Politique et Kamasutra Actes et postures : les Verts prennent la position du missionnaire par Jean-Paul Brighelli

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Titreur, c’est un métier. Trouver la formule qui accrochera le lecteur, qui l’incitera à aller plus avant dans sa lecture, qui donnera une petite part de l’information, mais juste assez pour l’intriguer, est un job à plein temps. Le Canard enchaîné ou l’Equipe en ont fait leur marque de fabrique.
Alors, un grand bravo au metteur en page de la Provence, qui le 27 juillet collait sur une grosse photo de Michèle Rubirola souriante la citation suivante : « Les actes avant les postures ». Et de préciser sur deux colonnes à droite que le maire de Marseille constitue avec Benoît Payan « un binôme parfait ».

J’ai sans doute l’esprit mal tourné, mais l’allusion érotique sous-jacente du titre ne m’a pas échappé — à vous non plus, j’imagine.

« Actes » est déjà suffisamment clair, « postures » — allons, le titreur a quand même évité « positions » — est presque en trop.
Certes, la « posture », en français, est une attitude non suivie d’effet. On se donne une posture guerrière, mais on se replie quand l’ennemi arrive. Mais mis en balance avec « actes », le mot prend une connotation étrange. Jean-Claude Gaudin en restait-il aux « postures » sans passer à l’acte — c’est le sous-entendu évident ? Benoît Payan, le « binôme » de Mme Rubirola, sait-il passer aux actes ?

Quittons cependant le registre de la gaudriole involontaire. Benoît Payan justement passe aux actes, et propose d’interdire les cirques animaliers. Dans une ville qui va à vau-l’eau, c’est sans doute la mesure la plus urgente. Le dernier tronçon de la rocade sud ne sera pas achevé — une quasi-autoroute se conclut donc sur un rétrécissement majestueux. C’est d’une logique imparable, pour désengorger des boulevards de contournement déjà embouteillés. Ces actes ne seraient-ils, en fin de compte, que des postures ?

Mais la majorité PS-EELV (puisque c’est de cela qu’il s’agit, peu importe les étiquettes pour gogos analphabètes du genre « Printemps marseillais ») n’en restera pas là. Restaurer et réaménager les écoles primaires est un travail de longue haleine, mais transformer les cours d’école en jardins potagers, afin que les garçons ne les monopolisent pas pour jouer au foot (ce sont les écolos grenoblois qui ont accouché de cette idée formidable et citoyenne), voilà qui est plus facile à mettre en œuvre.

 La même interview du quotidien de référence (et monopolistique) marseillais demande à Mme Rubirola si le fait que 4 piscines seulement soient en état de marche à Marseille lui paraît satisfaisant. En attendant qu’on en construise ou réhabilite quelques autres, peut-être la majorité s’inspirera-t-elle de la décision des Verts lyonnais, qui sous la pression d’un groupe pas du tout communautariste ni islamisé, l’Alliance citoyenne, qui avait envahi « pacifiquement » (rappelez-vous Orwell, « la paix, c’est la guerre ») la salle de sport Interval dans le IIIe arrondissement, laissera désormais les femmes faire du sport en hijab — un grand progrès pour la liberté.

Cette même association avait squatté les piscines grenobloises en burkini, pour forcer la main aux élus — qui vont incessamment sous peu faire preuve de la même indulgence que leurs homologues lyonnais. La paix est en marche et Allah est grand.

Il paraît que les Verts se sentent pousser des ailes en prévision des présidentielles de 2022. En tout cas, à force d’« actes » courageux, ils sont sûrs de récolter les voix de tous les « citoyens » « alliés » pour le pire et pour le pire. Parce que, promis, ceux-là n’en resteront pas aux « postures ».
Quant à la question de savoir qui va se faire empapaouter je laisse le lecteur libre d’y répondre.

Jean-Paul Brighelli Professeur émérite, écrivain, journaliste

En couverture, la Une de La Provence du 27 juillet 2020 par Jean-Paul Brighelli