Bob Morane orphelin

Dessin de couverture de "L'héritage du Flibustier" (1954)

En apprenant la mort d’Henri Vernes à 102 ans, innombrables ont été ceux qui se sont remémorés le refrain à succès du groupe Indochine (1982) :

“Et soudain surgit face au vent / Le vrai héros de tous les temps / Bob Morane contre tout chacal / L’aventurier contre tout guerrier”.

Mais les aventures de Bob Morane, au-delà des bandes dessinées, d’un film, d’une série télévisée et de dessins animés, ce sont surtout 250 romans pour la jeunesse vendus à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires.

Tout commence en décembre 1953, avec la parution, dans la collection Marabout junior, de La Vallée infernale. Le héros, “chevalier des temps modernes”, est un ancien commandant de la RAF (pilote est une fonction commode pour se sortir de situations difficiles) de 33 ans. Pourquoi cet âge ? L’explication en est littéraire. Henri Vernes, grand admirateur de Blaise Cendrars, avait relevé que l’écrivain précisait toujours à la fin de ses livres : “A paraître : 33 volumes”.

Il ne faut pas oublier les compagnons de Bob Morane. Il y a le colosse écossais à tignasse rousse Bill Balantine, que n’effraient ni la bagarre ni le whisky, et le professeur Clairembart à la légendaire sagacité. Du côté des méchants évolue Monsieur Ming, alias “l’Ombre jaune”, ennemi mortel de Morane et de la civilisation occidentale, apparu en 1959 dans La Couronne de Golconde.

Pas un continent qui n’ait vu le sympathique aventurier résoudre une énigme ou affronter les dangers les plus variés, des hommes-léopards d’Afrique équatoriale à l’enfer vert d’Amazonie ; ce qui permet quelques détours du côté du fantastique ou de la science-fiction. Que de titres évocateurs ! Ainsi de Le Secret des Mayas, Sur la piste de Fawcett, L’Empereur de Macao, Les Géants de la Taïga, Les Chasseurs de dinosaures… Les couvertures bénéficient, en outre, d’une illustration de Pierre Joubert, le talentueux dessinateur d’ouvrages consacrés au scoutisme.

Si Henri Vernes ne se définissait pas lui-même comme un aventurier, sa vie fut loin d’être empreinte de banalité. Charles-Henri Dewisme – son vrai nom – est né le 16 octobre 1918 à Ath, en Belgique. A 19 ans, par amour, il s’embarque pour Canton (depuis Marseille, d’ailleurs) avec une riche chinoise de 16 ans son aînée ; là, il se retrouve sur une jonque hébergeant une maison close tenue par la mafia chinoise à laquelle appartient sa compagne ! Retour en Belgique et participation active à la Résistance au sein d’un réseau de renseignement. Un bon début pour celui qui va embrasser une carrière de journaliste et de grand voyageur. A 74 ans, il pataugeait encore dans la forêt guyanaise, de l’eau jusqu’à la ceinture, à la rencontre de tribus indiennes… Il est entré dans le petit Larousse dès 1997. 

Jeanne RIVIERE