La CinéMaBase, l’actrice incontournable du cinéma marseillais

À Marseille, un ancien hangar industriel devient le cÅ“ur battant de la production cinématographique. La CinéMaBase, réinvention audacieuse d’un site de 4000 m², se transforme en véritable laboratoire pour le cinéma, où l’innovation et la flexibilité se rencontrent pour répondre aux besoins d’un secteur en constante évolution.

Derrière les portes de la CinéMaBase, le décor change constamment. Entre les murs de cet ancien site industriel marseillais de 4000 m², la magie du cinéma opère. Depuis son ouverture en novembre 2023, dans le quartier du Canet (14e), ce centre logistique est devenu le point de rencontre de centaines de techniciens, producteurs et créateurs.

42 productions (longs-métrages, séries, publicités) y ont déjà trouvé leur terrain de jeu, preuve que la structure a trouvé sa place dans un écosystème audiovisuel en pleine expansion.

Et pour cause. L’endroit, stratégiquement situé aux portes de Marseille, a été pensé pour s’adapter aux exigences du cinéma moderne : un entrepôt devient studio, une salle de réunion se transforme en atelier, un espace de stockage s’improvise décor. Loin de l’image figée d’un lieu de passage, la CinéMaBase est une pépinière de projets où la logistique se fait sur-mesure. À travers cette souplesse d’aménagement, ce site atypique parvient à répondre aux besoins variés des productions locales et internationales, des grands projets aux petites équipes.

Accessoires pour la préparation d’une publicité pour un supermarché. © N.K.

Une activité en pleine effervescence

En 2024, ce ne sont pas moins de 385 techniciens qui ont été mobilisés, du décorateur au menuisier en passant par l’électricien et le costumier… Une activité qui a permis à cette petite fabrique du cinéma de cumuler 838 jours d’utilisation. Même si 70% des projets sont de courte durée (moins de 10 jours) – à l’image de la préparation d’une publicité pour un supermarché le jour de notre venue – cela ne fait qu’ajouter à la dynamique rapide et efficace du site.

Il y a encore quelques jours, soixante personnes étaient à l’œuvre, créant simultanément les décors et costumes pour la saison 2 de Pax Massilia, d’Olivier Marchal, et pour Tout pour la lumière, de Nicolas Herdt (TF1 et Netflix). « On peut accueillir jusqu’à six productions en même temps en fonction de leur dimension », note Erika Wicke De Haeck, présidente de l’Association Régionale des Techniciens du Sud-Est Cinéma Audiovisuel (A.R.T.S.), gestionnaire de l’équipement.

Parmi les productions notables, on retrouve Marius et les Gardiennes de la Cité Phocéenne, un long-métrage réalisé par Tony Datis, La Mer au Loin, une série TV produite par Barney Production ou encore Les Condés, écrit et réalisé par Ryad Montel et Nordine Salhi. « La CinéMaBase est essentielle pour notre secteur, livre Ryad, producteur chez Hyper Focal Movie. C’est un véritable vivier où l’on rencontre des prestataires avec qui on collabore. C’est un lieu où l’on peut louer des espaces pour travailler ou pour faire travailler des équipes comme celles de la déco, des costumes ou du stockage. Tout se lie et tout le monde trouve un pied à terre pour réaliser son projet. »

Ryad Montel, producteur chez Hyper Focal Movie, et réalisateur du film Les Condés, aux côtés de Erika Wicke De Haeck, présidente de l’Association Régionale des Techniciens du Sud-Est Cinéma Audiovisuel (A.R.T.S.), gestionnaire de l’équipement et Gaby Charroux, vice-président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, délégué à la Filière Cinéma et à l’industrie créative. © N.K.

Les milliers de techniciens du territoire à l’œuvre

Christelle, cheffe peintre, ne dira pas le contraire. Alors qu’elle s’affaire à peindre des poutres en blanc pour un décor, elle témoigne elle-aussi qu’il s’agit « d’un véritable lieu de vie indispensable qui manquait dans la région ». Elle y trouve un espace « de partage et de solidarité ».

Comme elle, « des milliers de techniciens du spectacle sont présents sur le territoire, prêts à travailler sur des productions, observe Gaby Charroux, vice-président de la Métropole Aix-Marseille-Provence, délégué à la Filière Cinéma et à l’industrie créative. Ces professionnels, qu’ils soient menuisiers, peintres ou costumiers, constituent un vivier local de talents, renforçant ainsi l’attractivité du site pour les projets cinématographiques. »

Christelle, cheffe peintre. © N.K.

« Le cinéma crée de l’emploi et génère de la richesse », plaide-t-il. La CinéMaBase, en ce sens, joue un rôle clé en tant que levier pour l’insertion professionnelle, particulièrement grâce à l’accompagnement des jeunes apprentis, « qui trouvent ici une réelle opportunité pour développer leurs compétences, aux côtés des techniciens du territoire déjà hautement qualifiés. Notre objectif est clair : faire de Marseille un pôle incontournable pour les métiers du cinéma, tout en soutenant l’emploi local, » poursuit l’élu métropolitain, également maire (PC) de Martigues, où Provence Studios a su s’imposer comme un acteur majeur du paysage cinématographique, tant en France qu’à l’international.

La CinéMaBase semble offrir une stabilité indéniable, du moins pour l’instant, en réunissant les conditions nécessaires à l’émergence d’une véritable chaîne de production locale. Mais au-delà des décors et des caméras, ce sont avant tout les femmes et les hommes, souvent dans l’ombre, qui alimentent et font tourner les rouages de l’industrie.

Ce sont eux qui donnent toute sa force à ce projet, qui prend ses racines il y a plusieurs années. « Nous voulions prouver aux institutions qu’un espace comme celui-ci était essentiel. Il manquait cruellement pour les techniciens du secteur, » confie David Piechaczek, régisseur général de la CinéMaBase et l’une des chevilles ouvrières du projet. « En 2006, j’ai récupéré la maternité de la Belle de Mai, que nous avons utilisée jusqu’en 2011. Puis nous avons occupé la caserne d’Aurelle jusqu’en 2021. Mais il était devenu évident qu’il nous fallait un lieu plus adapté, plus pérenne. Lorsque nous avons montré aux institutions qu’il était temps de structurer véritablement ce secteur, elles ont compris. »

David Piechaczek, régisseur général de la CinéMaBase et l’une des chevilles ouvrières du projet. © N.K.

Un avenir à écrire

Aujourd’hui, la CinéMaBase incarne ce qu’on pensait impossible il y a quelques années. « On nous a proposé d’autres sites, mais aucun n’était à la hauteur, » raconte David Piechaczek, régisseur général du projet. « J’avais loué ce hangar pour un gros projet, Transatlantique, Histoire de Varian Fry. Tous les décors ont été réalisés ici », poursuit celui qui se décrit comme « le plus gros CV films américains de ses 25 dernières années ».

Puis est arrivé Marseille en Grand, avec l’enthousiasme d’un plan de l’État, mais aussi la promesse d’une transformation en profondeur. Un million d’euros de l’État, 90 000€ par an de la Métropole, voilà la somme investie pour faire vivre ce centre logistique. Une aide reconduite cette année, consolidée par une nouvelle convention entre la Métropole et l’A.R.T.S. (Association Régionale des Techniciens du Sud-Est), signé lundi 17 mars.

Reste que si la CinéMaBase veut écrire son histoire dans le paysage du cinéma marseillais, le bail signé avec Euroméditerranée, qui expire en 2027, est le dernier acte à négocier. Sans prolongation, cette petite usine du cinéma risque de se heurter à un clap de fin prématuré, avant même d’avoir eu l’opportunité de dévoiler son véritable potentiel d’actrice incontournable marseillaise.

Narjasse Kerboua