À Fos, l’État cherche encore la bonne gouvernance pour piloter l’industrialisation

Site de Kem One à Fos-sur-Mer. © N.K.

De Marcegaglia à Kem One, Marc Ferracci a pu mesurer l’ampleur des mutations industrielles à l’œuvre dans le Golfe de Fos. Mais à l’heure où les projets se multiplient, la gouvernance, elle, se cehrche encore. GIP, OIN… ? Le ministre reconnaît qu’il faudra trancher, alors qu’un débat public inédit s’ouvrira en avril 2025 pour éclairer l’avenir du bassin.

En visite à Fos-sur-Mer ce mercredi, Marc Ferracci, ministre délégué chargé de l’Industrie, a enchaîné deux haltes symboliques : Kem One, où il a assisté au lancement du projet Elyse, et Marcegaglia, sidérurgiste italien bien implanté dans la zone industrialo-portuaire. Deux sites emblématiques des mutations en cours dans le Golfe de Fos, et une même question posée avec insistance : qui pilote vraiment la dynamique industrielle du territoire ?

Interrogé par Le Méridional sur la création d’un GIP (Groupement d’intérêt public) ou d’une OIN (Opération d’intérêt national), le ministre n’a pas fermé la porte. « Une réunion interministérielle se tient en ce moment même à Paris sur ce sujet, preuve que l’État prend la question à bras-le-corps. Je ne préempte pas la forme juridique, mais il faudra bien une structure claire pour mettre en Å“uvre la feuille de route industrielle que nous avons signée à Marseille [signée jeudi 27 février à l’Hôtel de Région, ndlr] », a-t-il répondu. Les acteurs économiques du territoire penchent, quant à eux, pour un Groupement d’intérêt public.

L’enjeu de la ligne THT 400 000 volts

Pour le ministre, cette structuration devra aller de pair avec l’acceptabilité sociale. Il a évoqué le débat public qui s’ouvrira en avril sur les futurs projets de la zone, dont la ligne à très haute tension, comme un outil essentiel pour informer et associer les habitants et les élus locaux.

Le projet de ligne THT porté par RTE prévoit une liaison aérienne de 400 000 volts sur 65 km entre Fos (poste de Feuillane) et Jonquières (Gard), pour accompagner le doublement de la demande électrique dans la zone. Fin septembre 2024, le préfet coordinateur l’ancien préfet de région, Christophe Mirmand a validé un « fuseau de moindre impact », contournant Arles et Beaucaire par l’ouest, avec passage par une portion du parc naturel de Camargue.

Pour le ministre, il faudra aussi répondre aux besoins fondamentaux des industriels. Et en premier lieu, l’énergie. « Comment fournir à nos industriels des prix de l’électricité compétitifs ? Comment leur faire parvenir une source de consommation électrique de manière stable, de manière pérenne ? » a-t-il évoqué, rappelant que la future ligne THT devait précisément répondre à cette exigence.

Mais la contestation reste vive. Plusieurs maires (Arles, Beaucaire), syndicats agricoles et collectifs citoyens dénoncent un manque de transparence, des impacts mal évalués, et une concertation jugée superficielle. Des recours juridiques sont déjà envisagés. Le fuseau validé a ouvert néanmoins une nouvelle phase : étude sur l’enfouissement, concertation agricole, évaluation de la demande future… et surtout, débat public global à venir.

Un débat public global inédit à l’échelle du bassin de Fos

En effet, à partir du 2 avril 2025, un débat public inédit en France s’ouvrira à l’échelle du bassin de Fos-étang de Berre. Organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP), il portera sur une quarantaine de projets à l’horizon des huit prochaines années. Il s’agit de permettre une vision d’ensemble des besoins en énergie, emploi, transport, logement, risques, environnement ou encore formation. Et éviter l’émiettement des concertations au cas par cas.

Le territoire de Fos résume à lui seul l’équation nationale : souveraineté industrielle, urgence climatique, accélération énergétique et pression démocratique. L’enjeu, désormais, est de créer la structure capable de faire atterrir tous ces projets dans un calendrier resserré, sans casser le lien avec les élus, les habitants et les industriels.

> Plus d’informations à venir sur Le Méridional dans notre article complet sur la visite ministérielle.

N.K.