L’armée prépare le terrain pour son futur hôpital dans le nord de Marseille

L’Hôpital Militaire de Laveran s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. D’ici 2031, il quittera son site historique pour s’installer à Sainte-Marthe. Ce déménagement vise à moderniser les infrastructures médicales des forces armées et à renforcer leur capacité d’accueil en temps de crise. Études d’impact, acquisitions foncières et appels d’offres sont en cours pour tenir un calendrier ambitieux.

Le vieux fortin hospitalier de Laveran se prépare à rendre les armes. L’établissement militaire de Marseille, témoin d’une médecine sous uniforme depuis plus d’un siècle, va plier bagage dans quelques années direction Sainte-Marthe. Un redéploiement sur un terrain appartenant à l’armée qui se prépare avec soin. Derrière ce transfert, un projet d’envergure : un hôpital flambant neuf, calibré pour absorber les blessures d’hier comme celles de demain.

355 lits, extensibles à 400 en cas de crise, 14 blocs opératoires, et une infrastructure pensée pour gérer des flux massifs de blessés. L’objectif ? Un hôpital militaire dernier cri, connecté aux réalités opérationnelles d’aujourd’hui, qu’il s’agisse de conflits extérieurs ou d’événements sanitaires majeurs et qui soigne bien au-delà du personnel militaire.

« Entre 70 et 80 % des patients que nous accueillons n’ont aucun lien avec le ministère des Armées », rappelle le médecin-chef de Laveran, Medhi Ould-Ahmed, à l’occasion d’une présentation du projet aux partenaires associatifs du 13-14e arrondissement de Marseille. Cette ouverture au civil sera renforcée à Sainte-Marthe, avec un retour de spécialités clés : neurologie, oncologie, urgences renforcées.

Le projet architectural sélectionné début 2027

Mais à quoi peut ressembler une telle machine de guerre ? Les premières perspectives ne seront pas visibles avant encore plusieurs mois : « Nous avons déjà lancé l’appel d’offres pour trouver le groupement (constructeur et architecte) qui construira cet hôpital. Trois équipes seront sélectionnées, et chacune proposera son projet architectural et le lauréat sera désigné début 2027 », explique le colonel Didier Roux, ingénieur en chef de 1er classe.

L’armée pense aux blessés, mais aussi aux embouteillages. L’hôpital militaire ne peut pas fonctionner sans un réseau d’accès fluide. L’implantation de l’hôpital sur le site de Sainte-Marthe a nécessité une réflexion approfondie qui doit encore s’affiner. L’entrée principale se fera par le boulevard Barrelier et la rue Queilliau, avec des voies distinctes pour les urgences, la logistique et le personnel.

Un parking silo – d’une capacité de 700 places – avec une possibilité d’extension à 300 – viendra désengorger la zone et éviter le stationnement sauvage aux abords du site. « Les études ont démontré que cette solution était la plus adaptée », précise le colonel.

La Métropole et la Région travaillent également sur une amélioration des dessertes en transports en commun (voies de bus, accès à la gare, gestion des fluxs provenant de la L2…), afin de limiter la dépendance à la voiture individuelle et de faciliter l’accès au personnel, (1300 soignants) et aux visiteurs.

Pour le personnel, l’accès sera automatisé, avec un contrôle rapide à l’entrée via un système de barrière solaire. Pour les patients, l’objectif est d’éviter un report du trafic sur le boulevard Barrellier. « Ceux qui arrivent en voiture entreront directement dans le parking silo, où ils seront contrôlés avant d’accéder à l’hôpital. » Plus à l’est, des bâtiments annexes verront le jour comprenant entre autres une crèche de 60 berceaux et de l’hébergement.

Entre études et transactions foncières pour optimiser le site

Pour permettre l’installation du futur hôpital, l’État a mené des négociations foncières avec la Ville de Marseille. Une parcelle de 5000 m2, inutilisée, comprenant une ancienne école, a été cédée par la municipalité. Cette transaction permet de libérer l’espace nécessaire à l’hôpital tout en optimisant son intégration dans le quartier. La Métropole de son côté validé l’acquisition en janvier 2025 d’une parcelle appartenant à la société Ricard, utilisée comme parking.

L’implantation du nouvel hôpital à Sainte-Marthe nécessite une adaptation aux contraintes environnementales. Situé à proximité du bassin des Aygalades, le site devra répondre aux normes de prévention des inondations. « Nous avons pris en compte plusieurs paramètres : le trafic ben sûr, la gestion des risques d’inondation, l’intégration dans le tissu urbain et l’impact sonore. L’Autorité environnementale rendra son avis en avril 2025. Si nécessaire, une concertation publique sera organisée », poursuit colonel Didier Roux.

L’hélisurface, qui permettra l’évacuation des blessés en urgence, fera l’objet d’une étude spécifique pour limiter les nuisances sonores. L’impact du projet sur la circulation et l’artificialisation des sols sera également scruté : afin de limiter au maximum l’artificialisation du site, nous avons intégré un maximum d’espaces verts pour favoriser l’infiltration naturelle des eaux.

Réunion de présentation du futur hôpital national d’instruction des Armée de nouvelle génération (HNIA) © Alain Robert

Un projet stratégique pour les Armées et Marseille

Une implantation qui n’avait rien d’évident car Laveran fait partie du paysage médical marseillais depuis des décennies, et son déménagement a soulevé des questions sur l’avenir de l’offre de soins dans le secteur nord de la ville. « Nous nous sommes battus pour qu’il reste ici, à Marseille », rappelle Marion Bareille, maire (DVD) des 13e et 14e arrondissements. « Son transfert à Sainte-Marthe est une nécessité, mais aussi une opportunité. L’hôpital sera plus moderne, mieux adapté aux besoins, et il continuera à jouer un rôle central pour les habitants. »

Avec ce nouvel établissement, Marseille accueillera le quatrième hôpital militaire de France, après ceux de Toulon et des deux établissements parisiens. « Cet investissement stratégique est essentiel pour les armées, mais aussi pour Marseille », souligne le gouverneur militaire Thierry Laval. « Ce projet structurant renforce notre capacité opérationnelle et l’offre de soins. Il illustre aussi les investissements massifs que l’État engage dans la ville. »

En effet, ce projet constitue le deuxième plus grand chantier immobilier inscrit dans la Loi de programmation militaire (LPM). Une ambition qui se traduit aussi par un investissement conséquent : le coût total du futur hôpital est estimé à 350 millions d’euros, une enveloppe qui ne suffira cependant pas à couvrir l’ensemble des besoins.

« La facture est en réalité plus élevée que ce qui est inscrit dans la loi de programmation militaire », précise ajoute Matthieu Lacaille, délégué régional Paca et Corse de la Direction des territoires, de l’immobilier et de l’environnement du ministère des Armées. « Cet investissement devra être complété par d’autres sources de financement. Nous devons aller chercher des contributions auprès des collectivités territoriales associés au projet – la Région, la Métropole, la Ville de Marseille – ainsi que de l’Agence régionale de santé (ARS) et pourquoi pas des financements étrangers dans le cadre de nos alliances militaires par exemple. »

Le calendrier est fixé : finalisation des études en 2025, premiers travaux préparatoires en 2026, sélection de l’équipe architecturale et du constructeur début 2027, démarrage du chantier en 2028, ouverture prévue en 2031. Laveran restera en activité durant toute cette période. Réhabilitation en hébergement pour accueillir les 400 familles de futurs soignants, rachat par un investisseur privé… son futur destin n’est pas encore scellé. En 2032, il laissera place à un hôpital de nouvelle génération, taillé pour répondre aux crises et aux défis sanitaires de demain.

Narjasse Kerboua