jeudi 3 avril 2025
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Raoul, Garié, Jeanjean, Aveline, Fenech… Marseille : l’armée des ombres et les sauveurs d’hommes

Non, eux n’ont pas été confinés, non, ils n’ont pas respecté l’obligation de signer des attestations pour sortir de chez eux. Et ils ont bien fait. Ils ont d’autant mieux fait que ces hommes exceptionnels ont obtenu tous les sauf-conduits nécessaires pour circuler librement jour et nuit dans tout Marseille. La préfète déléguée à l’égalité des chances, Marie Aubert, leur a donné illico toutes les autorisations pour se transformer en missionnaires de la charité. Elle les a aidés, appuyés, sollicités, épuisés. Parce qu’elle, elle savait. Elle savait qu’un drame gigantesque risquait de décimer Marseille et que toutes les initiatives, toutes les mains tendues devaient concourir à empêcher cette tragédie collective annoncée.

Souvenez-vous. C’était il y a trois mois à peine. Soudain, la ville s’est tue. Apeurés par la hantise de la contamination, les Marseillais se sont terrés chez eux. Un silence de mort s’est installé. Les rues se sont vidées. Les lampions se sont éteints. Une chape de peur a saisi la population, comme un linceul immense déployé sur la ville. L’ère du Coronavirus venait de s’ouvrir avec ses décomptes macabres et ses polémiques médiocres. Et le syndrome de la peste a lentement empoisonné Marseille en empêchant tous les rapprochements humains.

S’il est vrai que ces périodes de crise révèlent les personnalités hors du commun, celle que nous venons de connaître n’a pas échappé à la règle. Le vice-amiral Charles Henri-Garié, Fabrice Raoul, Frédéric Jeanjean, Vincent Fenech ou Jean-Marc Aveline, quelles que soient leurs fonctions ou leurs professions, sont des hommes ordinaires dont la destinée est devenue extraordinaire car ils ont contribué à sauver des milliers de sans-abri, de mendiants, de clochards, de chiffonniers, de squatteurs et de personnes vulnérables qui, sans leur aide, auraient pu mourir d’un autre virus, tout aussi redoutable : celui de l’indifférence et de la solitude.

Avec une grande humilité, ces Marseillais m’ont raconté comment et pourquoi ils ont réagi dès le second jour de confinement, après le KO du premier jour. Ils sortent acheter du pain ou quelques victuailles à proximité de chez eux et se rendent compte aussitôt du désastre : plus de circulation, plus de bruit, plus de points d’eau, plus d’associations, plus de centres d’accueil, plus de manche possible : des milliers de personnes vivant dans la rue vont être dans l’incapacité de se laver, de se nourrir et de solliciter une aide publique. Témoin, ce SDF qui s’agrippe à la veste de Frédéric Jeanjean à la sortie d’une boulangerie des Chartreux et qui l’implore : « Monsieur, par pitié, je ne veux pas d’argent, je ne veux pas de cigarettes, donnez-moi juste de quoi manger ».

Cet appel à l’aide bouleversant, l’ancien « Pacha » du bataillon des marins-pompiers de Marseille, Charles-Henri Garié, mais aussi Fabrice Raoul, président exécutif de l’union des professionnels de la mode et de l’habillement, responsable de « Mod’Spé Central Europe à Bratislava en Slovaquie, ancien responsable export de Didier Parakian, Vincent Fenech, curé de la paroisse de Saint-Mauront, un des quartiers les plus déshérités de Marseille, religieux de Timon-David, Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, l’ont reçu eux aussi cinq sur cinq. Et ils ont répondu présent. Quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit, ces hommes se sont dévoués corps et âme pour sauver leurs prochains d’une issue fatale. Ils n’avaient rien à y gagner. Ils ont pris tous les risques. Leur action conjuguée devra s’inscrire en lettres de noblesse dans la légende de Marseille et, s’il ne tenait qu’à moi, je leur décernerais à tous les cinq, ou plutôt à tous les six en incluant aussi Marie Aubert, la médaille d’honneur de la ville de Marseille.

En photo, de gauche à droite : Charles-Henri Garié, Frédéric Jeanjean et Fabrice Raoul (photos D.R.)

Les caddies de l’espérance

Il est vrai qu’ils sont tous animés d’une fibre sociale qui les incite à aider les plus vulnérables. Fabrice Raoul, enseignant au sein de l’école de mode Mod’Spe Paris Central Europe de Bratislava, n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il est congratulé par un étudiant en fin de cursus universitaire : « Merci, monsieur le professeur, grâce à vous je vais faire un métier que je n’aurais jamais imaginé faire ». Ce sentiment d’un devoir accompli habite également Charles-Henri Garié quand il visite les « cadets du bataillon », ces jeunes pompiers qu’il aide à franchir marche après marche « l’escalier social », jeunes qui iront ensuite prêcher d’exemple dans leur cité afin d’extraire de l’enfer de la drogue d’autres adolescents qui s’y perdent. Ces sauveurs d’hommes ont appris à se connaître en déployant leurs réseaux en même temps pour secourir les Marseillais en détresse. Plus ils cheminaient, plus la demande s’amplifiait. C’était comme le tonneau des Danaïdes : dès lors qu’on croyait avoir fini de le remplir, il fallait tout recommencer.

Pendant que Fabrice Raoul répondant à un appel au secours du vice-amiral Garié, se mettait en quatre pour dénicher des sous-vêtements destinés aux SDF, Frédéric Jeanjean, lui, persuadait le directeur de « Métro » aux Pennes Mirabeau de lui fournir plusieurs palettes de bouteilles d’eau « Cristalline ». Pendant que Fabrice Raoul parvenait à convaincre de grandes marques de lui procurer des caleçons et des tee-shirts haut de gamme pour habiller les nécessiteux, Charles-Henri Garié faisait ouvrir deux gymnases pour permettre aux clochards de se doucher. C’est une véritable spirale de solidarité qui s’est enclenchée avec le secours catholique, le secours populaire (qui ont œuvré main dans la main), les Restos du Cœur, la banque alimentaire, la croix rouge. En deux mois, la plupart de ces associations caritatives ont épuisé leur budget de l’année…

Ils ont fait feu de tout bois. Sans compter les heures, la fatigue, l’incompréhension, les tracasseries administratives. Au-dessus d’eux, le missi dominici, l’archange du ciel, Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, tel Lino Ventura dans l’armée des ombres, coordonnait les efforts au sein d’un service diocésain de la solidarité impliquant toutes les petites mains du catholicisme à Marseille. Pour ces braves secouristes, la période a été très intense et ils l’ont vécue avec l’esprit missionnaire des hussards de la république : « on détecte les invisibles et on les forme dans nos chantiers de la pilotine au savoir-faire et au savoir-être », explique M. Garié. Ce qu’ils font de concert au service de l’éducation en tentant d’en combler les failles, ils l’ont réalisé avec le même dévouement, la même abnégation au service des plus vulnérables, y compris ceux qui n’osent s’avouer comme tels, les vieux disposant d’une maigre retraite et qui viennent fouiller les poubelles, les femmes seules isolées avec plusieurs enfants, les errants en quête d’un toit et les handicapés relégués dans leur appartement.

Ces hommes ont créé en deux semaines six restaurants solidaires capables de distribuer 3500 repas gratuits par jour, ils ont réuni plusieurs milliers de gourdes de cyclistes remplies d’eau pour les donner aux SDF en évitant le verre qui peut blesser les marginaux en cas de rixe, ils ont mobilisé des traiteurs, des restaurateurs, des épiciers, de grands distributeurs, ils ont créé le « caddie de l’espérance », ils ont tapé à toutes les portes, ils se sont démultipliés.

Et…le résultat est là : zéro mort dans la rue ! Un succès total lié à cette chaîne incroyable de la charité et de la générosité humaine.

Ils ont même réussi à faire prolonger la validité des tickets restaurant jusqu’à la fin de l’année pour que les associations de bienfaisance puissent les accepter.

Ces sauveurs d’hommes n’agissent pas pour qu’on le sache. Ils ont aussi été des sauveurs d’âme, l’âme de Marseille, celle de Mgr De Belzunce, l’homme qui soignait les pestiférés à main nue. Si vous les rencontrez dans la rue, vous pouvez les saluer, ils le méritent.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du « Méridional »

Jean-Noël BEVERINI : Hommage à Adrien BLES, le chantre de Marseille

Il y a  sept ans, très précisément le 20 mai 2013, Adrien Blès nous quittait. Comment ne pas rappeler en ces jours la mémoire si vivante de cet homme exceptionnel et exceptionnel sous tant d’aspects.

S’il fallait résumer en trois expressions, évidemment imparfaites, la richesse d’un tel homme, je dirais :

  • L’ouverture permanente aux autres,
  • L’amour inconditionnel de sa ville de Marseille,
  • La droiture dans la pensée et l’action.

Adrien Blès vit le jour le 11 février 1921 à Marseille, quartier du Camas, dans une maison construite entre 1665 et 1685. Dès la fin de son élévation en 1685, elle est acquise par l’arrière grand-père, côté maternel, d’Adrien. Le lieu est à l’image de l’homme : paisible et pénétré d’esprit. Le fils d’Adrien, André, l’habite toujours.

Il me sera facile de mettre en lumière les trois qualités annoncées ci-dessus au travers de trois exemples. Dans un tableau qui mériterait d’être bien plus vaste, ce ne sont que trois éclairages.

L’ouverture permanente aux autres

En 1963 Adrien Blès réalise un film historique, une de ses passions, sur l’Abbaye Saint-Victor à l’occasion de la Chandeleur et dans lequel il retrace la vie de la digne abbaye depuis le temps premier des Catacombes. À la même époque, en fonction des nouvelles prévisions de modalités liturgiques, un bronzier parisien, Jean Bernard, propose au Père-Curé de Saint-Victor de réaliser un autel en remplacement de celui existant. Le curé signe. Mais le tronc de l’Abbaye est vide !

« Dieu y pourvoira »  répète le saint homme.

Dieu qui pourvoit va prendre le visage d’Adrien Blès. L’histoire est inimaginable. Adrien crée alors, avec son ami Jean Deltort, les Concerts de Saint-Victor. Le premier concert en novembre 1966 avec le jeune clarinettiste Jean-Christian Michel attire tant de monde qu’une nouvelle prestation, non initialement prévue, est délivrée le lendemain

Le nouvel autel du bronzier est financé au delà des espérances. Adrien se tenait à l’entrée de l’Abbaye ; son fils André, âgé de 15 ans, plaçait les participants …  L’année suivante les Concerts de Saint-Victor résonnaient sous les hautes voûtes durant … huit jours.

Adrien Blès

Adrien Blès poursuivait naturellement son activité professionnelle de représentant d’une grande maison spécialisée en matière de chemiserie et d’habillement, visitant plusieurs départements du Sud de la France. Secrétaire du syndicat de sa branche professionnelle, il est élu au Conseil des Prud’hommes (1965-1982) dont il devient, s’en étonnera t-on, président général en 1976. De telles qualités professionnelles et humaines ne peuvent qu’être reconnues. Notons, au passage, qu’il est élu à la présidence du Conseil à l’unanimité des conseillers, ce qui ne s’était jamais vu.

L’amour inconditionnel de Marseille 

Passionné d’histoire de sa ville, Adrien Blès ne cessera d’écrire, de filmer, de photographier, de communiquer sur Marseille. Il filme en 16 mm, adhère avec quatre de ses amis aux Cinéastes amateurs de Provence (CACP). La maison du Camas se transforme en studio et en salle d’enregistrement. Le film qu’il réalise sur le percement du tunnel du Vieux-Port est présenté en séance privée au maire Gaston Defferre. Ses films sont couronnés de nombreux Prix. Rien n’atteint la simplicité si noble et désintéressée de l’homme qui est élu à l’Académie des Sciences, des Lettres et des Arts de Marseille en 1993, au fauteuil 14, celui de … Frédéric Mistral. 

Il devient conseiller de l’Académie. Rien ne change dans la sérénité de son visage frappé au coin inégalé de l’amitié. Son attachement viscéral à sa ville le conduit à prendre la présidence du Comité du Vieux-Marseille qui, malade, retrouve sous sa direction et son impulsion une santé de jeune homme. Aux prix d’efforts inlassables, tout ce que Adrien Blès prend sous sa responsabilité, secondé magnifiquement et amoureusement par son épouse Maguy, est couronné de succès. Comment cet homme parvient-il à conduire tant de projets ? Il écrit, publie sur Marseille, ses quartiers et réalise son ouvrage fondamental : Le Dictionnaire Historique des rues de Marseille (Ed Jeanne Laffitte). 

Il s’engage naturellement dans la défense, la préservation et la valorisation du patrimoine marseillais. Je n’ose imaginer ce qu’il penserait aujourd’hui du naufrage de la carrière grecque antique de la Corderie, de l’abandon durant tant d’années de la Tour des Catalans … . Je préfère ne citer que ces deux exemples. J’en ai tellement d’autres en tête. Par respect pour Adrien, je choisis de ne pas les évoquer. Le lecteur comprendra de lui-même.

De 1973 à 1987, le voilà responsable pour Marseille du Pré-inventaire des Richesses Artistiques de la France, puis nommé Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’honneur.

La droiture dans la pensée et l’action

Je n’ai pas à développer : mon titre se suffit à lui-même. Encore une dernière image. Adrien ne manquait jamais d’humour. Je vous le dis, un homme exceptionnel sous tant d’aspects ! Un jour dans un téléphone il m’annonce, tout heureux en parlant de l’olivier qui resplendit au fond de son jardin et à l’ombre duquel il me conduisait :

«  J’ai doublé cette année la production de mes olives ! J’en ai récolté deux … d’habitude je n’en ai qu’une seule ! ».

On reconnait l’arbre à la qualité de son fruit, dit un texte sacré. Adrien, tu étais un sacré arbre et nous ne finirons jamais de goûter, de savourer la richesse et la beauté de tous les fruits que tu nous as donnés.

Jean-Noël Beverini – Membre de l’académie de Marseille

Finances : passons à l’action !

Tout d’abord, permettez-moi, chers lecteurs, de vous exprimer mon plaisir de vous retrouver, quelques décennies plus tard, dans les colonnes, fussent-elles virtuelles désormais, du « Méridional ».

J’y tenais, au siècle dernier, une chronique boursière hebdomadaire et je reprends ce flambeau au moment où la crise économique suscite des idées parfois dangereuses, voire suicidaires pour nos entreprises.

Les dernières péripéties politiques et l’émergence à la gauche « d’En Marche » d’un nouveau groupe parlementaire bien résolu à augmenter la fiscalité sur le patrimoine pour payer une partie de la note engendrée par la crise du Covid-19 est un préambule à la question suivante : de quelle façon l’Etat français résoudra-t-il le problème financier posé par le fameux « quoiqu’il en coûte » proféré par Emmanuel Macron lors de sa première intervention en mars ?

On a pu vérifier ces derniers jours que la dette serait au rendez-vous, mais même si un accord européen se profile pour endiguer l’hémorragie, il faudra bien aussi trouver des solutions nationales. Et là, on assiste au réveil des bonnes âmes qui, de Thomas Piketty à Cécile Duflot – l’écart est certes grand – prônent des mesures qui vont d’un nouvel Impôt Sur la Fortune (ISF-bis) à l’abandon de distribution de dividendes par les sociétés cotées en 2020.

Ces idées sont incohérentes et catastrophiques tant le timing est mal choisi. L’Etat envisage aujourd’hui de renforcer, ne serait-ce que temporairement, son rôle d’actionnaire auprès de fleurons de l’économie française comme Air France ou Renault. Mais surtout, les experts soulignent que les problèmes de trésorerie qui seront évidemment prépondérants dans les mois à venir, passeront aussi par des solutions en fonds propres, plus pérennes, ainsi que le préconise dans notre région Medinsoft , l’association des entreprises du numérique.

Investir dans les projets des entreprises, c’est acheter des actions. On peut bien sûr le faire sur des sociétés cotées en bourse dont le prix a en général nettement baissé ces derniers mois, déclenchant ainsi de véritables opportunités, mais aussi avec des sociétés non cotées, le tout en bénéficiant d’une fiscalité relativement favorable, par exemple par le vecteur d’un plan d’épargne en actions.

Le garagiste et le gazier

Cet investissement est d’autant plus envisageable que l’inertie de la consommation depuis trois mois a regarni les bas de laine…Hélas, même si c’est compréhensible dans une période anxiogène, ce sont plutôt des produits patrimoniaux à rendement très faible, comme le livret A, qui ont bénéficié de cette manne inattendue. Il serait autrement plus efficace pour l’économie, et plus performant à moyen et long terme pour les patrimoines, d’investir ces ressources inopinées en actions de sociétés françaises pour renforcer leurs fonds propres.

Certes, il s’agit d’une prise de risque mais avec une contrepartie espérée sur la progression du cours des actions et sur leur rendement, les fameux dividendes.

Un mot sur le « risque » que vous prenez en…passant à l’action. Les bonnes âmes citées plus haut nous assènent doctement que les plus fortunés, ceux qui auraient joui d’un confinement agréable, doivent participer par une contribution fiscale exceptionnelle à une sorte de « solidarité nationale ». Chiche ! Et prenons le parti d’être provocateur !

Oui, beaucoup de travailleurs ont pris un risque pour leur santé en restant au contact de la population. Eh bien, demandons aux ménages qui en ont la capacité d’orienter leur épargne vers une autre forme de risque, financier cette fois !

Ce sera plus productif que de les matraquer fiscalement. Quant aux dividendes, on oublie souvent en France qu’ils font l’objet d’une double imposition et qu’ils contribuent ainsi grandement à nourrir le budget de l’Etat. En effet, l’impôt sur les bénéfices éventuels est dans un premier temps prélevé sur la société et dans un second temps acquitté par l’actionnaire (petit ou gros), privé comme institutionnel. Il s’agit là d’une aberration française à peine compensée par Emmanuel Macron il y a trois ans.

Si l’on fait pression sur les sociétés pour qu’elles ne versent pas de dividendes cette année, ce sont donc des ressources fiscales en moins et des petits porteurs qui seront lésés. Au contraire, il faut inciter les Français à aller en Bourse malgré leur aversion pour les placements risqués. Le challenge est jouable. Des ministres d’horizons aussi variés que René Monory, Edouard Balladur et Pierre Bérégovoy y sont parvenus en leur temps avec des solutions simples, beaucoup de pédagogie, du pragmatisme et de la sagesse populaire.

Il est vrai que le premier était un ancien garagiste et le troisième un ancien gazier, des expériences professionnelles qui sont bien utiles dans les périodes de crise et qui valent bien toutes les mesures technocratiques concoctées à Bercy.

Un seul mot d’ordre pour sortir de la panade financière : passons à l’action !

Yves BLISSON

Municipales 2020 à Marseille : Les résultats du 1er tour

Premier secteur – 1er et 7ème arrondissements
Maire sortant : Sabine Bernasconi
Inscrits : 44 348
Votants : 18 030 (40,66 %) 
Exprimés : 17 650 (97,89 %)
Sophie Camard (Printemps Marseillais) 6887 (soit 39% des exprimés et 15,3 % des inscrits)
Sabine Bernasconi (Les Républicains) 3745 (soit 21 % des exprimés et 8,4 % des inscrits)
Clémence Parodi  (Rassemblement national) 1915 (soit 10,9 % des exprimés et 4,3 % des inscrits)
Sébastien Barles(Europe-Ecologie-Les Verts) 1907 (soit 10, 8 % des exprimés et 4,2 % des inscrits)
Arnaud Devigne (La République en marche) 1520 (soit 8,6 % des exprimés et 3,42 % des inscrits)
René Baccino (Ensemble pour Marseille avec Bruno Gilles) 1009 (soit 5,7 pour cent des exprimés et 2,3 % des inscrits)
Gaëtan Poitevin (Marseille avant tout avec Samia Ghali) 596 (soit 3,3 % des exprimés et 1,3 % des inscrits)
Laurent Comas  (Marseille d’abord) 71 (soit 0,4 % des exprimés et 0,1 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Second secteur – 2ème et 3ème arrondissements
Maire sortant : Lisette Narducci
Inscrits : 32 723
Votants : 9623 (29,41 %)
Exprimés : 9351 (97,17 %)
Benoit Payan (Printemps marseillais)2430 (26 % des exprimés et 7,4 % des inscrits)
Lisette Narducci (Ensemble pour Marseille)1563 (16,7 % des exprimés et 4,77 % des inscrits)
Solange Biaggi (Les Républicains)1539 (16 % des exprimés et 4,70 % des inscrits)
Jeanne Marti (Rassemblement national) 1261 (13,5 % des exprimés et 3,8 % des inscrits)
Alain Lhote (Marseille avant tout)935 (9,99 % des exprimés et 2,8 % des inscrits)
Maliza Saïd Soilihi (La République en Marche)772 (8,2 % des exprimés et 2,3 % des inscrits)
Nouriati Djambaé (Europe Ecologie les Verts)659 (7 % des exprimés et 2 % des inscrits)
Isabelle Bonnet (Extrême Gauche) 103 (1,1 % des exprimés et 0,3 % des inscrits)
Yannick Deligny (Marseille animaliste)89 (0,9 % des exprimés et 0,2 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Troisième secteur – 4ème et 5ème arrondissements
Maire sortant : Marine Pustorino
Inscrits : 54 119
Votants : 20 892 (38,60 %)
Exprimés : 20 380 (97,55 %)
Michèle Rubirola (Printemps marseillais)7619 (37,3 % des votants et 14,07 % des inscrits)
Bruno Gilles (Ensemble pour Marseille)4507 (22,1 % des votants et 8,32 % des inscrits)
Jean-François Luc (Rassemblement national)2774 (13,6 % des votants et 5,12 % des inscrits)
Jean-Philippe Agresti (Les Républicains)1975 (9,69 % des votants et 3,64 % des inscrits)
Fabien Pérez (Europe-Ecologie Les Verts)1665 (8,1 % des votants et 3,07 % des inscrits)
Mathieu Grapeloup (La République en Marche)1102 (5,4 % des votants et 2,03 % des inscrits)
David Bergeron (Marseille avant tout)533 (2,6 % des votants et 0,9 % des inscrits)
Muriel Gerber (Extrême Gauche)115 (0,56 % des votants et 0,2 % des inscrits)
Georges Vinapon (Divers Gauche)90 (0,44 % des votants et 0,16 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Quatrième secteur – 6ème et 8ème arrondissements
Maire sortant : Yves Moraine
Inscrits : 80 181
Votants : 29 764 (37,12 %)
Exprimés : 29 199 (98,10 %)
Martine Vassal (Les Républicains)7933 (27,1 % des exprimés et 9,89 % des inscrits)
Olivia Fortin (Printemps marseillais)7127 (24,4 % des exprimés et 8,88 des inscrits)
Bernard Marandat (Rassemblement national)3884 (13,3 % des exprimés et 4,84 % des inscrits)
Yvon Berland (La République en Marche)3577 (12,2 % des exprimés et 4,46 % des inscrits)
Christine Juste (Europe Ecologie Les Verts)3487 (11,9 % des exprimés et 4,34 % des inscrits)
Ludovic Perney (Ensemble pour Marseille)2568 (8,8 % des exprimés et 3,20 % des inscrits)
Pierre-Henri Blanc (Marseille avant tout)623 (2,1 % des exprimés et 0,77 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Cinquième secteur – 9ème et 10ème arrondissements
Maire sortant : Lionel Royer-Perreaut
Inscrits : 82 124
Votants : 25 455 (31 %)
Exprimés : 24 772 (97,32 %)
Lionel Royer-Perreaut (Les Républicains)8027 (32,4 % des exprimés et 9,77 % des inscrits)
Eléonore Bez (Rassemblement national)21,5 % des exprimés et 6,5 % des inscrits)
Aïcha Sif (Le Printemps marseillais)3826 (15,4 % des exprimés et 4,6 % des inscrits)
Hervé Menchon (Europe Ecologie les Verts)2478 (10 % des exprimés et 3,01 % des inscrits)
Nathalie Simon (Ensemble pour Marseille)2392 (9,65 % des exprimés et 2,9 % des inscrits)
Sophie Goy (La République en Marche)1787 (7,2 % des exprimés et 2,1 % des inscrits)
Zoé Poncelet (Marseille avant tout)925 (3,7 % des exprimés et 1,1 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Sixième secteur – 11ème et 12ème arrondissements
Maire sortant : Julien Ravier
Inscrits : 80 831
Votants : 25 466 (31,51 %)
Exprimés : 24 842 (97,55 %)
Julien Ravier (Les Républicains)6981 (28,1 % des exprimés et 8,6 % des inscrits)
Franck Allisio (Rassemblement national)5785 (23,2 % des exprimés et 7,1 % des inscrits)
Yannick Ohanessian (Printemps marseillais)4048 (16,2 % des exprimés et 5 % des inscrits)
Robert Assante (Ensemble pour Marseille)2673 (10,76 % des exprimés et 3,30 % des inscrits)
Jean-Marc Signes (Europe Ecologie les Verts)2235 (8,9 % des exprimés et 2,76 % des inscrits)
Pascal Chamassian (La République en Marche)1860 (7,4 % des exprimés et 2,3 % des inscrits)
François De Cambiaire (Marseille avant tout)889 (3,5 % des exprimés et 1 % des inscrits)
Hervé Manin (Divers Centre)363 (1,4 % des exprimés et 0,4 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Septième secteur – 13ème et 14ème arrondissements
Maire sortant : Sandrine d’Angio
Inscrits : 84 684
Votants : 23 764 (28,06 %)
Exprimés : 23 049 (96,99 %)
Stéphane Ravier (Rassemblement national)7719 (33,5 % des exprimés et 9,1 % des inscrits)
David Galtier (Les Républicains)4199 (18,2 % des exprimés et 4,9 % des inscrits)
Jérémy Bacchi (Printemps marseillais)3590 (15,5 % des exprimés et 4,23 % des inscrits)
Julien Rossi (Marseille avant tout)2605 (11,3 % des exprimés et 3,07 % des inscrits)
Josépha Colin (Ensemble pour Marseille)1990 (8,6 % des exprimés et 2,35 % des inscrits)
Mohammed Bensaada (Europe Ecologie les Verts)1354 (5,8 % des exprimés et 1,6 % des inscrits)
Marie-Florence Bultaud-Rambaud (La République en Marche)1125 (4,8 % des exprimés et 1,3 % des inscrits)
Farid Zidane (Fiers de nos quartiers)259 (1,1 % des exprimés et 0,3 % des inscrits)
Danièle Pécout (Extrême Gauche)166 (0,7 % des exprimés et 0,1 % des inscrits)
Karine Harouche (Marseille autrement)42 (0,1 % des exprimés et 0,04 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.
Huitième secteur – 15ème et 16ème arrondissements
Maire sortant : Roger Ruzé
Inscrits : 47 721
Votants : 13 029 (27,30 %)
Exprimés : 12 672 (97,26 %)
Samia Ghali (Marseille avant tout)3275 (25,8 % des exprimés et 6,86 % des inscrits)
Sophie Grech (Rassemblement national)2810 (22,1 % des exprimés et 5,88 % des inscrits)
Jean-Marc Coppola (Printemps marseillais)2428 (19,1 % des exprimés et 5,08 % des inscrits)
Moussa Maaskri (Les Républicains)1736 (13,6 % des exprimés et 3,6 % des inscrits)
Saïd Ahamada (La République en Marche)1008 (7,9 des exprimés et 2,1 % des inscrits)
Chahidati Soilihi (Europe Ecologie les Verts)684 (5,4 % des exprimés et 1,4 % des inscrits)
Jean-Marc Corteggiani (Ensemble pour Marseille)549 (4,3 % des exprimés et 1,1 % des inscrits)
François Roche (Extrême gauche)125 (0,98 % des exprimés et 0,2 % des inscrits)
Stéphane Pernice (Extrême gauche)57 (0,4 % des exprimés et 0,1 % des inscrits)
Seuls les candidats ayant obtenu plus de dix pour cent des suffrages exprimés pourront maintenir leur liste au second tour de scrutin.

Municipales : la quête des maires

Le second tour des élections municipales à Marseille pourrait se solder par l’affrontement de trois blocs composites de gauche, de droite et du Rassemblement National, trois cartels de force sensiblement équivalente qui rendront la ville quasiment ingouvernable.

Si l’on s’en tient à une stricte logique arithmétique en analysant les résultats squelettiques du premier tour de scrutin dans les huit secteurs de Marseille (67,24 % d’abstention !) et en tenant compte des éventuels reports de voix à gauche (désistement de Sébastien Barles en faveur du Printemps marseillais) et à Droite (désistement de Bruno Gilles en faveur des listes LR de Martine Vassal), on aboutit à un sacré méli-mélo : trois secteurs remportés par la Gauche (le premier, le second, et le troisième), trois secteurs conservés par la Droite (le quatrième, le cinquième et le sixième), le septième secteur (13/14) devrait échoir au sénateur RN Stéphane Ravier mais il risque d’être talonné de près par David Galtier, le candidat de Martine Vassal qui bénéficiera probablement de l’appui, déclaré ou pas, de Samia Ghali.

Car il faut bien comprendre que, dans les quartiers nord, Martine Vassal et Samia Ghali ont des intérêts convergents. A toi la rhubarbe, à moi le séné. Dans le huitième secteur, le 15/16, Samia Ghali a besoin des voix de Moussa Maaskri (13,70 %), le candidat de Vassal, et de celles de Jean-Marc Corteggiani (4,33 %), le candidat de Bruno Gilles, si elle veut damer le pion au Rassemblement National qui a recueilli à peu près autant de voix qu’elle au premier tour. Inversement, dans le 13/14, David Galtier, le candidat de Martine Vassal, a un urgent besoin des suffrages qui se sont portés sur Julien Rossi (11,30 %), le candidat de Samia Ghali, et même sur ceux de la République en Marche (5%), s’il veut espérer titiller Stéphane Ravier dans son fief.

Evidemment, ces procédés de « rabouilleurs », c’est-à-dire de pêcheurs en eaux troubles, ont toujours eu cours à Marseille, et c’est même la raison pour laquelle de nombreux Marseillais se désintéressent de la politique. Mais ces alliances occultes, ces concessions souterraines ou ces calculs partisans peuvent être balayés d’un revers de main par une forte participation de l’électorat, même si personne n’y croit vraiment. On se dirige donc vers une majorité acquise au forceps, une majorité composite, étroite et transversale, source de coups tordus et de coups d’éclats, qui risque de rendre Marseille ingouvernable, exauçant ainsi le vœu secret de nombreuses sectes et chapelles qui œuvrent en coulisses dans cette ville au maintien du statu quo pour conserver leurs prérogatives et leurs avantages acquis.

 Samia Ghali, forte de son petit pécule de 3275 voix, une misère donc, pourrait être l’arbitre majeur du second tour de cette élection et permettre (ou pas) à Martine Vassal d’être la prochaine mairesse de Marseille par quatre secteurs à trois, le Rassemblement National préservant son strapontin. Encore faudrait-il pour cela que Martine Vassal ait la possibilité de dégager un certain nombre de postes pour les amis de Samia Ghali, ce qui promet au passage quelques crêpages de chignons et des ajustements difficiles pour intégrer aussi les candidats de Bruno Gilles qui ne seront pas forcément d’accord avec la composition de cette bouillabaisse marseillaise.

Jean-Claude Gaudin, le grand absent du scrutin, affiche ici un petit sourire en coin qui en dit long.
Peut-être songe-t-il à jouer avec son ami Jean-Pierre Foucault à « qui veut gagner des millions ? »
(Photos Claude NUCERA)

Le « pacte de la raison »

Bref, Renaud Muselier, président du conseil régional, a pris conscience du danger résultant de la faiblesse de son camp et il a appelé ses ouailles à la raison. Peut-être  va-t-il lui aussi sortir sa boîte à promesses magiques dans la perspective des régionales de 2021 ? En tout cas, l’ancien ministre de Jacques Chirac a su se poser en garant de la continuité de la droite républicaine dans notre région en tempérant les élans partisans des uns et des autres. Grâce à son énergie et à son intelligence politique, grâce aussi à sa magistrale gestion de la crise sanitaire, Muselier a désormais une stature de « commandeur » : son appel à l’union tous azimuts ne peut qu’être entendu et partagé.

Muselier fait simplement observer que « tout le monde est faible et que personne ne peut gagner seul ». Comme il ne souhaite pas que Marseille soit livrée aux amis de M. Mélenchon, il plaide pour que ceux qui sont arrivés derrière se désistent ou fusionnent avec ceux qui sont arrivés devant. C’est simple comme un bonjour. De fait, ce cartel des droites et du centre est la condition sine qua non d’un éventuel succès final de Martine Vassal. Pour convaincre les récalcitrants de s’unir, Muselier les invite à faire comme Giscard en 1982, après la trahison de Chirac aux présidentielles de 1981, et donc à « jeter la rancune à la rivière », ce qui n’est pas gagné d’avance.

Bruno Gilles acceptera-t-il ce « pacte de la raison » ? C’est probable, surtout s’il veut figurer sur la liste des prochaines sénatoriales. Samia Ghali acceptera-t-elle le deal de son nouvel ami Renaud Muselier ? C’est très possible car elle ne peut survivre en politique et sauver son siège au Sénat qu’à la faveur d’alliances opportunes…

En tout état de cause, cette élection de 2020 restera insolite à tous égards et pourra être inscrite dans les annales de la bizarrerie. Il est fort probable que l’abstention sera moins importante qu’au premier tour, mais elle ne rebattra pas forcément les cartes.

Il est vrai qu’au premier tour,  ce sont surtout les jeunes, les plus motivés, qui se sont rendus aux urnes et qu’une majorité d’entre eux a voté pour la liste de gauche du « Printemps Marseillais ». Mais il n’est pas dit cette fois que les électeurs plus âgés, ceux des Républicains et du Rassemblement National, bouderont de nouveau les urnes face à l’imminence du danger gauchiste. Surtout si on leur accorde le droit de voter par correspondance ainsi que le réclame avec insistance Martine Vassal.

Ce qui est certain, c’est que la campagne électorale va radicalement changer de nature en raison des craintes sanitaires : pas de serrements de mains, pas d’embrassades, pas de meetings, pas de distribution de tracts. Elle sera axée sur les messages Internet, les réseaux sociaux, la propagande téléphonique, les incantations virtuelles et probablement un déluge d’affiches destinées à nous persuader subtilement que « Rubirola est là » et que « Ghali est ici »…Une campagne qui promet donc d’être inodore, sans saveur et sans débats polémiques. Dans ces conditions, on comprend que la moitié des électeurs marseillais soit favorable à un second tour le 28 juin prochain et l’autre moitié résolument hostile car elle estime que c’est « un déni de démocratie ». Ce qu’ils craignent, c’est le déroulement insipide d’une campagne au rabais, nourrie de discussions low-cost, réservée au sérail politique où le virus de l’entre soi risque d’entacher la sincérité du scrutin et donc sa légitimité.

 La « revoyure réversible »

Martine Vassal a fait valoir à juste titre la nécessité impérative d’installer au plus tôt les exécutifs locaux qui ont la main sur la commande publique et peuvent ainsi contribuer au redémarrage de l’économie. En revanche, les amis de M. Mélenchon pointent le risque sanitaire et une campagne en trompe l’œil, contaminée par les restrictions en vigueur. Ceux qui pensaient benoitement « se refaire » à la faveur de deux nouveaux tours de scrutin en septembre en seront pour leurs frais.  Il n’en sera rien, sauf si le conseil scientifique revient sur son autorisation initiale et applique la clause dite de « revoyure ».

Génial ça, la « revoyure » ! Les sages, extrêmement prudents, évoquent une décision « réversible », ce qui revient à dire qu’ils pourraient proposer une « revoyure réversible ». C’est vraiment épatant ce charabia. Chapeau les artistes. On en vient à songer, malgré soi, à la fameuses chanson « l’opportuniste » de Jacques Dutronc : « Je suis pour le communisme et pour le capitalisme parce que je suis opportuniste. Il y en a qui contestent et qui protestent, moi je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste. Je suis de tous les partis, je suis de toutes les patries, je suis le roi des convertis… »

Comme le fait remarquer très justement Yvon Berland : « les Marseillais n’ont pas l’esprit à la politique, ils n’ont aucune envie d’aller voter en ce moment ». Nul ne peut prédire à ce jour, même pas « Madame Soleil », quelle femme sera la prochaine mairesse de Marseille. Ce que l’on sait avec certitude en revanche, c’est que le parti du président de la République va prendre une claque mémorable et une sacrée veste (réversible bien entendu) à Paris, à Lyon et à Marseille. Il deviendra la République en Marche Arrière. Telle sera la rançon de… la quête des maires.

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du Méridional

En couverture : Jean-Claude GAUDIN – Photo Claude NUCERA

Il y a 30 ans, Gabriel Domenech nous quittait Portrait d’un journaliste de combat, à la plume tendre et féroce

La place qu’occupe Gabriel Domenech dans la presse marseillaise est plus que considérable : elle est unique. Très tôt, au lendemain de la Libération, par des enquêtes retentissantes sur le comportement des communistes pendant la guerre, et sur les crimes de l’épuration, il rompait avec l’omerta en vogue à l’époque. Et jamais il ne dévia de cette ligne : asséner des  vérités, sans complaisance. Journaliste de combat, tranchant avec la passivité béate de la plupart des confrères, il avait embrassé le métier avec passion. Il fut de la première équipe du Méridional, titre issu de la Résistance, fondé (rue de l’Abbaye) en septembre 1944 par des démocrates-chrétiens.  

Au fil des années et des reportages il peaufina un talent de plume qui, joint à un sens très sûr de l’événement, marqua le journalisme régional. Et même au-delà, certains de ses articles, en dissonance totale avec le politiquement correct, étaient déjà très commentés à Paris.  Point de fioritures ! Domenech ne faisait pas dans la dentelle ! D’une formule finement ciselée, il défrisait les petits marquis de la bien-pensance en leur opposant le bon sens populaire, la sensibilité du terrain, la fraternité du bistrot.

C’est d’ailleurs à la faveur d’un reportage qu’il fit sa première incursion dans la vie politique : alors qu’il sillonnait les Basses-Alpes dans le cadre d’une enquête sur l’affaire Dominici, en aout 1952, il prit goût à rencontrer les paysans et les « braves gens » de Lurs, de Forcalquier et des environs. D’autant que son livre Toute l’affaire Dominici, écrit d’une plume alerte et teintée d’humour, obtint un franc succès. Là-bas, chez les « Gavots » comme on disait,  il sut disséquer la psychologie du patriarche madré de la Grand’Terre. Parlant le provençal, il en comprenait toutes les nuances et subtilités.

Conseiller général et député 

Le journaliste fidélisa tant de lecteurs potentiels que ceux-ci, appréciant l’homme,  ne tardèrent pas, à la faveur d’une élection cantonale à Peyruis, de l’élire brillamment en 1958, porté par la vague gaulliste. Et d’en faire leur député, quelques mois plus tard, dégommant l’ancien ministre socialiste Edmond Naegelen dans la circonscription de Forcalquier. A l’Assemblée, Domenech siégea dans les rangs des Républicains populaires et Centre démocratique. En 1962, la dissolution de cette assemblée lui fut fatale. Prônant l’Algérie française, il  fut cette fois battu par le socialiste Claude Delorme, avocat maire de Forcalquier, président du conseil général. Il est vrai qu’entre-temps, Domenech, fidèle à ses convictions, s’était éloigné de la politique du général de Gaulle. 

Redevenu journaliste, il publia Comment devenir député suivi de La Provence buissonnière où le talent du conteur, fin connaisseur du pays, éclate à chaque page. Car cet homme parlait admirablement des autres. Si parfois, dans tel reportage, tel livre, l’humour véhiculé par des mots est irrésistible, Domenech allait plus loin que la dérision : il touchait aux fibres et rappelait alors plus Giono ou Armand Lunel que Chamfort ou Léon Daudet. En donnant à voir sans vaticinations ni rhétorique, il frappait au coin du bon sens. En 1971, le Méridional traversant une période économiquement difficile, il lui incomba de prendre la direction du journal, fonction assumée pendant quinze ans. Avec le souci constant de maintenir dans le Sud-Est l’indépendance du seul journal qui ne fut pas de gauche. 

L’amour du terroir

Ecrivain d’instinct, il avait cette perception rapide du sentiment diffus d’un individu ou d’un peuple à travers un événement. Il avait le don de communiquer son amour du terroir, le vrai pays profond. « Le seul guide doit être ta curiosité et c’est l’amour des hommes qui servira de clé à l’heure des secrets », me dit-il un jour où il me parlait de ses balades, au volant de sa voiture appelée Gobe-le-Vent, entre Chantemerle-les-Grignan et Saint-Ferréol Trente Pas. Et cet amour du terroir l’amena naturellement à écrire : Paris, ça suffit !,  un pamphlet dénonçant les abus du centralisme et la prétention de la ville-capitale à tout régenter. Epris de liberté, il sortira en 1981 le livre le moins conformiste de cette année-là : Eloge de l’ivresse. Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’était pas l’alcool lui-même qui intéressait l’auteur, son brûlot était le cri de révolte d’un citoyen refusant de voir sacrifier chaque jour, à petite dose, les droits de la personne humaine. Plus qu’à célébrer l’ivresse qui réjouit les sens, c’est à celle qui exalte l’amour de la liberté que cet éloge est consacré.

De gauche à droite René Merle, ancien président du
Directoire du Méridional, Gabriel Domenech et Jean-Claude Gaudin en 1978. (Photo Claude NUCERA)

Lanceur d’alertes

Dans son « Entre Nous », billet quotidien qui traitait d’un sujet particulier, il ne ménageait personne, ce qui lui valut les inimitiés des gens du pouvoir, fussent-ils de ses amis. Attaqué en justice, vilipendé, mais ne cédant jamais à ses détracteurs, ce fils d’immigrés catalans défendait les étrangers respectueux des lois de la République. Il n’a jamais confondu les immigrés honnêtes, travailleurs et bons pères de familles, avec ceux qui commettaient des délits. Pourtant, il passait dans l’opinion des intellectuels et leurs épigones journalistiques comme un abominable raciste voire un facho. Qu’importe ! Il avait l’approbation des « gens d’en bas », du petit peuple qui lui témoignait (par d’innombrables lettres) de leur soutien. 

Trente ans après sa disparition, Gabriel Domenech demeure un proscrit de l’intelligtensia, relégué non au purgatoire mais dans les cercles de l’enfer. Ses livres (dont un prix Scarron pour La Provence buissonnière) sont ignorés par la gent littéraire. Sa détestation est telle qu’aucune rue de Marseille, comme il en avait été un moment question, ne portera son nom. Ce n’est pas faire son apologie que de le souligner : ce lanceur d’alertes avait perçu, parmi les tout premiers, et dès 1970, la gravité des sujets inhérents à l’immigration incontrôlée, à l’insécurité, à la paupérisation des grands ensembles, aux trafics de drogue, au délitement industriel de Marseille, et à l’effondrement des valeurs provençales. Qui peut nier aujourd’hui l’acuité de ces problèmes érigés en phénomènes de société ? 

Alors, avec le sentiment de prêcher dans le désert, un peu las et sentant venir la retraite, dès qu’il l’a prise, Gabriel Domenech rejoignit Jean-Marie Le Pen qu’il connut en 1958 sur les bancs de l’Assemblée nationale. Ainsi se retrouva t-il, la même année, député des Bouches-du-Rhône et élu au conseil régional PACA. Battu de justesse en 1988, il devint président de la Fédération FN des Bouches-du-Rhône. Il se présenta aux municipales l’année suivante, un peu à la dernière minute, ayant envisagé de concourir sur son propre nom.  Il sera battu, ce qui ne l’étonna pas, mais fit son entrée au conseil municipal de Marseille où son siège fut occupé par M. Berbérian, tandis que M. Savon le remplaçait comme conseiller régional.

Malade du cœur, Gabriel Domenech nous quittait le 13 mai 1990, à l’âge de 69 ans. 

Tel est, brossé à larges traits, le portrait de ce personnage assez singulier dans son genre, au don d’écriture remarquable, excessif parfois dans l’affirmation de ses convictions mais qui eût mérité un peu plus de respect de ses adversaires oublieux de la fameuse phrase de Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire”.

Gabriel CHAKRA

Photo : Gabriel Domenech au cours d’un débat sur les
municipales à Marseille (Photo Claude NUCERA)

HATEIA : masques made in Marseille

 

« Marseille brille par les actions d’éclats des Marseillais », en latin : « actibus immensis urbs fulget massiliensis ». La devise de Marseille n’a jamais été aussi actuelle grâce aux heureuses initiatives dont font preuve de nombreux entrepreneurs marseillais pour pallier le manque de masques et d’équipements médicaux.

Par exemple, Julien Pretot et sa compagne Laura Dubois, co-fondateurs il y a six ans de la société « Hateia » spécialisée à Marseille dans la création et la fabrication de maillots de bains féminins haut de gamme, ont décidé, dès l’annonce du confinement, de se lancer dans la fabrication de masques haute couture.

Ces deux jeunes Marseillais soucieux de raffinement et d’élégance ont délibérément choisi de venir en aide à leurs concitoyens et aux autorités publiques en fabriquant sur leurs chaînes de production 500 masques par jour de catégorie 1, lavables et réutilisables au moins soixante fois. Ces masques « hyper-tendance » qui marient harmonieusement le chic français et le savoir-faire italien sont tissés à partir d’une étoffe très serrée produite par Chamatex et homologuée par les autorités médicales, la direction générale de l’armement et l’animateur du système français de normalisation.

Autant dire que ces petits bijoux sont imperméables à toute filtration et d’une résistance à toute épreuve : ils sont vendus quasiment à prix coûtant 3,50 euros pièce par Hateia qui ne peut espérer engranger quelques profits que sur l’importance du volume écoulé dans les mois qui viennent. Le succès de Julien Pretot et de Laura Dubois est tel que leur carnet de commandes est déjà garni pour huit mois au moins ! Ils ont doublé leur nombre de machines et embauché une dizaine d’employées supplémentaires pour métamorphoser leurs maillots affriolants en masques de protection vitale.

Le taux de filtration de ces masques haut de gamme a été évalué à 97 %, ce qui garantit une étanchéité totale aux particules nocives et aux postillons dévastateurs.

« Du jour au lendemain, nous avons bouleversé notre activité de confection de maillots pour nous lancer dans la fabrication de ces cônes en tissu recyclable offrant une barrière antimicrobienne efficace », raconte Julien Pretot. 

Cette nouvelle activité, imprévue au programme, n’empêche pas Hateia de recevoir  d’importantes commandes de maillots émanant des hôtels de la Côte d’Azur qui anticipent une fréquentation touristique en forte hausse cet été en raison de l’absence de liaisons internationales et de l’interdiction de sortie du territoire.

L’audace de Julien Pretot et l’imagination créatrice de Laura Dubois, styliste de formation et passionnée de mode, leur ont permis d’incarner à Marseille le chic à la française. Leur objectif, c’est le confort absolu et une sensation « seconde peau » apportée aux femmes, car l’ensemble de leurs créations visent à embellir les femmes et à galber leurs formes pour en révéler les charmes.

Marseille est donc devenue la capitale de…la revanche des masques, ces petits  bouts de tissu équipés d’élastiques, qui ont été traités avec tant de mépris naguère par nos dirigeants. On peut bien l’avouer aujourd’hui à visage découvert : nous sommes devenus « masquo-dépendants » et si vous êtes à court d’idée pour la fête des mères ou celle des pères, n’hésitez pas, offrez des masques marseillais. Les éminents scientifiques parisiens crieront sans doute au « carnaval » des calanques mais nous n’en avons cure.

Comme le conseillait François Mauriac : « Il faut s’attendre que bien des gens qui   manœuvrent  dans l’obscurité avec prudence jetteront le masque : il serait erroné de commencer maintenant une chasse aux sorcières et de voir partout des fantômes ». Les imposteurs seront probablement contraints un jour ou l’autre de mettre bas les masques !

José D’ARRIGO

Rédacteur en Chef du Méridional

Notre photo : Laura Dubois présente le fameux masque marseillais « Hateia ».

Conséquences économiques prévisibles de la crise sanitaire

La vision du professeur Pierre DUSSOL


Professeur honoraire agrégé de sciences économiques Aix-Marseille-Université
Propos recueillis par José D’Arrigo – Rédacteur en Chef

Le Méridional : L’Europe est d’ores et déjà entrée en récession ou en décroissance. Doit-on craindre une dépression économique mondiale identique à celle de 1929 ?

Professeur Pierre Dussol : « Identique » probablement pas ! En revanche quelques similitudes existent. Sans être ironique, la première est la contamination à l’ensemble du monde à partir d’un foyer d’infection. La crise boursière aux Etats-Unis et son départ spectaculaire le « Jeudi noir » le 24 octobre 1929, suivi de la diffusion à l’ensemble de l’Amérique et au reste du monde ressemblent un peu à l’épidémie actuelle.

Quant aux réactions des gouvernements, là aussi existe une certaine similitude : au début le déni et l’inertie comme l’a illustré le Président Hoover en 1929, et après, l’affolement, ainsi qu’à tout moment l’impression donnée d’incompétence, de manque de préparation et de vision, sans compter la cacophonie des « sachants » qui informent le public.

Soyons justes : la cause de départ en 2020 était imprévisible car totalement externe à l’Economie et n’est pas due à des manœuvres irresponsables des capitalistes  ou aux rigidités syndicales, non plus qu’à la maladresse bien connue des politiques en matière d’Economie..

Au contraire en 1930 il existait des signes annonciateurs. D’abord un emballement boursier attisé par les crédits bancaires imprudemment accordés pour la spéculation a constitué une « bulle » dont l’éclatement a fait démarrer la spirale des faillites, du chômage, de la baisse du pouvoir d’achat……

En 2020 il serait faux de dire qu’il y a eu des « signes annonciateurs » dans le domaine économique. Certes, un rapport de la CIA sur « Le monde en 2025 » avait tracé le scénario d’une pandémie mondiale, mais ce n’était pas à proprement parler une prévision économique.

Pour la suite, une fois la crise déclenchée,  divers enchaînements, déjà observés sont possibles. L’Economie est faite d’acteurs dépendants les uns des autres, c’est évident. Si les consommateurs consomment moins et les producteurs produisent moins, le flux des affaires se rétracte et tout le monde est touché de proche en proche à travers d’immédiats problèmes de trésorerie. 

L’INSEE, dans sa note de conjoncture du 26 Mars 2020 estime la diminution de la production à 35%, chiffre égal à la diminution de la consommation, ce qui est peu surprenant. L’Etat lui-même verra ses ressources diminuer puisqu’elles proviennent de prélèvements sur la valeur créée par les entreprises et les revenus de ceux que payent les entreprises.

Une extension mondiale de la récession économique est possible. « Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés » a écrit La Fontaine dans « Les animaux malades de la peste ». (Il s’agissait d’une punition divine et la suite n’est pas transposable, faute de baudet pour servir de bouc émissaire si l’on ose écrire)

Tous les pays seront donc touchés d’autant plus qu’en 2020 la circulation des marchandises des hommes et des capitaux est plus intense que dans les années trente, ce qui entraine davantage d’interdépendance économique.  Ceux qui s’en sortiront le mieux sont les plus résistants, en Economie comme en médecine. 

C’est là que certaines leçons sont à tirer.

Les pays les plus « forts » sont ceux qui, soit par leur système naturel soit par les réformes qu’ils ont su faire à temps ont une économie résistante. Les pays qui ont su ne pas avoir, ou réduire, la bureaucratie qui alourdit, la fiscalité qui spolie, la haine sociale qui paralyse, seront plus réactifs, plus mobiles et finalement plus vite guéris.

Souvenons-nous qu’à la fin de la seconde guerre mondiale l’Allemagne s’est débarrassée de l’inflation dès 1948 et que la France l’a « trainée » au moins quarante ans, jusqu’en 1988, sans parler du déficit extérieur et de celui des finances publiques. Le même scenario s’est rejoué dans les années qui ont suivi la crise de 2008-2009. Certains pays ont su s’alléger des déficits budgétaires et des dépenses collectives mal gérées ainsi que du poids de la dette publique. Ne citons personne, c’est trop proche.

En France nous n’avons rien réformé et avons même ajouté des contraintes stupides comme les 35 heures. Nous souffrons toujours de rigidités et de l’incroyable et coûteuse inefficacité de l’action publique, dont la recension est à retrouver dans tous les rapports officiels, et dont le maintien obstiné est le seul programme commun de tous nos politiques depuis cinquante ans. Nous ne sommes pas les seuls et certains de nos voisins, aussi sympathiques qu’ils soient n’ont pas fait mieux…Maigre consolation et regardons plutôt du côté des meilleurs.

En Economie le court terme n’existe pas, et « tout n’est que conséquences ». Autrement dit, « il est trop tard pour prendre des mesures d’urgence » en matière économique : nous allons payer au prix fort l’absence de travail de fond en matière de réformes économiques. Au milieu de la faillite générale, il sera bien trop tard pour désigner des responsables et les sanctionner comme il se devrait.

LM : L’Etat français a-t-il les moyens de faire face à la cascade de faillites qui s’annoncent et à l’accroissement vertigineux du nombre de chômeurs ?

Professeur Pierre Dussol : Pour injecter de la confiance, il faut déjà inspirer confiance… 

Il y a fort longtemps que l’Etat en France est déficitaire et endetté très au-delà du raisonnable. Il est question de 100% du Produit Intérieur Brut mais encore faut-il comprendre ce que cela veut dire. L’Etat doit à lui seul à ses prêteurs une année entière de ce que produit le pays alors que ces richesses ne lui appartiennent pas ! Il aurait fallu déjà ne pas en arriver là et par la suite, réduire les dépenses, les déficits et donc les dettes…

Qui plus est, ces dettes sont dues en partie à des déficits dans les dépenses de fonctionnement et très partiellement à des investissements…

Certains pays ont fait des réformes,   mais pas tous : la France, l’Italie, l’Espagne sont trop endettés et aucune réforme qui irait dans le bon sens ne se dessine.

Pratiquement, cela veut dire qu’il n’existerait plus aucune marge de manœuvre si l’Etat devait être sollicité pour aider l’économie en période de crise : c’est au-dessus de ses forces.

Nous allons payer le prix des non réformes et de l’incompétence de nos dirigeants et largement aussi de leur électorat.

Une fois de plus, les plus aguerris, les plus forts, les plus compétents, s’en sortiront mieux. Or, on n’acquiert ces qualités par un travail de fond, de long terme, poursuivi avec persévérance …

Quant aux chômeurs, il y en a proportionnellement deux fois plus en France qu’en Allemagne, en Grande Bretagne et aux Etats Unis. Il faut le relier à la très grave insuffisance de notre enseignement. Cela ne se corrige pas en un jour !

Rassurons-nous, la Banque Centrale Européenne envisage de financer la crise et le redressement….

Pensez-vous que les pays « sérieux » accepteront de payer pour les pays mal gérés ?

LM : De nombreux hôtels ont déjà fermé leurs portes faute de clients et les compagnies d’aviation fonctionnent au ralenti : ces deux secteurs du tourisme et de l’aviation pourront-ils surmonter le chaos actuel ?

Professeur Pierre Dussol : Le secteur du transport aérien venait à peine de restaurer des marges d’exploitation convenables. Beaucoup de compagnies sont déjà fragiles et ont du mal à financer leurs flottes et rembourser leurs dettes. La conclusion s’impose : il y aura des faillites à commencer par les plus fragiles…

Pour le secteur touristique, c’est quasiment la même chose.

Le point commun à ces deux secteurs est que les clients peuvent très bien continuer à vivre en supprimant totalement les voyages et séjours lointains. Du jour au lendemain la clientèle peut disparaître. Ce même risque existe pour tous les produits dont on peut se passer sans risque vital : le Champagne en fait aussi partie.

Pour les produits « de base », la consommation continuera même si le niveau se réduit légèrement.

En veut-on une mesure récente ? Rappelons que l’INSEE dans sa dernière note de conjoncture (26 Mars 2020) estime la baisse globale de la consommation en France à 35% sur un mois, mais à 55% pour les services de transport et d’hôtellerie.

Une consolation : s’il y a une reprise économique, les transports et le tourisme repartiront peut-être quasi instantanément et en profiteront les entreprises qui auront survécu. 

Qui sont-elles ? C’est un peu évident : celles qui ont des réserves financières grâce à leur bon niveau de marge antérieur, une bonne clientèle, une bonne motivation de leurs équipes et de bons dirigeants… 

N’en est-il pas de même des Etats ?

LM : Pourra-t-on à votre avis profiter de cette crise sanitaire exceptionnelle pour repartir de zéro et inventer un modèle économique plus respectueux de l’homme et des nations ?

Professeur Pierre Dussol : Il serait un peu ambitieux voire prétentieux de se dire capable d’inventer un « nouveau monde » en repartant de zéro. En revanche, il est très possible de penser profiter des bouleversements actuels pour remettre en cause un certain nombre de dysfonctionnements avérés car parfaitement identifiés par d’incontestables autorités et surtout validés par de bonnes expériences dans certains pays.

Exemple le plus flagrant : le poids invraisemblable des dépenses publiques et des prélèvements fiscaux conséquents, en France (record mondial selon l’OCDE) est connu pour freiner les adaptations, d’autant que si  le montant est scandaleux, l’esprit qui préside à son acceptation est encore pire : la croyance aveugle en la compétence infaillible de l’appareil d’Etat pour gérer les situations par des mesures bureaucratiques.

« L’Etat »  n’est jamais composé que d’hommes en moyenne similaires aux autres quant à leurs compétences et à leur esprit de décision, mais fort différents quant à leurs responsabilités : ils ne sont aucunement punissables  pour leurs erreurs, ni « récompensables » pour leurs exploits !

Un système de décision fondé sur l’absence d’évaluation des résultats réels et l’irresponsabilité totale des décideurs ne pourrait être tenable que par miracle !

Si le diagnostic est bien posé, on peut espérer une bonne thérapeutique, mais en est-on certain ?

Bien évidemment il y aura des remises en cause, mais seront-elles les bonnes ?

Le pouvoir politique en France nous répète à l’envi l’importance de l’Etat-Providence et celui qu’il s’attribue, de soutien et redresseur des entreprises. Le problème est que c’est la lourdeur de l’appareil d’Etat, fiscale et règlementaire, qui « plombe » littéralement notre pays et le prive de ses capacités de réaction… Quant au climat social fait d’irresponsabilité, de haine de la réussite et d’assistance, comment changera-t-il alors que l’on s’en accommode, voire que l’on s’en vante ?

« Respecter l’homme et les nations », oui, c’est  bien évidemment un objectif noble.

Cependant « l’homme » en général, cela ne veut rien dire. Il faut respecter les hommes talentueux et responsables, ou plus exactement les comportements talentueux et responsables. Pour cela, il faut une culture de la responsabilité traduite dans des lois et règlements du pays entier. Une grande revue de nos législations devrait grandement y aider.

Ainsi expurgeons de nos textes tout ce qui pousse à l’irresponsabilité dans tous les domaines. Commençons par le début : les parents sont responsables des enfants qu’ils ont, de leur éducation, de leur instruction, de leur insertion dans la société.

N’employons plus le terme de « protection sociale » qui charrie avec lui des concepts d’irresponsabilité et d’assistance – présentée comme un droit – , mais parlons de « prévoyance personnelle et familiale »  , ce sera déjà un progrès, certes à concrétiser par une autre organisation des assurances contre les risques de la vie.

Chacun est responsable de ses choix professionnels, et en assume les conséquences.

De même, pour tout ce qui relève de la délinquance, plus ou moins grave. Les victimes doivent être davantage considérées que les délinquants. Ceux-ci sont des hommes comme les autres, parfaitement capables de comprendre le risque de sanctions. Dire le contraire serait de la discrimination : horreur !

« Madame la Société » n’a pas à financer les erreurs individuelles ou les accidents de la vie : il existe pour cela des compagnies d’assurance. La « Société », incarnée par la législation doit en revanche rendre chacun responsable de ses actes.

Nous ne voulons pas dire qu’aucune aide ne soit possible aux victimes d’accidents de la vie, mais comme le disait le Président Clinton, « l’assistance doit être  une seconde chance, pas un mode de vie ». C’est exactement notre opinion renforcée par l’observation que le « mode de vie » l’emporte trop souvent sur la « seconde chance ».

Un dernier mot pour la nécessité de supprimer un parfait moyen de stériliser les initiatives, les prises de risque et la réussite : la « redistribution » des revenus et des patrimoines par la violence fiscale. La redistribution n’a nullement lieu d’être si on la justifie par l’existence d’inégalités. Il est normal que celui qui réussit par sa compétence et son esprit de décision en retire les fruits. C’est ne pas respecter l’être humain que de prétendre le contraire : les talents, c’est la personne,  le fruit des talents  sont des revenus légitimes, et la propriété personnelle la suite des revenus. Toute mesure de spoliation est à proscrire car elle porte atteinte à l’homme lui-même. Voici où doit se situer le vrai humanisme.

Un monde correct serait éclairé par les trois principes suivants : responsabilité personnelle, respect de la compétence, sens de l’effort. Si vous inversez, vous trouverez ce qui explique notre difficulté à bien réagir : l’irresponsabilité érigée en système, la promotion des incapables, la paresse comme droit de l’homme, bref, le socialisme. Beaucoup de personnes qui se disent socialistes n’en ont probablement pas conscience ; il faut encourager leur  évolution vers la  lucidité.

LM : Compte tenu de l’accroissement faramineux des dépenses publiques pour colmater les brèches, pensez-vous que les Français risquent de voir leurs comptes d’épargne ou d’assurance-vie confisqués par l’Etat à brève échéance ?

Professeur Pierre Dussol : Cela est déjà arrivé, à Chypre par exemple au moment de la crise de 2008 et est en train de se passer au Liban.

En Argentine, aussi en 2001-2002 l’accès aux comptes des particuliers a été limité. 

Dans ces trois cas, il n’a pas été envisagé de s’assurer que certains politiciens avaient alimenté des comptes pas très légaux à l’étranger et que cela pouvait expliquer en grande partie la « crise financière » du pays.

Ce type de mesure sera sans doute rendu moins douloureux politiquement par la fixation de seuils : les comptes bancaires ne seront touchés qu’à partir de 100 000€ par exemple ce qui épargnera la plus grande partie de la population.

Evidemment, l’ignorance est vertigineuse en matière économique et bien peu comprendront que c’est le principe de la spoliation privée pour compenser l’incompétence publique qui est mauvais, et non le seuil.

Quand l’impôt sur le revenu a été institué en 1917 son taux était très faible. De  même, la CSG a commencé avec un taux plus faible qu’aujourd’hui. Non seulement le taux a augmenté, mais certains voudraient qu’il soit progressif !

Ce fut pareil pour les impôts sur les successions, dont, comme pour les impôts à prétention « redistributive », le principe est mauvais. L’impôt doit être la contribution aux frais généraux du pays, non un moyen de créer des distorsions économiques au détriment du talent, de la réussite et de la propriété.

LM : Peut-on craindre d’ores et déjà la création d’un « impôt solidarité sanitaire » d’un montant exorbitant à la sortie de la crise ?

Professeur Pierre Dussol : La chose est fort possible, si l’on relit la réponse à la question 5. Une variante serait un emprunt forcé ressemblant à l’Impôt sècheresse en 1976 : c’était un emprunt qui a été remboursé et non un vrai impôt malgré son nom, mais un prélèvement forcé en tout cas.

Le lecteur aura compris que le très beau mot de « solidarité » serait  encore une fois détourné pour couvrir la compensation des dépenses publiques d’un secteur public  qui ne remet pas en cause l’excès de ses dépenses précédentes dues à une inefficacité accumulée. Si la France avait le niveau de dépenses publiques de l’Allemagne, pays qui n’est pas sous administré que l’on sache et où il n’y a pas de « gilets jaunes » mécontents, ce serait dix points de PIB de moins, soit 240 milliards d’Euros – chiffre 2019. Voilà une bonne « réserve de productivité » qui n’a pas été exploitée et qui serait bien utile. Bref, on a gaspillé des ressources et maintenant il est bien tard !

LM : Le président de la République a évoqué la nécessité de s’adapter à une « économie de guerre » : de quoi s’agit-il en l’occurrence ?

Professeur Pierre Dussol : Il est toujours difficile d’interpréter les propos de M. Macron tant les principes qui les inspirent sont mal connus. 

Il n’y a pas de guerre au sens militaire des conflits précédents ou actuels. En revanche, s’il s’agit de mobiliser le pays afin de gérer une urgence vitale, le terme de « guerre » peut convenir. N’oublions pas aussi la nécessité pour un Président élu de satisfaire aux  canons de la communication politique.

Une partie de la population est  mobilisée et risque sa vie au sens littéral – les soignants de toutes les catégories –  et là aussi le terme de guerre n’est pas impropre.

Le fait que les laboratoires cherchent des armes pour combattre d’épidémie va dans le même sens.

Pour l’ensemble de la population, la nécessité d’adopter des comportements de survie, de se concentrer sur l’essentiel, de ne pas gaspiller, d’être discipliné face au danger commun, font bien penser à une guerre. Là aussi accordons que le mot peut convenir.

Malheureusement, pour conduire une guerre, il faut aussi des chefs de guerre à la hauteur des évènements et des dangers, et là, les doutes sont permis.

Souvenons-nous qu’à propos du terrorisme le même Président a dit d’un ton martial que nous étions en guerre. Quelle est la crédibilité de cette déclaration quand les terroristes sont chez nous dans les quartiers où ils vivent hors du droit républicain, protégés par leurs communautés « comme des poissons dans l’eau » et que ces communautés sont un vivier qui se remplit tous les jours ? N’insistons pas sur les « centres de formation » que sont certains établissements présentés comme des lieux de réunion uniquement religieux. 

Si la lutte contre le virus est aussi molle et tardive que celle contre le terrorisme, nous pouvons être inquiets.

D’ailleurs les différents politiques – Président, Premier Ministre, Ministre de la santé, nouveau et ancien – qui se sont exprimés et ont expliqué leurs prévisions et leurs décisions ont donné une impression d’improvisation  et de cacophonie assez pitoyables. 

Préparer et faire la guerre, pourquoi pas, mais pas la guerre précédente.

LM : A votre avis, la déferlante de mesures de relance déployées par les banques centrales peut-elle suffire à réanimer l’expansion économique en Europe ? L’injection de sommes colossales dans l’économie française par les banques centrales peut-elle enrayer ou retarder le naufrage annoncé ? Une des solutions envisagées par les banques centrales consiste dans le rachat des dettes publiques des Etats européens : qu’en pensez-vous ?

Professeur Pierre Dussol   : Bonnes questions. Il n’est pas absurde de prendre des mesures d’urgence pour faire cesser les symptômes les plus fâcheux d’une crise. Les médecins donnent souvent des calmants pour faire cesser la douleur. Ils savent bien que ce n’est pas suffisant et  ils mettent en œuvre au  plus vite le traitement de fond par des vrais remèdes.

Nous pouvons faire un parallèle avec la crise économique.

Le virus le plus dangereux dans le cas d’une crise économique est certainement le besoin de trésorerie. C’est par lui que vont se transmettre les désordres de la crise conduisant à la récession. Les clients achètent moins, les entreprises encaissent moins et auront du mal à assurer les salaires déjà à la fin du mois de mars. Que dire du mois d’avril ? Que dire aussi de recettes assises sur les dépenses des consommateurs comme la TVA ou la Taxe sur les produits énergétiques ?

Ces deux prélèvements ainsi que l’impôt sur les bénéfices des entreprises varient immédiatement en fonction de l’activité économique. Leur montant prévu par la loi des finances pour 2020 est au total de près de 190 milliards d’Euros soit plus de la moitié du total (TVA 126Milliards €, TICPE 15,5 Mds€, IS 48 Mds€). Si ces recettes baissent de 6% selon l’hypothèse d’un confinement de deux mois, cela représentera un manque à gagner de 6% de 190 milliards d’€, soit 11,4 Milliards. 

Comme nous l’indique  le document mensuel du Ministère des Comptes Publics paru le 3 Mars 2020, le déficit prévu cette année par la loi des finances votée fin 2019, était de 93 milliards d’€ . Il augmenterait donc de plus de 11 milliards d’€ soit de près  de douze pour cent. Voilà au moins un chiffre en augmentation, mais pour un Etat au- delà des limites d’endettement,  c’est beaucoup. 

Ce détour par le budget de l’Etat est fait pour montrer que l’action des Banques Centrales peut se comprendre. L’Etat ne pourra  agir seul avec ses caisses vides : cela n’inspire pas confiance.

Au contraire, les Banques Centrales peuvent donner une impression de pouvoir émettre de la monnaie presque infiniment. « Presque » tout de même.

C’est pour elles le moment d’agir en fournissant – ou en aidant l’Etat à fournir – le lubrifiant monétaire qui rassurera les acteurs économiques et ralentira ou stoppera la progression du virus des difficultés de trésorerie et des faillites. 

Techniquement, cela prendra probablement la forme de rachats ou de garantie des dettes des Etats. Comme la Banque qui sera probablement  sollicitée est la Banque Centrale Européenne, nous pouvons espérer une certaine mesure dans l’usage de cette « planche à billets » version contemporaine car son conseil des gouverneurs comporte des représentants des pays bien gérés qui équilibreront ceux qui le sont mal.

Autre argument, valable au moment de la reprise : il faudra alimenter les fonds de roulement des entreprises et là aussi un financement temporaire mais abondant sera bienvenu.

Répétons-le, l’alimentation des trésoreries, même au prix d’une émission monétaire importante, est un moyen de stopper la propagation de la crise. Il ne faut pas oublier cependant que, comme un antidouleur qui permet un traitement pas la suite, ceci n’est qu’un début. Il faudra ensuite revenir aux remèdes fondamentaux : remise à l’honneur de l’innovation et de l’esprit d’entreprise, respect du talent et de la propriété privée, modération des prélèvements fiscaux, ordre public et stabilité législative….

La liste est longue mais connue. Il reste à ce que nos « chefs de guerre » deviennent d’efficaces garants d’une vie économique saine en temps de paix.

Cela suffira-t-il à faire « repartir » des Economies bien malades ? Rien n’est certain à cet égard car cela dépend aussi des remèdes « fondamentaux » qui doivent suivre les mesures de première urgence.

A cet égard un très mauvais signal est donné par l’intention prêtée au Ministre des Finances français d’interdire la distribution de dividendes aux entreprises qui demandent l’aide de l’Etat. Pourquoi aussi ne pas interdire la distribution de salaires ?  Les dividendes rémunèrent une fonction économique que seuls les marxistes ne reconnaissent pas quand les actionnaires sont privés. Monsieur Bruno Le Maire serait-il aussi ignorant de l’Economie que les marxistes ? En matière de mesures de redressement, cela commence mal.

Il serait infiniment plus pertinent de donner de la confiance aux acteurs économiques en leur montrant le chemin du redressement. A cet égard l’annonce des réformes que l’on ne fait jamais ne suffit pas. 

A suivre…

Les salaires de la peur – Coronaphobie : la peur de la mort – partie 3

Asian woman working through paperwork

Coronaphobie : la peur de la mort

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés », écrit La Fontaine dans sa fable « les
animaux malades de la peste ». Nous aussi nous sommes tous sidérés par le Coronavirus, comme
si nous ne pouvions détourner notre regard d’un serpent venimeux qui s’apprête à bondir sur
nous et nous fixe d’un œil implacable. Il n’y a pas d’armure contre le destin. La mort pose aussi
ses mains de glace sur le cou des puissants. Et c’est parce que nous avons clairement conscience
de l’affreux trépas solitaire que vivent les malades infectés du Coronavirus en phase terminale
que nous sommes terrifiés.
Lorsque nous croisons un congénère sans masque dans la rue, nous ne pouvons pas nous
empêcher de penser : « et si ses postillons me contaminent au passage que vais-devenir ? Vais-je
aussi mourir seul en décubitus ventral, intubé de part et d’autre, abandonné par ma famille et
mes proches à un sort funeste ? » Cet état d’esprit asphyxie notre joie de vivre et nous incite à des
précautions que nous n’avions jamais observées auparavant. Tel est l’abominable effet de la
« Coronaphobie »…

Vacances, argent, comptes bancaires, sorties, loisirs, matches de foot ou de rugby, tout nous
apparaît désormais dérisoire au regard de la menace invisible qui nous guette. Nous sommes
surpris par la révélation de notre fragilité. Ainsi se dispersent les fumées toxiques des illusions et
des polémiques illusoires. Le virus fera flamber nos impôts de demain, il va mettre à mal notre
épargne, il va faire exploser le chiffre des dépenses publiques et de la dette. Et après ?
Le slameur « Grand corps malade », dont le nom lui-même s’apparente à notre sinistre condition,
le dit fort bien dans son dernier chant : « Et si ce virus avait le don énorme de rappeler ce qui
nous est vraiment essentiel, les voyages, l’argent, les sorties ne sont plus la norme, et de nos
fenêtres on réapprend à regarder le ciel ».
On réapprend aussi à forger notre esprit critique. Lorsque, par exemple, on regarde dans une
vidéo la présidente de la commission européenne nous enseigner doctement comment nous laver
les mains « en neuf étapes » alors que l’Europe en confinement retient son souffle, on reste baba.
Lorsque la même présidente se permet, en pleine crise sanitaire, de commander une étude
détaillée sur les « fake-news », on a tendance à se dire : c’est ça l’Europe ?
Lorsque la Tchéquie confisque au passage les masques destinés par Pékin à l’Italie, lorsque le
Premier ministre des Pays-Bas se permet de faire la leçon à l’Espagne, lorsque Bruxelles inflige à
l’Italie une amende journalière pour « soutien aux hôtels de Sardaigne qui faussent la
concurrence » alors qu’elle peine à enterrer ses 20 000 morts, lorsque la Chine et la Russie volent
au secours de l’Italie, on ne peut pas s’empêcher de penser : c’est donc ça l’Europe ?
En vérité, nous nous apercevons avec stupéfaction que l’Union Européenne et le marché unique
ont été conçus pour un monde sans nations et sans tragédies. Les eurosceptiques, tels que la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie et la Pologne n’attendent plus rien de l’Europe et ils ont
apparemment mieux résisté que nous à la contamination, avec une poignée de morts seulement.
L’occasion historique qui se présente à nous est d’améliorer le fonctionnement du monde. La
mondialisation n’a été heureuse que pour les pauvres des pays pauvres et pour les riches des pays
riches. Il y a maldonne. Les classes moyennes et populaires sont en pleine déconfiture : elles ont
le sentiment d’être déclassées et saignées à blanc. Après l’accumulation des peurs, après avoir
vaincu notre « Macrophobie », notre claustrophobie et notre Coronaphobie, nous pourrons enfin
nous pencher sur notre destin salutaire, celui qui implique une révolution mondiale de la
responsabilité.
Il nous faut changer les paradigmes de notre pensée et de notre mode de vie : l’infantilisme et
l’assistanat sont morts eux aussi du Coronavirus. Balayés, oubliés. Le progressisme, la bien-
pensance socialiste, le politiquement correct, le féminisme hystérique, sont malades et
condamnés à brève échéance. Les allocataires du crétinisme et les bons apôtres du victimisme
sont invités à passer au large. La restauration de la nation française va commencer par une
réforme sensationnelle que tous les Français applaudiront des deux mains après l’avoir trop
longtemps dédaignée : elle consistera à rémunérer très correctement tous les « transparents de la
République », soignants, infirmières, médecins, éboueurs, agriculteurs, instituteurs, professeurs,
policiers, surveillants pénitentiaires, pompiers, ambulanciers, livreurs, boulangers et bouchers,
etc.
Certains d’entre eux ont risqué leur vie pour nous : nous ne pourrons jamais l’oublier.

José D’ARRIGO
Rédacteur en Chef du « Méridional »

Les salaires de la peur – Claustrophobie : la peur du silence – partie 2

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Claustrophobie : la peur du silence

Le Coronavirus ne détruit pas seulement les bronches des malades. Il abat toutes nos certitudes sur la « mondialisation heureuse ». La lutte contre un microbe aussi malin nécessite une pleine souveraineté nationale, sans dépendance stratégique, et une Europe des nations fondée sur une coopération étroite liée à des projets communs utiles pour l’humanité. Franchement, la vaillance de l’euro ou le maintien des critères de stabilité, on n’en a plus rien à faire lorsque la mort rôde à nos portes.

Tous les Européens sans exception s’aperçoivent aujourd’hui que la priorité des priorités, c’est la santé des populations, avant toute autre préoccupation. Qu’est-ce qui nous empêche, par exemple, de prendre à bras le corps les problèmes très douloureux causés par le cancer, la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson ? Pourquoi l’Europe ne s’est-elle jamais attelée à cette tâche ? Parce que nous sommes tous obnubilés par les exigences du capitalisme financier et du Cac 40. 

Il est grand temps de mettre en quarantaine le Cac 40 et d’étendre à l’Europe de nouvelles normes écologiques, une sorte de sobriété nouvelle pour faire pièce à l’hyper-matérialisme de la société de consommation. Tant que l’Europe édictera des règles strictes sur la taille des oursins comestibles dans le golfe de Saint-Tropez, on ne sortira pas de l’auberge…

Le productivisme effréné, l’agriculture intensive en batterie, la bougeotte perpétuelle et le mélangisme ont largement prouvé leurs limites. La transformation de la terre en immense centre commercial, c’est raté. La spirale infernale du « toujours plus » est en panne. Le narcissisme économique des Européens est dans le coma. Les milliards qu’on va injecter dans les membres nécrosés du malade pourront-ils le réanimer ? C’est probable. Mais au-delà des chiffres astronomiques, il faudra d’abord songer à réinstaller notre économie sur un socle souverain, loin de toute aberration bureaucratique et tatillonne, en forgeant un nouveau sentiment de destinée commune à l’intérieur de frontières sûres et protégées pour, vraiment, « faire nation ».

Si nous ne respectons pas ce principe national, ce qui nous pend au nez cet été, c’est une conjonction de catastrophes : sanitaire, financière, économique, sociale, écologique et migratoire. Les progressistes doivent impérativement cesser de déconstruire la nation, la famille, la patrie et de démanteler les uns après les autres tous les services publics qui ont fait la fierté de la France. Car le Corona n’est pas le seul virus que nous allons devoir affronter : il y aura aussi le terrorisme islamiste, le communautarisme, le séparatisme latent, l’écologisme délirant, la débâcle financière, le misérabilisme, l’infantilisme, l’inculture de masse et la préférence étrangère.

Cette contagion de dérèglements liés à l’idéologie diversitaire des progressistes est actuellement sous l’éteignoir du Covid-19, mais le feu couve sous la cendre. Un embrasement général n’est pas à exclure car l’Etat-providence est en ruines et ses zélotes sont déboussolés. Ils devront se rendre à l’évidence : leur Etat-providence est incapable de soigner correctement ses citoyens et de vaincre la pauvreté. C’est tellement vrai que les Marseillais ont envoyé au pays un nouveau signe d’indépendance en prenant fait et cause pour le professeur marseillais Didier Raoult, injustement moqué par ses pairs et par le « scientifiquement correct ».

Ne vous y trompez pas : ce qui s’est passé à Marseille est d’une importance capitale. Au fond, ce qui est en jeu, ce n’est pas tant la chloroquine qu’une affirmation de Marseille-Nation. Marseille a été jadis une république autonome et elle rêve de le  redevenir. La rébellion et l’indépendance sont dans les gènes des Marseillais. Il y a une trentaine d’années, le professeur Roger Luccioni m’avait confié qu’il se verrait bien à la tête d’une liste municipale glorifiant l’indépendance de Marseille et défiant l’Etat central. Son recrutement par Jean-Claude Gaudin en 1995 ne lui avait pas permis de donner corps à son rêve, mais d’autres y songent aujourd’hui. Avec un leader emblématique comme le professeur Didier Raoult qui hurlerait en brandissant le drapeau bleu et blanc de Marseille : « Paris ça suffit ! » (Titre d’un livre époustouflant de feu-Gabriel Domenech ancien rédacteur en Chef du « Méridional La France »).

L’une des vertus du virus est de nous inciter à la sobriété et à la frugalité. On redécouvre, éberlués, que le rôle d’un Etat est simplement d’assurer à ses administrés une bonne nutrition, une bonne santé, une bonne éducation, une bonne sécurité et une bonne justice. Rien de plus. Cet état d’esprit austère devrait nous éloigner de notre frénésie de plaisirs, de désirs et d’envies dont notre langage publicitaire est si friand. Le slameur « Grand Corps malade » le psalmodie fort bien dans sa dernière chanson : « Et si ce virus avait beaucoup d’autres vertus que celle de s’attaquer à nos poumons vulnérables, s’il essayait aussi de nous rendre la vue sur nos modes de vie devenus préjudiciables ? Si on doit sauver nos vies en restant bien chez soi, on laisse enfin la terre récupérer ce qu’on lui a pris, la nature fait sa loi en reprenant ses droits, se vengeant de notre arrogance et de notre mépris ».

Ceux qui croient à une boulimie débridée de sorties et de rassemblements festifs au sortir du confinement oublient que dans notre société viciée l’homme est devenu en lui-même une menace pour l’homme. Une toupie a besoin de mouvement pour tourner, mais elle s’écroule lorsque son ressort est cassé. Les hommes politiques, eux aussi, devront se métamorphoser. Renaud Muselier, Martine Vassal, Yvon Berland et Bruno Gilles l’ont déjà bien compris. Quant à nos gouvernants, il faudra qu’ils cessent d’être les ventriloques de leur propre incompétence. Leurs discours ne doivent plus être assimilés à une musique d’ascenseur, celle dont on a tellement pris l’habitude sur le palier que nous n’y faisons même plus attention…Leurs discours devront être, eux aussi, décontaminés car ils demeurent empreints d’une forte densité virale électoraliste et clientéliste. Et s’ils pouvaient se taire de temps à autre, ça nous ferait de sacrées vacances !

A suivre ….

                                         José D’ARRIGO 

                                          Rédacteur en Chef du Méridional