Ligne à très haute tension : un impact sous-estimé sur l’avifaune ?

Les grues cendrées, oiseaux protégés, sont les plus représentées dans le ciel de Crau et de Camargue et seraient menacées de collision avec les lignes électriques haute tension. Crédit Clément Pappalardo

Le projet de ligne à très haute tension en Camargue et en Crau, qui suscite de vives contestations, sera au cÅ“ur de la grande consultation sur la réindustrialisation et la décarbonation du territoire de Fos et de l’étang de Berre. Les défenseurs de l’environnement pointent son impact sur la biodiversité, notamment à travers un comptage d’oiseaux sur le tracé traversant des zones protégées.

Le projet de ligne électrique à très haute tension (THT) entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) vise à la décarbonation des activités industrielles fosséennes. Le collectif Stop THT exprime cependant toujours son désaccord : « En l’état, ce projet n’est pas acceptable, confie Jean-Luc Moya, le porte-parole du collectif. Entre autres raisons, parce que c’est un espace exceptionnel de biodiversité ». Et pour le prouver, l’association Nacicca (Nature et citoyenneté Crau Camargue Alpilles), membre du collectif, a lancé une campagne de dénombrement d’oiseaux.

Deux premiers comptages ont déjà été réalisés à des points très précis. Les observateurs ont en effet choisi de se positionner sur le Fuseau à Moindre Impact (FMI). Cette zone, définie par RTE, porteur du projet, serait celle qui porterait le moins de préjudices environnementaux, sociaux, agricoles, paysagers, économiques et touristiques. Ce tracé avait été validé par le préfet de région Christophe Mirmand en septembre dernier pour l’implantation des 180 pylônes électriques.

Pour compléter les données, deux autres comptages devraient être réalisés au printemps pour tenir compte des différentes saisons de passage de l’avifaune.

Les données transmises à RTE

Lors du dernier comptage, fin janvier, « en seulement 3h30 d’observation, c’est un total de 26 712 individus de 33 espèces différentes qui a été observé dans le fuseau dit de moindre impact (FMI) », communique l’association Nacicca.

Ce jour-là, 60 bénévoles se sont réparti 19 points d’observation pour constater le survol des espèces ciblées, au plus fort de la période d’hivernage. Ces chiffres confirment selon eux « les déplacements incessants des oiseaux » sur le tracé de la ligne THT. « Les grues cendrées sont les plus représentées » sur le dernier comptage réalisé par l’association avec plus de 17 000 individus observés.

Ce sont aussi un grand nombre d’autres oiseaux protégés qui ont traversé le ciel ce jour-là : cigognes, ibis ou rapaces. Des oiseaux imposants qui posent la question des risques de collision avec les lignes électriques.

L’association indique que les données récoltées seront transmises au Museum national d’histoire naturelle. « Il centralise et rend publiques les données naturalistes en France. Elles seront également transmises à RTE pour leur faire prendre conscience que le fuseau qu’ils appellent ‘de moindre impact’ a au contraire un fort impact vis-à-vis de l’avifaune. Cette ligne traverserait la Camargue, première zone humide de France et mondialement reconnue pour la richesse de son avifaune, y installer une telle infrastructure va à l’encontre de décennies de mesures de protection. »

La ligne a pour objectif d’apporter la puissance nécessaire pour satisfaire la demande en électricité projetée à l’horizon 2030 pour la décarbonation de l’industrie. © M.B.

Quelles alternatives possibles ?

L’objectif étant donc d’alimenter le dialogue entre le chef de projet RTE et le collectif qui veut trouver une autre solution. « Nous ne sommes pas des opposants dogmatiques au projet. Mais on veut que des solutions innovantes soient trouvées », assure Jean-Luc Moya. Une solution notamment défendue par le collectif Stop THT serait la possibilité d’enfouir les câbles électriques.

Le projet de ligne 400 000 volts fait partie des grands projets de réindustrialisation et décarbonation sur le territoire de Fos et les territoires connexes. A ce titre, il bénéficie d’une concertation préalable avec la population.

La CNDP (Commission nationale du débat public), sollicitée en janvier dernier par les préfets des Bouches-du-Rhône, des Alpes-de-Haute-Provence et du Gard, organiser depuis hier une consultation inédite avec la société civile et les représentants des entreprises concernées pour qu’elle puisse participer à la définition d’une vision d’ensemble sur la stratégie d’aménagement.

Marlène Berges