Benoît Payan : un maire abracadabrantesque

Les lampions de la fête sont éteints. La classe politique est fatiguée, les journalistes vont se coucher. Comme d’habitude, Marseille cède à son penchant viscéral, celui de l’alternance cyclothymique entre une phase d’euphorie et une période de dépression. Le propre de l’exaltation est de retomber après avoir atteint son apogée. Payan est là. Rubirola n’est plus là. Et voilà.

Un homme socialiste qui remplace une femme écologiste et 53 élus du Printemps marseillais trouvent cette permutation « normale », comme si la démocratie tenait davantage de la prestidigitation que du vote des citoyens ! Même Guy Teissier, le doyen LR de l’assemblée, en est resté baba. Lui qui aurait pu faire un putsch en juillet en intégrant Samia Ghali et ses neuf sièges dans le logiciel de la droite républicaine a eu le scrupule de ne pas tenter cette aventure qui aurait donné naissance à une assemblée ingérable. Il l’aurait fait d’autant plus volontiers qu’il a travaillé en bonne intelligence avec Mme Ghali dans diverses collectivités territoriales. Mais il semble que les surenchères de dernière minute aient fait pencher la balance dans l’autre sens…

Cette fois, avec 37 sièges seulement sur 101, la droite n’avait plus aucune fenêtre de tir. Il fallait simplement choisir entre ceux des Républicains qui faisaient le choix de l’engagement total en présentant la candidature de Catherine Pila, présidente du groupe LR, contre Benoit Payan, et ceux qui optaient pour la stratégie de l’évitement, considérant qu’il ne s’agissait plus d’une élection mais d’une « désignation ».

Ce sont les seconds, avec Martine Vassal, qui ont obtenu satisfaction car ils n’ont aucune vocation à jouer les utilités. Le discours un peu mélancolique de Guy Teissier a résonné comme le chant du cygne de la droite marseillaise des années Defferre. Guy Teissier, c’est un guerrier qui ferraille avec la Gauche depuis quarante ans.

Elu à maintes reprises député de Marseille, maire de secteur, puis président de la communauté urbaine, il aurait probablement été ministre si François Fillon n’avait pas été battu aux présidentielles. Sa longévité et son expérience du combat politique n’ont pas eu l’heur de plaire aux gauchistes et socialistes du nouveau conseil municipal qui ont émaillé son propos de cris hostiles. « Patientez cinq minutes, moi je devrai vous supporter cinq ans ! » a-t-il répliqué.

Le tapage a redoublé lorsque Guy Teissier a évoqué un « déni de démocratie » avec ce switch rocambolesque entre Rubirola et Payan. « Le courage était-il de rester ou de partir ? » a-t-il lancé à Mme Rubirola. Bonne question. Ségolène Royal elle-même a rejoint l’interrogation de Teissier en se demandant si la défection de la mairesse ne constituait pas un exemple déplorable pour les petites filles.

Une première adjointe low-cost ?

Il est vrai que la défection de Mme Rubirola aurait sans doute été plus pertinente si elle avait démissionné aussi du conseil municipal. Voilà qui aurait eu de la gueule. Sera-t-elle une première adjointe qui préfère le chant choral au lamento lancinant des citoyens ?

L’infortunée Catherine Pila a subi elle aussi le brouhaha ambiant des socialistes sectaires. « M. Payan ne sera pas élu, il sera désigné par ses amis au mépris du choix des électeurs, s’est-elle écrié, notre groupe ne veut pas cautionner cette mascarade ! Vous êtes un maire illégitime que les Marseillais n’ont pas élu et votre majorité est complice de cette trahison ! »

En réalité, la femme courageuse qui reste fidèle à ses convictions et affronte la tempête, c’est elle, c’est Catherine Pila. Cathy Pila est là ! Pour Stéphane Ravier, le « coup de force » (coup de fourbe ?) des socialistes ne va pas réconcilier les Marseillais avec la politique.

Il est vrai que d’emblée les socialistes ont renoué avec leurs vieux démons. Lorsqu’il s’est agi hier de désigner des scrutateurs de chaque groupe pour surveiller le vote unilatéral des conseillers, savez-vous qui Mme Ghali a choisi pour représenter son groupe « Marseille avant tout » ? Le dénommé Roland Cazzola, placé en garde à vue l’été dernier avec Marguerite Pasquini pour suspicion de fraudes aux procurations dans le 15/16…

Sitôt que l’affaire a éclaté, ces deux élus Ghalistes aux postes de 11eme et 22eme adjoint ont été privés de leurs délégations. Et voilà qu’on confie la police de l’audience à l’un d’entre eux : c’est plutôt rigolo. Comme les accords passés avec la princesse Ghali doivent être respectés, ils ont été remplacés par deux autres élus de sa liste : Hattab Fadhla et Hedi Ramdane qui sont devenus eux aussi comme par magie 22eme et 30eme adjoint !

Le socialisme triomphant, c’est ça. C’est aussi la promotion probable d’un proche de Payan au sein de son cabinet : M. Arnaud Drouot, précédemment chargé du bataillon des marins-pompiers…C’est aussi cet aveu sidérant du nouveau maire au cours de son allocution : « je suis un professionnel de la politique et je l’assume ». Bébé Guérini, bébé Carlotti et pour finir bébé Gaudin ! Peut-on imaginer meilleur apprentissage ?

Dans la catégorie des laissés pour compte, on peut citer Sébastien Barles, écolo pur et dur, certes, mais honnête homme et fidèle à ses convictions qui a commencé à avaler hier le rebord de son chapeau en étant relégué au poste de dixième adjoint, ce qui revient à dire que l’écologie sera la dixième roue du char avec Payan aux manettes !

Il l’a fait avec poésie et dignité en citant « La Rose et le Réséda » de Louis Aragon, comme s’il voulait déjà réconcilier les résistants qui croyaient au ciel de l’écologie et ceux qui n’y croyaient pas :

« Quand les blés sont sous la grêle,

Fou qui fait le délicat,

Fou qui songe à ses querelles,

Au cœur du commun combat ».

José D’Arrigo

Rédacteur en Chef du « Méridional numérique »

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