“La Dame au cabriolet”, un polar savoureux qui fait étape à Marseille

© Serge Safran éditeur

Ce n’est pas seulement parce qu’elle décide de faire une pause à Marseille que l’on apprécie la fringante détective privée du polar “La Dame au cabriolet”, de son nom complet Yvonne Vitti (dont elle déplore la connotation vieillotte…) Ce polar écrit à quatre mains par Dominique Guiou et Thomas Morales est un délice pour conjurer la fin nostalgique de nos étés trop courts.

On se laisse volontiers entraîner dans le tourbillonnement de la vie de l’héroïne, que son métier (après reconversion, elle était actrice auparavant – mais ce n’est que gain pour sa nouvelle profession) amène tout autant à fouiner dans les beaux quartiers parisiens qu’au fin fond de la Sologne, sans oublier des étapes de repos en Seine-et-Marne, à Marseille, donc, ou encore en Corse.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Yvonne Vitti ne se prend pas pour l’un de ces détectives imposants et hautains qui peuplent parfois les romans (et les bureaux de police, sans doute). Bien servie par son fameux cabriolet, sa fidèle “Saab 900 jaune poussin”, elle ne se laisse pas facilement démonter. Dans son activité où “la Covid n’a rien arrangé”, elle se trouve au cœur d’une affaire de grand banditisme où les millions d’une mallette rose sont fortement convoités par diverses parties.

Partageant avec son amie journaliste, Brigitte, la manie d’admirer les beaux hommes, elle aperçoit l’horizon de la cinquantaine avec un mélange de résignation et de cynisme.  Mais ne se laisse pas pour autant terrasser par les regrets : le meilleur remède contre les rêveries philosophiques ? Un bon verre de bourbon (ou de pastis, on sait s’adapter).

C’est à travers une langue pleine d’humour et de finesse que les auteurs font parler à la première personne notre héroïne nostalgique des chanteurs italiens des années 80. Le roman est truffé de petites phrases croustillantes : “Un privé qui prend une balle dans la tête, c’est comme la mise en examen d’un homme politique, les risques inhérents au métier” ; “Certains compulsent avant de s’endormir des magazines de bateaux, de voitures, de jardinage, des essais d’Eric Zemmour, lui c’étaient des catalogues de baignoires et de douches ultramodernes.”

Un ton sans fausse note pour un roman-polar drôle et un poil gouailleur.

Jeanne RIVIERE

“La Dame au cabriolet”, Dominique Guiou et Thomas Moralès, Serge Safran éditeur, juillet 2021, 16,90€, 160 pages.

Dominique Guiou est né à La Ciotat, a travaillé à Paris (journaliste au Figaro littéraire), et vit maintenant à Lille. Thomas Morales est journaliste indépendant et collabore à diverses revues telles que Causeur, Schnock ou Service Littéraire. Il est l’auteur d’une douzaine d’essais sur les Trente Glorieuses.