
Depuis 2016, le journaliste marseillais Julien Wachowski s’est spécialisé dans l’audiodescription. Il commente le sport, et principalement l’OM au stade Vélodrome, pour les personnes déficientes visuelles.
Casque sur les oreilles, micro devant la bouche, un écran de contrôle à proximité, quelques notes griffonnées sur un carnet, Julien Wachowski prend place tout en haut de la tribune de la presse du stade Vélodrome.
Comme tous journalistes accrédités, le Marseillais de 30 ans commente chaque match de l’OM. À une différence près : lui ne relate pas les exploits des Olympiens pour un média traditionnel, mais propose un commentaire à destination des personnes en situation de handicap visuel (aveugles, mal et non-voyants).
« Le cœur de notre démarche, c’est de leur donner à voir de qu’il se passe dans le stade, et ainsi faire en sorte que les stades soient plus accessibles », explique celui qui a fondé l’association W Sports, spécialisée dans l’audiodescription. Une niche dans laquelle lui s’est tourné dès 2016, à l’occasion de l’Euro de football en France.
Du pain sur planche ce dimanche pour le retour de l’OM, en crise, au Vélodrome
Ce dimanche soir, alors que l’OM recevra Toulouse (20h45) en Ligue 1, Julien Wachowski aura certainement plus de travail que d’habitude : l’Olympique de Marseille est en crise et reste sur quatre défaites en cinq matchs.
Roberto De Zerbi a sanctionné ses joueurs samedi soir au retour de Reims (3-1) en les contraignant à dormir à la Commanderie au lieu de rentrer chez eux et en supprimant deux jours de repos.
L’accueil du public du Vélodrome sera donc certainement musclé, voire glacial, ce dimanche et les banderoles vindicatives devraient garnir en nombre les Virages. Cette grogne, alors que la place de l’OM sur le podium est menacée, Julien Wachowski et son binôme auront à la décrire avec précision et conviction auprès de leur auditoire.
L’idée est de ne rien louper. Ça ressemble un petit peu à ce qu’on peut entendre à la radio ou à la télé, sauf que nous allons vraiment tout décrire, tout détailler
« L’idée est de ne rien louper, précise le jeune trentenaire. Ça ressemble un petit peu à ce qu’on peut entendre à la radio ou à la télé, sauf que nous allons vraiment tout décrire, tout détailler. »
L’audiodescription consiste ainsi à donner du corps aux commentaires. « On va parler d’une coupe de cheveux originale, une couleur de crampons, ajoute le journaliste, parce que si ça nous marque, nous, ça pourrait marquer n’importe qui. On doit vraiment décrire tous les éléments remarquables. »


Techniquement, comment ça fonctionne ?
Située dans les zones dédiées appelée PMR (pour Personnes à mobilité réduite), en tribunes Ganay ou Jean-Bouin seulement, la vingtaine de supporters (maximum) aveugles ou malvoyants se font fournir un casque audio sur simple demande auprès d’agents du stade, dès leur arrivée.
Rien de plus simple ensuite : comme au musée, les fans de l’OM glissent les écouteurs dans leurs oreilles pour bénéficier des commentaires. « On s’attache aussi à livrer des anecdotes, comme pour un commentaire classique, mais surtout nous devons expliquer où se trouve le ballon, toujours, tout le temps, où est-ce qu’il va et pourquoi il y a but. L’idée, c’est que nos auditeurs comprennent. »
Hors question de s’absenter ou de louper une action : « Si on est en retard, ça ne marche plus, il faut être vraiment dans le direct, à fond, et être le plus précis possible », dit-il.
Ce dispositif est renforcé de plus en plus souvent par l’ajout d’une tablette tactile (Touch 2 See), largement utilisée l’été dernier pendant les Jeux olympiques et paralympiques de Paris : grâce à un système de caméras et de datas, elle reproduit les mouvements du ballon en direct et permet de ressentir l’intensité du jeu par un système de vibration.

Photo B.G.
Les Jeux de Paris, un accélérateur dans l’accessibilité
Justement, Julien Wachowski bénéficiait l’été à Paris du « bureau le plus Instagrammable des Jeux » : sur le Champ-de-Mars, il commentait pour ASA France le cécifoot au pied de la Tour Eiffel. Selon lui, les JOP ont été un accélérateur pour démocratiser l’accessibilité au plus grand nombre.
« Les gens se sont rendus compte des manques de dispositifs et que l’audiodescription est système qui fonctionne, qui attire du monde et qui permet de donner un peu plus de valeur à ce qui se passe, remarque-t-il. Les supporters aveugles ou malvoyants ont été pris en compte pendant ces JO et aujourd’hui, ils tolèreront moins qu’on ne les accepte pas dans les lieux de sport. »
Si Lille, Lens, Lyon, Toulouse et récemment Montpellier (en partenariat avec W Sports) se sont mis à l’audiodescription en Ligue 1, l’OM « fait partie des clubs précurseurs en France », en proposant ce dispositif depuis 2017.
« Les Marseillais sont des habitués, ils savent qu’ils ont cette offre, ils en profitent et s’amusent, assure Julien Wachowski. Nous, les audiodescripteurs, on les prend un peu à partie et on sait ce qu’ils attendent de nous et ce qui leur plaît. On se permet beaucoup de légèreté, c’est ce qui fait aussi qu’ils ont envie de revenir. »
Bientôt à Provence Rugby, au PAUC et aux Spartiates ?
Fort de ces liens, Julien Wachowski et son association (une douzaine d’intervenants) sont en pleine expansion : « On a pour ambition de grandir à l’échelon local mais aussi national ».
Ils ont trouvé un accord avec la Métropole Aix-Marseille pour oeuvrer à Aix sur le rugby (Provence), le water-polo (PAN), le handball (PAUC) et le volley féminin (PAVVB). Reste à en « définir les contours » et planifier le début de leur intervention. La saison prochaine ?
Un test sera mené fin avril avec les filles du Paris 92 (handball). Les Spartiates de Marseille (hockey sur glace) et le Rugby Club Toulonnais pourraient être les prochains sur la liste ; deux bastions qui déplacent les foules. « On sait qu’il y a du monde, un vrai public et on a vraiment à coeur de faire vivre des belles et des grandes ambiances aux supporters », souligne Julien Wachowski.
Benoît Gilles
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