Il y a des nuits qui font basculer l’histoire. Celle qu’a vécue Caracas, dans la nuit du 2 au 3 janvier, en fait peut-être partie. Explosions, survols d’avions à basse altitude, frappes ciblées : selon les journalistes de l’AFP présents sur place, la capitale vénézuélienne s’est réveillée dans un chaos que nul ne parvient encore à décrire avec certitude. Trop d’informations contradictoires, trop de brouillard de guerre. Au cœur de cette tempête, une déclaration sidérante : le président américain Donald Trump affirme que les forces des États-Unis ont mené une opération de grande envergure, allant jusqu’à annoncer la capture et l’exfiltration du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse. Caracas dénonce une « agression militaire » et proclame l’état d’urgence. Le monde retient son souffle.
Derrière l’escalade militaire et les postures politiques, une justification revient avec insistance depuis des années à Washington : le narcotrafic. Et c’est là que la question mérite d’être posée sans détour.
Car le Venezuela n’est pas un grand pays producteur de cocaïne. La feuille de coca pousse ailleurs, principalement en Colombie, au Pérou ou en Bolivie. Le rôle du Venezuela est différent, mais crucial : celui d’un pays de transit stratégique, coincé entre les zones de production andines et les marchés de consommation des Caraïbes, de l’Amérique du Nord et de l’Europe.
Ses longues frontières poreuses, ses milliers de kilomètres de côtes, certaines régions hors de contrôle étatique en ont fait un corridor idéal pour les cargaisons illégales. Depuis le début des années 2000, des accusations lourdes, et hautement politisées, visent des responsables politiques et militaires vénézuéliens. Le terme de « Cartel de los Soles » circule, désignant de présumés réseaux impliquant de hauts gradés de l’armée. Des accusations que le régime de Caracas rejette en bloc, dénonçant une instrumentalisation.
Ces dernières années, toutefois, des arrestations d’anciens dirigeants ou de responsables sécuritaires vénézuéliens à l’étranger ont renforcé l’idée que le narcotrafic ne serait pas seulement toléré, mais parfois intégré à des mécanismes de pouvoir. Le trafic nourrit la corruption, la violence, et alimente une économie parallèle qui prospère sur l’effondrement de l’État.
Dès lors, faut-il « attaquer la source » ? Sur le principe, peu contestent la nécessité de lutter contre les réseaux de drogue à leur point d’ancrage politique et logistique. Le narcotrafic n’est pas un simple délit : c’est une industrie criminelle transnationale qui déstabilise des régions entières, finance des groupes armés et ruine des générations.
Mais la méthode pose question.
Peut-on combattre un crime global en violant le droit international ? Peut-on prétendre défendre la démocratie en recourant à la loi du plus fort ? Comme l’a résumé Renaud Muselier, sur les réseaux sociaux, après avoir volé son élection présidentielle, Maduro a trouvé plus fort que lui : Donald Trump, l’a carrément kidnappé dans son pays. L’équilibre mondial se transforme en loi du plus fort, c’est très loin de ma vision du monde et de la démocratie. Sauvons notre civilisation ! L’équilibre mondial se transforme en loi du plus fort. Et cette loi-là, est aux antipodes de l’idéal démocratique que l’Occident prétend incarner.
Frapper un régime soupçonné de collusions avec le narcotrafic ne signifie pas frapper juste. Une intervention militaire, surtout lorsqu’elle est unilatérale, risque d’aggraver le chaos, de renforcer les réseaux criminels qu’elle prétend détruire, et de faire payer le prix fort à la population civile déjà exsangue après des années de crise économique et de sanctions.
Le narcotrafic est un problème systémique. Il prospère sur la misère, la corruption, la demande mondiale de drogue et l’hypocrisie collective. S’attaquer à la « source » ne peut se limiter à des frappes spectaculaires ou à des opérations coups de poing. Cela exige coopération internationale, justice indépendante, lutte contre le blanchiment, et surtout cohérence politique.
Sinon, le risque est grand que cette nuit d’explosions à Caracas ne soit pas le début de la fin du narcotrafic… mais un nouvel épisode de la brutalisation du monde.
Et ce monde-là, à l’évidence, n’est pas celui que nous voulons sauver.
Philippe Arcamone








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