola à Benoit Payan

Michèle Rubirola, tête de liste de l’extrême gauche et du « Printemps marseillais » a-t-elle décidé de saborder sa propre candidature ?

On serait tenté de le croire après l’aveu stupéfiant qu’elle a fait à Benoît Payan (PS) sur son impréparation et sur ce qui pourrait passer pour de l’incompétence notoire.

 La candidate de l’extrême gauche, issue de l’écologie, donc particulièrement qualifiée en principe sur les questions touchant à l’écologie, était interviewée dans le cadre de l’émission « C Politique » animée par Karim Rissouli sur France 5. Elle n’avait rien à craindre : elle était en territoire ami avec des journalistes dévoués entièrement à sa cause et soucieux de la faire briller.

Pourtant, oubliant le micro qu’elle a fixée à son corsage, elle confie précipitamment à Benoit Payan, son collègue du parti socialiste présent à ses côtés lors de l’interview :

«Benoit, prend la parole, toi, tu parles beaucoup, hein, tu parles beaucoup de la pollution, tout ça, c’est toi… »

Sidéré, Benoît Payan lui réplique qu’elle connait parfaitement ces problèmes puisqu’ils sont au cœur de sa candidature à la mairie de Marseille et qu’elle est à même de répondre sur ce sujet aux journalistes.

« Non, moi c’est trop dur, je suis pas prête… » avoue-t-elle.

S’ensuit une cascade de rires et un nouvel aveu lorsque Payan lui désigne son micro : « Mince, décidément je les ferai toutes… »

« Moi je suis pas prête ». Inouï. Jamais vu. Comment la candidate qui se présente sous les couleurs de l’écologie peut-elle prétendre appliquer à Marseille un programme fondé sur l’écologie alors qu’elle en ignore à peu près tous les contours et qu’elle mise sur son coéquipier socialiste pour éclairer les journalistes ?

Comment peut-elle se prononcer, par exemple, pour le tout-vélo alors qu’elle ignore que n’importe quel cycliste marseillais, fût-il très musclé, ne peut pas monter le boulevard Périer, ni le Boulevard André Aune, ni le vallon de Montebello qui sont bien trop escarpés ? Et que Marseille ne sera jamais le plat pays d’Amsterdam : 750 000 vélos pour 800 000 habitants…

Les Marseillais feraient bien de réfléchir à deux fois avant d’élire à la tête du conseil municipal et pour six ans une femme sectaire, égérie de Jean-Luc Mélenchon, qui ne sait pas de quoi elle parle et qui semble ne rien savoir de ce qu’elle prétend savoir.

José D’Arrigo

Rédacteur en chef du Méridional

Nasser Larguet : « Les contrats pro, ça se mérite!»

Nasser Larguet, 62 ans, directeur du centre de formation de l’OM depuis un an après avoir été directeur technique national du Maroc, se félicite de l’excellente saison de la pépinière olympienne mais il avertit les joueurs qui seraient portés sur le dilettantisme : « il faut se surpasser, il faut donner tout ce que l’on a pour son équipe et ne pas se concentrer sur sa personne. »

Nasser Larguet est un éducateur pragmatique. Lorsqu’il est arrivé à la tête du centre de formation de l’OM en juillet 2019, il a compris que le personnel venait de vivre une période de turbulences et il s’est mis à l’écoute des éducateurs et du staff médical pour comprendre ce qui pouvait être amélioré dans le domaine de la formation. Il a été agréablement surpris de constater que la politique de jeunes mise en place par le président Jacques Henri Eyraud et Andoni Zubizaretta portait ses fruits puisque, au cours des dernières années, onze joueurs issus du centre de formation se sont retrouvés au sein de l’équipe professionnelle et 95 % des pensionnaires du centre ont obtenu leur bac.

Sa priorité a été d’abord « d’unifier » le travail des entraîneurs, des préparateurs physiques et du staff médical, car chaque entité avait tendance à travailler toute seule. Il a fallu recentrer les esprits autour de l’institution OM. « Quand je suis arrivé au club, il n’y avait plus d’entraîneur pour la Nationale 2. Au niveau des U 17, il y avait deux entraîneurs et un seul pour les U 19, j’ai donc dû m’atteler à restructurer le centre de formation en recrutant des gens compétents ».

La chance de Nasser Larguet est d’avoir pu enregistrer l’arrivée de Philippe Anziani et de Maxence Flachez, deux formateurs aguerris, pour s’occuper de la Nationale 2 qui est l’équipe réserve de l’OM. Il a convaincu ensuite Olivier Januzzi et Jacques Abardonado de prendre en charge les U 19 car l’objectif premier de cette équipe qui était descendue au niveau régional était de remonter.

Nasser Larguet a donc recruté deux nouveaux éducateurs pour l’équipe des U 17 : Stéphane François et Titou Hasni, ancien entraîneur de Gémenos et formateur expérimenté. Il est ensuite passé à la seconde phase de son projet : la mise en concordance du staff médical, des préparateurs physiques et des entraîneurs. « Dans le foot tout est lié, estime Nasser, on entraîne des joueurs qui courent, sautent, frappent, et font des efforts énormes pour réussir en raison de l’investissement physique très élevé exigé par les compétitions actuelles ».

« L’état d’esprit est essentiel »

Cet objectif de « former une équipe » transversale susceptible de s’occuper d’un joueur et de l’accompagner de A à Z a été atteint et ce n’était clairement pas le cas avant son arrivée. Avec un beau fair-play, Nasser rend hommage à son prédécesseur Jean-Luc Cassini et au président Jacques Henri Eyraud qui ont obtenu, grâce à leur travail, le label « Prestige » de la fédération française de football.

Ce que veut améliorer Nasser Larguet, au-delà des résultats, en tous points excellents cette année, c’est l’état d’esprit, la volonté, l’envie de se surpasser à tous les échelons du club. On ne peut valablement juger une politique de formation qu’à long terme. Mais d’ores et déjà, chacun peut constater que les U 19 sont montés en National et que les U 17 terminent premiers devant des équipes comme Montpellier ou Nice dont l’excellence en matière de formation n’est plus à prouver.  Quant aux U 16 ils ont réalisé eux aussi un superbe parcours en championnat.

« Pour obtenir de tels résultats, estime Nasser, il faut se surpasser, il faut donner tout ce que l’on a pour son équipe et ne pas se concentrer sur sa personne. C’est un peu le défaut actuel des jeunes : qu’est-ce que je vais devenir ? Est-ce que je vais signer un contrat pro ? Oui, mais il faut pour cela que le jeune s’intègre dans un collectif qui essaie de suivre et d’imiter les très bons résultats de l’équipe première en Ligue 1. Le joueur qui ne pense qu’à lui en ne fournissant pas les efforts nécessaires court à l’échec. »

Nasser, c’est l’antidilettante.  « A l’OM, dit-il, il faut être très exigeant. On doit se hisser vers l’excellence car on a un public qui attend et ne pardonne pas. S’il constate que son équipe se surpasse, il peut pardonner une défaite. Mais si les joueurs ne se surpassent pas, il ne pardonnera rien ! » Cette vision guerrière du « mouiller le maillot ou cassez-vous !», popularisé par les Ultras, sera désormais l’axe principal des éducateurs de l’OM. Et gare aux feignants ou aux mal-lunés, ils seront écartés.

La politique de recrutement de l’OM est axée sur son vivier interne. Grâce au travail conjugué de Januzzi, Abardonado et Marek les U 18 ont réussi à remonter en National. Et cela n’a pas été simple car de nombreux jeunes se sont blessés et certains ont été promus au sein de l’équipe réserve de l’OM. De même les excellents Stéphane François et Titou Hasni ont permis à l’équipe des U 17 de terminer en tête de leur poule lors de l’arrêt des compétitions. Il est vrai qu’ils disposent de la magnifique génération 2003 qui a permis l’éclosion, entre autres de Bertelli, Rahou et Sciortino. Les U 16, ont terminé premiers haut la main avec des pépites à suivre la saison prochaine, les U 15 et U 14 ont obtenu des résultats honorables mais peuvent mieux faire. Le potentiel est là, mais il faut améliorer le sens du rythme, la vitesse, l’explosivité, et surtout…le caractère guerrier. En s’identifiant à Dib ou Abardonado par exemple !

Nasser Larguet a confié que l’entraîneur Andres Villas-Boas était très sensible au travail du centre de formation et il profite de chaque trêve internationale pour passer en revue les jeunes du centre de formation.  Il fait ensuite un retour d’examen à Nasser Larguet en pointant les faiblesses et les points forts : « il est essentiel de se frotter au plus haut niveau si l’on veut y accéder un jour sans compromettre son avenir », conclut Nasser Larguet.

José d’Arrigo

Rédacteur en chef du Méridional

Retrouvez l’interview de Nasser Larguet sur le site officiel de l’OM.

Le vrai scandale La Gauche veut « enFilloner » Vassal

C’est une tempête dans un verre d’eau. Une histoire de cornecul aux effets « abracadabrantesques », comme dirait Jacques Chirac.

De quoi s’agit-il ? De vraies-fausses procurations ? Pas du tout. De procurations permettant de faire voter les morts, comme le faisaient naguère les caciques du parti socialiste et leurs sbires stipendiés ? Pas du tout. De l’usage de faux documents visant à s’octroyer indûment des votes ? Pas du tout.

Il s’agit simplement d’un excès de zèle de certains militants des Républicains qui ont cru bon de faciliter les démarches administratives destinées à l’établissement des procurations. Normalement, pour être valables, les procurations doivent être homologuées par un officier de police judiciaire qui vérifie de visu l’identité de la personne qui désigne un mandataire pour voter à sa place.

Or, l’exhortation principale de Martine Vassal, comme celle de ses adversaires, vise à mobiliser les 69 % d’abstentionnistes du premier tour. Et ils ont tous raison : sans une participation plus importante de l’électorat marseillais, ce scrutin pourrait être considéré comme illégitime et peu représentatif de l’opinion réelle des Marseillais.  Rameuter les brebis égarées du premier tour pour solliciter leurs suffrages, est-ce un crime ?

Non, bien sûr. Il n’y a rien de répréhensible dans ce labeur ingrat de réveil citoyen, quel que soit le parti en cause. Ce qu’on reproche à une poignée de militants républicains débusqués de façon honteuse par les agents de propagande de France 2 opérant comme des espions en caméra cachée, c’est d’avoir simplifié la procédure pour faciliter la tâche aux citoyens n’étant pas en mesure de se déplacer le 28 juin. C’est un geste humanitaire qu’on essaie de transformer en une sordide affaire de magouilles à la marseillaise.

Holà Rubirola ! Halte là Mélenchon ! N’en jetez plus ! Voilà que de nombreux médias emboîtent le pas de France 2 et se jettent à bras raccourcis sur Martine Vassal. Voilà que le  tribunal médiatique la presse de se justifier d’une fraude gigantesque et de manœuvres  déloyales visant à altérer la sincérité du scrutin. Passez au large messieurs et mesdames les inquisiteurs au petit pied ! Vous vous trompez d’adresse. Vous vous trompez d’époque.

Pour qu’il y ait, en effet, un «soupçon de fraude avérée », comme dirait M. Castaner, faudrait-il encore que la candidate des Républicains ait extorqué le consentement des signataires des procurations et ce n’est pas le cas. Encore faudrait-il aussi que ces procurations dites « litigieuses » ou « irrégulières » par la meute des journalistes socialistes n’aient pas été signées par un officier de police judiciaire, ce qui n’est pas le cas non plus. La question qui se pose désormais est la suivante : pourquoi reprocherait-on à Martine Vassal d’avoir eu un geste de générosité envers les personnes âgées ou les absents qui ne peuvent pas se déplacer le 28 juin ?

Une odieuse campagne de diffamation

Pourquoi ? Je vais vous le dire : parce que la Gauche et les médias parisiens veulent « enFilloner » Martine Vassal dans les rets d’une procédure judiciaire qui ne tardera pas à faire « pschitt », voilà la vérité. Les mêmes ont réussi à faire élire M. Macron à l’issue d’une odieuse campagne de diffamations visant M. Fillon et sa famille. Ils veulent rééditer leur (sale) coup à Marseille. Et vous croyez que les Marseillais vont avaler cette couleuvre ?

Le vrai scandale, il est là. Les Mélenchonistes et autres gauchistes qui rêvent de voir Mme Vassal traduite en justice pour une peccadille en seront pour leurs frais. Les Marseillais ne seront pas dupes d’une forfaiture délibérément préméditée dont l’objectif est de faire chuter la favorite du scrutin au profit d’un assemblage hétéroclite de revanchards et d’utopistes.

Il faut cesser de prendre les Marseillais pour des andouilles. Parce qu’ils savent pertinemment ce que signifie « fraude électorale ». Souvenez-vous de 1983. Les sbires du parti socialiste n’hésitaient pas alors à renverser les urnes dans les secteurs où la Gauche était minoritaire (en particulier les 11/12). Des individus encagoulés et armés avaient menacé les candidats de droite dont les bulletins de vote avaient été sciemment altéré par des rayures pour entraîner leur annulation, de mystérieuses pannes d’électricité avaient plongé dans le noir des lieux de dépouillement pour y favoriser le bourrage des urnes au profit de Gaston Defferre, et les fraudeurs avaient abondamment utilisé le procédé dit du « fer à repasser » pour glisser dans l’urne des centaines de bulletins socialistes…

Je me souviendrai toute ma vie de la mine sidérée des conseillers d’Etat amenés à se prononcer sur ces tripatouillages et concluant : « la fraude au profit du maire sortant est manifeste, mais l’ennui c’est que ce maire est également ministre de l’Intérieur et le condamner reviendrait à condamner la République. Je vous demande donc de débouter les demandeurs… » Une injustice d’Etat. Indigne de la France.

Et l’on viendrait aujourd’hui chicaner Martine Vassal pour une poignée de procurations tamponnées à la va-vite par un officier de police débordé ? On voudrait la faire passer pour une fraudeuse de bas étage alors qu’elle dirige à la satisfaction générale le conseil départemental depuis cinq ans ? On voudrait la prendre dans les rets de « l’enfillonage » ? Vous verrez que ces tripatouillages ne marcheront pas et que les électeurs rendront justice à Martine Vassal d’une façon claire et nette. En l’élisant le 28 juin prochain comme la première mairesse de l’histoire de Marseille !

José D’ARRIGO

Rédacteur en Chef du Méridional

Finances : passons à l’action !

Yves Blisson, un des meilleurs spécialistes des finances de la région Sud, nous livre ici son diagnostic très pertinent sur la situation financière du pays et sur la nécessité d’investir son épargne dans les actions.

Tout d’abord, permettez-moi, chers lecteurs, de vous exprimer mon plaisir de vous retrouver, quelques décennies plus tard, dans les colonnes, fussent-elles virtuelles désormais, du « Méridional ».

J’y tenais, au siècle dernier, une chronique boursière hebdomadaire et je reprends ce flambeau au moment où la crise économique suscite des idées parfois dangereuses, voire suicidaires pour nos entreprises.

Les dernières péripéties politiques et l’émergence à la gauche « d’En Marche » d’un nouveau groupe parlementaire bien résolu à augmenter la fiscalité sur le patrimoine pour payer une partie de la note engendrée par la crise du Covid-19 est un préambule à la question suivante : de quelle façon l’Etat français résoudra-t-il le problème financier posé par le fameux « quoiqu’il en coûte » proféré par Emmanuel Macron lors de sa première intervention en mars ?

On a pu vérifier ces derniers jours que la dette serait au rendez-vous, mais même si un accord européen se profile pour endiguer l’hémorragie, il faudra bien aussi trouver des solutions nationales. Et là, on assiste au réveil des bonnes âmes qui, de Thomas Piketty à Cécile Duflot – l’écart est certes grand – prônent des mesures qui vont d’un nouvel Impôt Sur la Fortune (ISF-bis) à l’abandon de distribution de dividendes par les sociétés cotées en 2020.

Ces idées sont incohérentes et catastrophiques tant le timing est mal choisi. L’Etat envisage aujourd’hui de renforcer, ne serait-ce que temporairement, son rôle d’actionnaire auprès de fleurons de l’économie française comme Air France ou Renault. Mais surtout, les experts soulignent que les problèmes de trésorerie qui seront évidemment prépondérants dans les mois à venir, passeront aussi par des solutions en fonds propres, plus pérennes, ainsi que le préconise dans notre région Medinsoft , l’association des entreprises du numérique.

Investir dans les projets des entreprises, c’est acheter des actions. On peut bien sûr le faire sur des sociétés cotées en bourse dont le prix a en général nettement baissé ces derniers mois, déclenchant ainsi de véritables opportunités, mais aussi avec des sociétés non cotées, le tout en bénéficiant d’une fiscalité relativement favorable, par exemple par le vecteur d’un plan d’épargne en actions.

Le garagiste et le gazier

Cet investissement est d’autant plus envisageable que l’inertie de la consommation depuis trois mois a regarni les bas de laine…Hélas, même si c’est compréhensible dans une période anxiogène, ce sont plutôt des produits patrimoniaux à rendement très faible, comme le livret A, qui ont bénéficié de cette manne inattendue. Il serait autrement plus efficace pour l’économie, et plus performant à moyen et long terme pour les patrimoines, d’investir ces ressources inopinées en actions de sociétés françaises pour renforcer leurs fonds propres.

Certes, il s’agit d’une prise de risque mais avec une contrepartie espérée sur la progression du cours des actions et sur leur rendement, les fameux dividendes.

Un mot sur le « risque » que vous prenez en…passant à l’action. Les bonnes âmes citées plus haut nous assènent doctement que les plus fortunés, ceux qui auraient joui d’un confinement agréable, doivent participer par une contribution fiscale exceptionnelle à une sorte de « solidarité nationale ». Chiche ! Et prenons le parti d’être provocateur !

Oui, beaucoup de travailleurs ont pris un risque pour leur santé en restant au contact de la population. Eh bien, demandons aux ménages qui en ont la capacité d’orienter leur épargne vers une autre forme de risque, financier cette fois !

Ce sera plus productif que de les matraquer fiscalement. Quant aux dividendes, on oublie souvent en France qu’ils font l’objet d’une double imposition et qu’ils contribuent ainsi grandement à nourrir le budget de l’Etat. En effet, l’impôt sur les bénéfices éventuels est dans un premier temps prélevé sur la société et dans un second temps acquitté par l’actionnaire (petit ou gros), privé comme institutionnel. Il s’agit là d’une aberration française à peine compensée par Emmanuel Macron il y a trois ans.

Si l’on fait pression sur les sociétés pour qu’elles ne versent pas de dividendes cette année, ce sont donc des ressources fiscales en moins et des petits porteurs qui seront lésés. Au contraire, il faut inciter les Français à aller en Bourse malgré leur aversion pour les placements risqués. Le challenge est jouable. Des ministres d’horizons aussi variés que René Monory, Edouard Balladur et Pierre Bérégovoy y sont parvenus en leur temps avec des solutions simples, beaucoup de pédagogie, du pragmatisme et de la sagesse populaire.

Il est vrai que le premier était un ancien garagiste et le troisième un ancien gazier, des expériences professionnelles qui sont bien utiles dans les périodes de crise et qui valent bien toutes les mesures technocratiques concoctées à Bercy.

Un seul mot d’ordre pour sortir de la panade financière : passons à l’action !

Yves BLISSON

HATEIA : masques made in Marseille

 

« Marseille brille par les actions d’éclats des Marseillais », en latin : « actibus immensis urbs fulget massiliensis ». La devise de Marseille n’a jamais été aussi actuelle grâce aux heureuses initiatives dont font preuve de nombreux entrepreneurs marseillais pour pallier le manque de masques et d’équipements médicaux.

Par exemple, Julien Pretot et sa compagne Laura Dubois, co-fondateurs il y a six ans de la société « Hateia » spécialisée à Marseille dans la création et la fabrication de maillots de bains féminins haut de gamme, ont décidé, dès l’annonce du confinement, de se lancer dans la fabrication de masques haute couture.

Ces deux jeunes Marseillais soucieux de raffinement et d’élégance ont délibérément choisi de venir en aide à leurs concitoyens et aux autorités publiques en fabriquant sur leurs chaînes de production 500 masques par jour de catégorie 1, lavables et réutilisables au moins soixante fois. Ces masques « hyper-tendance » qui marient harmonieusement le chic français et le savoir-faire italien sont tissés à partir d’une étoffe très serrée produite par Chamatex et homologuée par les autorités médicales, la direction générale de l’armement et l’animateur du système français de normalisation.

Autant dire que ces petits bijoux sont imperméables à toute filtration et d’une résistance à toute épreuve : ils sont vendus quasiment à prix coûtant 3,50 euros pièce par Hateia qui ne peut espérer engranger quelques profits que sur l’importance du volume écoulé dans les mois qui viennent. Le succès de Julien Pretot et de Laura Dubois est tel que leur carnet de commandes est déjà garni pour huit mois au moins ! Ils ont doublé leur nombre de machines et embauché une dizaine d’employées supplémentaires pour métamorphoser leurs maillots affriolants en masques de protection vitale.

Le taux de filtration de ces masques haut de gamme a été évalué à 97 %, ce qui garantit une étanchéité totale aux particules nocives et aux postillons dévastateurs.

« Du jour au lendemain, nous avons bouleversé notre activité de confection de maillots pour nous lancer dans la fabrication de ces cônes en tissu recyclable offrant une barrière antimicrobienne efficace », raconte Julien Pretot. 

Cette nouvelle activité, imprévue au programme, n’empêche pas Hateia de recevoir  d’importantes commandes de maillots émanant des hôtels de la Côte d’Azur qui anticipent une fréquentation touristique en forte hausse cet été en raison de l’absence de liaisons internationales et de l’interdiction de sortie du territoire.

L’audace de Julien Pretot et l’imagination créatrice de Laura Dubois, styliste de formation et passionnée de mode, leur ont permis d’incarner à Marseille le chic à la française. Leur objectif, c’est le confort absolu et une sensation « seconde peau » apportée aux femmes, car l’ensemble de leurs créations visent à embellir les femmes et à galber leurs formes pour en révéler les charmes.

Marseille est donc devenue la capitale de…la revanche des masques, ces petits  bouts de tissu équipés d’élastiques, qui ont été traités avec tant de mépris naguère par nos dirigeants. On peut bien l’avouer aujourd’hui à visage découvert : nous sommes devenus « masquo-dépendants » et si vous êtes à court d’idée pour la fête des mères ou celle des pères, n’hésitez pas, offrez des masques marseillais. Les éminents scientifiques parisiens crieront sans doute au « carnaval » des calanques mais nous n’en avons cure.

Comme le conseillait François Mauriac : « Il faut s’attendre que bien des gens qui   manœuvrent  dans l’obscurité avec prudence jetteront le masque : il serait erroné de commencer maintenant une chasse aux sorcières et de voir partout des fantômes ». Les imposteurs seront probablement contraints un jour ou l’autre de mettre bas les masques !

José D’ARRIGO

Rédacteur en Chef du Méridional

Notre photo : Laura Dubois présente le fameux masque marseillais “Hateia”.

Hiroki Sakaï et Ippei Uemura à Marseille : les bienfaiteurs du Soleil Levant

Ils ont des noms de Samouraï qui claquent comme des banzaï : Hiroki Sakaï et Ippei Uemura. Le premier est né à Kashiwa, le second à Kyoto. Ils sont tous deux Japonais et Marseillais mais leurs charges ne sont pas guerrières. Ce sont plutôt des « Shoguns » de générosité. Ils ont décidé de lutter à leur manière contre l’envahisseur barbare et le microbe qui tue en aidant de leur mieux le personnel soignant des hôpitaux de Marseille.

Je ne suis pas une star comme Neymar, mais je veux vous aider avec ce modeste présent 

L’arrière latéral virevoltant de l’OM, Hiroki Sakaï, trente ans, récemment opéré de la cheville et confiné chez lui avec femme et enfants, a demandé à son ami restaurateur Ippei Uemura de remettre en son nom un chèque de 20 000 euros destiné aux soignants marseillais. Un geste de grande classe, une sorte de « mawashi-geri » circulaire à la face du malheur, digne de Patrice Evra, qui a été salué par les supporters de l’OM dans la France entière.

Très admirateur du courage dont font preuve les médecins, les infirmières et les ambulanciers, Sakaï a voulu leur rendre hommage en ces termes : « Je ne suis pas une star comme Neymar, mais je veux vous aider avec ce modeste présent ».  Banzaï Sakaï ! Longue vie Hiroki !

L’histoire de son copain japonais Ippei Uemura n’est pas liée au football ni à un transfert via Hanovre, mais à un coup de foudre. Il a été formé dans un restaurant japonais traditionnel qui excelle depuis trois siècles dans son pays et il aurait pu aisément y poursuivre une fructueuse carrière. Mais son rêve à lui, Ippei, c’était de s’envoler pour la France, la douce France.

Quand un restaurateur cannois l’a invité à Cannes, il est venu avec joie, mais il n’y est resté que quelques mois, la ville ne lui a pas plu. Il a donc décidé la mort dans l’âme de rentrer au Japon et de prendre ses billets pour l’Empire du Soleil Levant. C’était en 2003. Avant d’embarquer à Marignane, il a fait un crochet par Marseille où il est resté quelques jours pour découvrir la ville…et il n’en est jamais reparti !

A Marseille, nous avons tout : des poissons frais, des aromates à profusion, du thym, du romarin, de la farigoulette et des légumes de folie, de quoi faire de Marseille la ville la plus gastronomique de France !

Ippei Uemura est aujourd’hui plus Marseillais que les Marseillais. Son accent asiatique est mâtiné d’intonations marseillaises. C’est le nouveau « Galligani » de la gastronomie marseillaise : à l’instar d’Alex Galligani, feu-patron du Rhul et roi de la bouillabaisse, Uemura est devenu un des ambassadeurs de l’excellence culinaire locale. Il a commencé à montrer son exceptionnel savoir-faire en installant le « Tabi » dans un endroit improbable, ingarable, au cœur du village de Sainte-Anne. Son établissement ne désemplissait pas. Il a donc décidé de déménager sur la Corniche, au-dessus du vallon des Auffes, un lieu tout aussi inaccessible pour les voitures, où il rêve de conquérir la première étoile au guide Michelin d’un restaurant japonais à Marseille.

Ippei Uemura a la ferme intention de s’inscrire dans le sillage prestigieux des chefs marseillais qui l’ont devancé : Gérald Passedat, Lionel Levy, Alexandre Mazzia, Guillaume Sourrieu, Sébastien Richard, Christian Ernst, Dominique Frérard, entre autres. «  A Marseille, s’enthousiasme-t-il, nous avons tout : des poissons frais, des aromates à profusion, du thym, du romarin, de la farigoulette et des légumes de folie, de quoi faire de Marseille la ville la plus gastronomique de France ! »

Le « Tabi », comme son nom l’indique, est un « voyage au bout des rêves ». L’essayer, c’est l’adopter. Uemura transporte vos papilles au bout de l’extase avec une science démoniaque des préliminaires et une savoureuse liturgie des textures salées, iodées, sucrées. Membre depuis six ans de l’association « Gourméditerranée » qui regroupe 58 chefs et artisans talentueux de la région marseillaise, Ippei a pris exemple sur son copain et meilleur client Hiroki Sakaï : avec tous ses collègues chefs, il a décidé de mitonner bénévolement 600 repas par jour destinés aux soignants marseillais de l’assistance publique. Comme l’approvisionnement en denrées de ses fournisseurs habituels manque parfois de variété, Uemura a sollicité Hiroki Sakaï qui a fait don de 10 000 euros à l’association pour lui permettre de fonctionner à plein régime.

Ils sont formidables ces Japonais. Et « Le Méridional » se plaît à leur rendre l’hommage qu’ils méritent. Banzaï Sakaï ! Longue vie à toi Ippei Uemura !

La renaissance du « Méridional »

La renaissance du « Méridional » ?

C’est une blague ?

Non, c’est très sérieux. Un journal ne meurt jamais parce qu’il s’imprime aussi dans la mémoire des vivants.

« Le Méridional » a disparu des kiosques le 4 juin 1997 laissant deux orphelins, les bleus et les roses. Il réapparait en 2020 sur les réseaux sociaux ! 

C’est l’audace conjuguée d’un jeune entrepreneur de trente-trois ans, Jean-Baptiste Jaussaud, qui a eu l’ingénieuse idée de racheter le titre, et celle d’un entrepreneur du territoire, Francis Papazian, qui présidera le journal, qui lui permettent aujourd’hui de renaître de ses cendres.

Le « Méridional » était et sera farouchement attaché à la liberté d’expression parce que c’est la base même de toute démocratie populaire. Ici, nous exécrons la censure et aucun de nos écrits ou des vôtres ne sera la proie des ciseaux d’Anastasie. Sa devise, inscrite à la « Une », n’a pas changé : « les commentaires sont libres, les faits sont sacrés » (Beaumarchais). Les maîtres censeurs de la pensée obligatoire peuvent passer au large : ils ne sont pas les bienvenus dans les colonnes du « Méridional ».

L’aventure qui nous attend est passionnante car, à vrai dire, les Marseillais et les Provençaux en ont assez d’une presse inodore, consensuelle, sans saveur et misérabiliste. Ils veulent des opinions, des débats, des polémiques, de la verve, du brio, des vérités. 

Chers amis du « Méridional », voilà notre ligne et notre ambition éditoriale : restaurer une information pluraliste, porter la plume dans la plaie, rester indépendants de tous les pouvoirs constitués, et privilégier la défense et l’illustration des fondamentaux de notre civilisation.

Chers lecteurs, la Presse des convictions libérales, conservatrices, patriotes et de la Droite sociale est de retour !

De la Soupe au Pistou

Une cuillère de soupe au pistou, c’est un concentré d’histoire de la mondialisation.

Effectivement, les origines des ingrédients marquent les 4 points cardinaux : des haricots et de la tomate, ces Américains arrivés en même temps que la pomme de terre, l’ail, ce Chinois, et le basilic qui est arrivé des Tropiques du Sud-Est Asiatique en passant par l’Egypte, l’huile d’olive de la Méditerranée, l’Edam hollandais demi-étuvé, et les pâtes qui comme la recette proviennent d’Italie.

C’est à la base un minestrone, qui apparaît sur les tables provençales grâce à l’action conjuguée de Napoléon et des Autrichiens. Les braves Italiens, qui en avaient assez de vivre dans un champ de bataille, décidèrent d’émigrer dans le courant du XIXème.

Il faut attendre la fin du siècle pour que la recette apparaisse dans les livres de cuisine.

A Marseille, il est de coutume de préparer la pommade avec de l’Edam étuvé. Ce fromage, si pratique pour les marins, car la cire protège naturellement la pâte, tient sa couleur des négociants bordelais. Ceux-ci allaient vendre leur vin aux Bataves, et pour ne pas revenir à vide, transportaient les boules dans les foudres de vin où restait du moût qui colorait la cire. Arrive Louis XIV, ce chantre du consommer Français avant Montebourg, qui par un édit, décida que ce fromage produit en France serait recouvert de cire rouge vif.

Ailleurs, (dans les terres) on y met du fromage râpé ou du parmesan (plus près de l’Italie).

Ce qui est remarquable dans cette mondialisation, c’est qu’elle a mis du temps à nous proposer un plaisir à partager, et qu’elle ne s’est pas imposée. Et de ce fait, elle s’est imposée dans nos traditions comme un vecteur essentiel de notre identité culturelle régionale.

Frédéric JEANJEAN

Gérant de la Brasserie les Templiers

27 Rue Reine Elisabeth, 13001 Marseille

FID MED PROVENCE 2020 – le rdv du financement de l’innovation et de l’entreprise innovante – 7.10.2020

Agenda OM – Saison 2020-2021

OM – AGENDA 2020-2021

Ouverture de la 12ème édition des Arts Ephémères – 30 septembre 2020 – 11h00 – Parc de la Maison Blanche

À l’occasion du lancement de la 12e édition des Arts Ephémères, qui se tiendra du 30.09 au 13.10.2020, un parcours artistique sur le thème de « La Proxémie » sera proposé, dans le Parc de Maison Blanche, Mercredi 30 septembre partir de 11h00.

Les Arts Éphémères ont été créés en 2009 en mairie des 9e & 10e arrondissements, afin de favoriser la diffusion de l’art contemporain à travers une rencontre entre artistes et grand public, au cœur du Parc et des Salons de cette ancienne bastide.

Cette manifestation est produite par l’association Arts Médiation Evénements Organisation Méditerranée en coproduction avec la Ville de Marseille dans le cadre de la programmation hors les murs du [mac] et avec l’INSEAMM – le Conservatoire de Marseille Pierre Barbizet et les Beaux-Arts de Marseille, avec le soutien du Conseil Départemental.

Le thème abordé en 2020 est celui de la « Proxémie » ou l’analyse de la distance en présence d’autrui. Ce terme introduit une notion de bonne distance : un périmètre de sécurité que l’on appelle communément une bulle personnelle… Si la proxémie relève bien de la culture de chacun, elle révèle aussi la position que l’individu occupe dans la société. Ce choix, antérieur à la crise sanitaire, résonne particulièrement en cette période de distanciation sociale à laquelle chacun doit désormais se conformer !

Nouveauté, cette année Les Arts Ephémères se déploieront à la Villa Tamaris et au centre d’art intercommunal d’Istres.

Infos pratiques :

Du 30.09 au 13.10.2020 – Arts Ephèméres “Proxémie”

Adresse : Parc et salons de Maison Blanche 150, bd Paul Claudel 13009 Marseille

Entrée libre dans le Parc de Maison Blanche, tous les jours de 9h à 18h dans les Salons de Maison Blanche, ouverts du lundi au vendredi de 9h à 18h

Médiations Sur réservation (groupes de moins de 10 personnes) Contact : Sophie Gence sgence@marseille.fr / 04 91 14 63 40 — 06 52 56 00 27

Accès en transports en commun Métro ligne 2 terminus Sainte-Marguerite / Dromel Bus 16 ou 16S ou 16T arrêts Vallon de Toulouse ou Claudel Mairie des 9/10

arts-ephemeres.fr

J-7 : FID MED PROVENCE – 7 octobre 2020

Depuis 2015, le Financial Innovation Day Méditerranée, Provence (FidMed) s’est imposé comme LA journée du financement de l’innovation et des entreprises innovantes à Marseille.


En 2020 la 6ème édition, le 7 octobre, contribuera encore une fois à présenter les nouvelles tendances de financement, l’émergence des nouveaux acteurs du Private Equity.

Vous y retrouverez les experts qui interviendront en format en configuration de plateau TV, vous y
rencontrerez un visitorat qualifié d’entrepreneurs, de fonds et d’investisseurs, de startupers,…


En seconde partie, les startups qualifiées par un comité de validation présenteront leur business à un jury de VC privés et publics , de Business Angels,..

Programme, renseignements et inscriptions :

www.fid-med.fr/provence

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L’édition 2020 du FIDMED Provence respectera les mesures sanitaires en vigueur au mois d’octobre.

Résultats sénatoriales 2020 Bouches-du-Rhône

Les 3583 grands électeurs des Bouches-du-Rhône se sont exprimés et ont élu les 8 représentants du département au Sénat pour les 6 prochaines années.

La liste de Droite soutenue par LR et l’UDI remporte 3 sièges attribués à:

  • Patrick BORE, maire de la Ciotat et conseiller départemental du canton de la Ciotat,
  • Valérie BOYER, conseillère municipale de Marseille et députée,
  • Stéphane LE RUDULIER, maire de Rognac.

La liste d’Union de la Gauche soutenue par le PS, le PCF, Europe écologie les Verts et Génération solidaire remporte également 3 sièges attribués à :

  • Jérémy BACCHI, secrétaire départemental du PCF,
  • Marie-Arlette CARLOTTI, ancienne ministre, ancienne députée PS,
  • Guy BENARROCHE, conseiller municipal de la Bouilladisse et secrétaire régional d’EELV

Les sénateurs sortants, Stéphane RAVIER (RN) et Jean-Noël GUERINI (Force du 13) conservent leur siège de sénateur pour la prochaine mandature.

A noter, l’échec de la liste En marche-MODEM menée par le maire de la Roque d’Anthéron, Jean-Pierre SERRUS et celui de la liste Unité Républicaine provençale 13 menée par le leader du mouvement régionaliste Prouvènço Nacioun, Ludovic DUPOUX qui n’obtiennent aucun siège.

Communiqué de presse

Marseille, le 18 août 2020

Le « Méridional » apporte son soutien à « La Marseillaise »

Le « Méridional » est un journal numérique d’opinion qui défend la presse d’opinion – toute la presse d’opinion – y compris celle qui n’émet pas les mêmes idées que lui.

Nous soutenons donc sans réserve le combat actuel des journalistes et employés de la «Marseillaise » qui luttent pour leur survie et nous les assurons de notre solidarité confraternelle, de la même façon qu’ils avaient soutenu Le Méridional en 1971 lorsqu’il a connu des turbulences financières qui ont conduit à son rachat.

Le « Méridional » fait sienne aujourd’hui la fameuse citation attribuée à Voltaire : « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».

La liberté de la presse et le pluralisme d’opinions sont le fondement même de la démocratie et ils sont la marque de fabrique du « Méridional ». Voilà pourquoi nous souhaitons apporter notre soutien à la « Marseillaise » qui traverse de nouveau une grave crise et dont la société éditrice  a été placée en liquidation judiciaire le 13 juillet dernier.

Les effectifs de notre confrère ont déjà connu des coupes claires dans le passé et les offres de reprise qui garantissent le maintien d’un maximum d’emplois doivent être privilégiées. Fondé en 1943 par le parti communiste français, la « Marseillaise » ne sera pas reprise par la « Provence » qui a finalement renoncé à son offre d’achat face au tollé des salariés et des syndicats qui craignaient la création d’un monopole de la presse régionale.

Nous profitons de l’occurrence pour saluer aussi les efforts louables de l’équipe dirigeante de la « Provence » qui fait tout son possible pour maintenir à flot le quotidien alors même que le groupe Bernard Tapie, actionnaire majoritaire de la « Provence », a été lui-même placé en redressement judiciaire.

La vérité, c’est que le confinement et la concurrence des informations numériques ont gravement lésé l’économie de nombreux journaux et nous espérons de tout cœur que chacun d’entre eux parviendra à trouver le modèle économique salutaire du futur.

Francis PAPAZIAN,

Coralie et Jean-Baptiste JAUSSAUD

LeMeridional.com

“Beyrouth d’hier à aujourd’hui”

J’ai eu la chance de travailler quelques années au Liban, entre la fin de la guerre civile et l’autre guerre de 2006.

Propulsé soudainement de France à Beyrouth, j’avoue que cela a été un choc culturel et une richesse pour qui est curieux et avide de comprendre où l’on va vivre.

Il faut vite s’adapter au Liban, car tout va vite, très vite, parfois trop vite, et en même temps existe une forme de quiétude, c’est un paradoxe libanais, un partage de vie entre l’Orient et l’Occident.

Le quotidien est stressant : réveillé tôt, les gens sont déjà pressés de se rendre au travail en voiture pour la grande majorité. Les axes routiers, reconstruits à la hâte doivent absorber le flot énorme de voitures, au début c’est anxiogène de se retrouver dans cette circulation sur cinq voies alors que trois seulement sont prévues, et puis les règles du code de la route sont ici inexistantes et pourtant tout passe… D’ailleurs les termes de règles et de code ne font pas partie de la mentalité libanaise, c’est la base de compréhension de la vie ici. C’est un style de vie égocentrique et à la fois communautariste qui m’a assez vite fait qualifier cette façon de voir de « délicieux bordel »…

Les administrations, écoles et de moindre façon les entreprises au Liban sont aussi restées imprégnées par les horaires de guerre : très tôt le matin et clôture vers le début d’après-midi, chaque jour de la semaine hors week-end. La physionomie du pays change en fin de semaine : le silence remplace le brouhaha, les klaxons, les rues sont presque désertes, c’est un calme nécessaire et réparateur.

Comprendre les gens, c’est d’abord comprendre le confessionnalisme compliqué qui règne dans le pays et place chacun sur un échiquier où aucune place n’est vide, chacun est « encarté » par tradition familiale.

Et malgré cela, le consensus existe, une tolérance s’observe au quotidien, jusqu’au moment où un litige surgit et là, le confessionnel s’imbrique avec le politique et les prises de position s’exacerbent vite, à l’orientale !

Les libanais sont très attachants, surprenants, excessifs et très conservateurs au niveau de la famille. Ils sont très à l’écoute de l’Occident, mais aussi des pays du Golfe en pointe de modernité.

Ils veulent que leurs enfants bénéficient du meilleur et sont très protecteurs. La réussite scolaire et universitaire est au prix de sacrifices financiers énormes, mais c’est le prix pour viser un métier futur très qualifié, pour la plupart à l’étranger. C’est aussi le paradoxe entre la préservation de la cellule familiale et l’expatriation qui sera naturelle.

Il est ainsi naturel que dans cette vie où les carcans politiques et religieux sont forts, où le devenir professionnel est limité, la récente révolution dite du « Cèdre » ait rassemblée assez spontanément cette jeunesse avide de modernité et d’avenir. Ces carcans ont été refusés et ont provoqué cette volonté de « dégagisme » politique.

Partie d’un sentiment de liberté civique, le poids du conservatisme politique a tout fait pour bloquer cet élan devenu laïc. Grâce aux réseaux sociaux qui renseignent et accélèrent les processus, les politiciens en place ont été dévoilés dans leurs privilèges et leurs intentions, la corruption chiffrée a éclaté et a forcé à l’écoute de la rue.

Le plafond de verre a éclaté ! La crise financière a provoqué la crise sociale qui a plongé le Liban dans une misère subite. Comment passer d’une réputation des années soixante de « Suisse du Moyen-Orient » à celle de faillite, de pauvreté, de chômage ? Qui résisterait ?

L’analyse politique serait trop longue à développer, pourtant les conservatismes et privilèges malsains sont clairs et le refus de clarté par rapport aux demandes étrangères qui souhaitent aider sont édifiants, nous saurons bientôt…

Puis, ce drame planétaire sanitaire a frappé aussi ce beau pays, révélant aussi les défaillances du système hospitalier, pourtant performant mais qui n’est plus subventionné depuis longtemps, lui aussi.

Enfin, l’horrible a jailli pour plonger encore plus le Liban dans une désolation inqualifiable. La question de l’origine montre aussi l’incurie des responsables depuis quatorze années.

Quand on prononce « Beirut », on perçoit le goût sucré des douceurs libanaises, le parfum des narguilés, le bruit des pions du « tric trac », la joie et les rires, le bonheur des libanais, aujourd’hui, les images, le bruit, le souffle donne un autre goût à  « Beirut » : celui acide du désespoir, de la rage, de la détermination à connaître les responsables d’hier et d’aujourd’hui.

Ensuite viendra, encore et encore, le temps d’une énième reconstruction de ce pays si attachant.              

Gérard BAILLEUL

Ancien expert auprès de l’Ambassade de France au Liban