Les salaires de la peur – Coronaphobie : la peur de la mort – partie 3

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Coronaphobie : la peur de la mort

« Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés », écrit La Fontaine dans sa fable « les
animaux malades de la peste ». Nous aussi nous sommes tous sidérés par le Coronavirus, comme
si nous ne pouvions détourner notre regard d’un serpent venimeux qui s’apprête à bondir sur
nous et nous fixe d’un œil implacable. Il n’y a pas d’armure contre le destin. La mort pose aussi
ses mains de glace sur le cou des puissants. Et c’est parce que nous avons clairement conscience
de l’affreux trépas solitaire que vivent les malades infectés du Coronavirus en phase terminale
que nous sommes terrifiés.
Lorsque nous croisons un congénère sans masque dans la rue, nous ne pouvons pas nous
empêcher de penser : « et si ses postillons me contaminent au passage que vais-devenir ? Vais-je
aussi mourir seul en décubitus ventral, intubé de part et d’autre, abandonné par ma famille et
mes proches à un sort funeste ? » Cet état d’esprit asphyxie notre joie de vivre et nous incite à des
précautions que nous n’avions jamais observées auparavant. Tel est l’abominable effet de la
« Coronaphobie »…

Vacances, argent, comptes bancaires, sorties, loisirs, matches de foot ou de rugby, tout nous
apparaît désormais dérisoire au regard de la menace invisible qui nous guette. Nous sommes
surpris par la révélation de notre fragilité. Ainsi se dispersent les fumées toxiques des illusions et
des polémiques illusoires. Le virus fera flamber nos impôts de demain, il va mettre à mal notre
épargne, il va faire exploser le chiffre des dépenses publiques et de la dette. Et après ?
Le slameur « Grand corps malade », dont le nom lui-même s’apparente à notre sinistre condition,
le dit fort bien dans son dernier chant : « Et si ce virus avait le don énorme de rappeler ce qui
nous est vraiment essentiel, les voyages, l’argent, les sorties ne sont plus la norme, et de nos
fenêtres on réapprend à regarder le ciel ».
On réapprend aussi à forger notre esprit critique. Lorsque, par exemple, on regarde dans une
vidéo la présidente de la commission européenne nous enseigner doctement comment nous laver
les mains « en neuf étapes » alors que l’Europe en confinement retient son souffle, on reste baba.
Lorsque la même présidente se permet, en pleine crise sanitaire, de commander une étude
détaillée sur les « fake-news », on a tendance à se dire : c’est ça l’Europe ?
Lorsque la Tchéquie confisque au passage les masques destinés par Pékin à l’Italie, lorsque le
Premier ministre des Pays-Bas se permet de faire la leçon à l’Espagne, lorsque Bruxelles inflige à
l’Italie une amende journalière pour « soutien aux hôtels de Sardaigne qui faussent la
concurrence » alors qu’elle peine à enterrer ses 20 000 morts, lorsque la Chine et la Russie volent
au secours de l’Italie, on ne peut pas s’empêcher de penser : c’est donc ça l’Europe ?
En vérité, nous nous apercevons avec stupéfaction que l’Union Européenne et le marché unique
ont été conçus pour un monde sans nations et sans tragédies. Les eurosceptiques, tels que la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie et la Pologne n’attendent plus rien de l’Europe et ils ont
apparemment mieux résisté que nous à la contamination, avec une poignée de morts seulement.
L’occasion historique qui se présente à nous est d’améliorer le fonctionnement du monde. La
mondialisation n’a été heureuse que pour les pauvres des pays pauvres et pour les riches des pays
riches. Il y a maldonne. Les classes moyennes et populaires sont en pleine déconfiture : elles ont
le sentiment d’être déclassées et saignées à blanc. Après l’accumulation des peurs, après avoir
vaincu notre « Macrophobie », notre claustrophobie et notre Coronaphobie, nous pourrons enfin
nous pencher sur notre destin salutaire, celui qui implique une révolution mondiale de la
responsabilité.
Il nous faut changer les paradigmes de notre pensée et de notre mode de vie : l’infantilisme et
l’assistanat sont morts eux aussi du Coronavirus. Balayés, oubliés. Le progressisme, la bien-
pensance socialiste, le politiquement correct, le féminisme hystérique, sont malades et
condamnés à brève échéance. Les allocataires du crétinisme et les bons apôtres du victimisme
sont invités à passer au large. La restauration de la nation française va commencer par une
réforme sensationnelle que tous les Français applaudiront des deux mains après l’avoir trop
longtemps dédaignée : elle consistera à rémunérer très correctement tous les « transparents de la
République », soignants, infirmières, médecins, éboueurs, agriculteurs, instituteurs, professeurs,
policiers, surveillants pénitentiaires, pompiers, ambulanciers, livreurs, boulangers et bouchers,
etc.
Certains d’entre eux ont risqué leur vie pour nous : nous ne pourrons jamais l’oublier.

José D’ARRIGO
Rédacteur en Chef du « Méridional »