La fonction de préfet de police disparaît à Marseille. Avec le départ de Pierre-Édouard Colliex, le préfet de région Georges-François Leclerc hérite d’un dispositif unifié, actant une réforme administrative majeure.
C’est la fin d’une exception administrative vieille de douze ans. En décidant de ne pas nommer de successeur à Pierre-Édouard Colliex, muté dans le Jura, le gouvernement acte la disparition de la fonction de préfet de police de plein exercice dans les Bouches-du-Rhône. Désormais, la sécurité dans le département est intégralement placée sous l’autorité de Georges-François Leclerc, préfet de région, de département, de zone de défense et désormais préfet de police.
Validée en conseil des ministres le 12 mars, cette réforme vise à « simplifier la chaîne de commandement », selon les mots de Georges-François Leclerc, qui a présenté cette réorganisation dès le lendemain à Marseille. « Il n’y a plus qu’un responsable, c’est moi », a-t-il déclaré sans détour.
Une réforme pour répondre aux critiques de la Cour des comptes
La mesure répond aux critiques récurrentes sur la complexité de la gouvernance locale. En octobre 2024, un rapport de la Cour des comptes avait dénoncé des « frottements et tensions récurrentes » entre les deux autorités préfectorales, générant des « difficultés opérationnelles » et des « coûts de coordination importants ».
Le gouvernement entend désormais rétablir une forme de clarté dans les responsabilités, notamment dans les domaines de la sécurité civile, de la lutte contre la délinquance ou de l’immigration irrégulière.
Le ministère de l’Intérieur, aujourd’hui dirigé par Bruno Retailleau, insiste sur le besoin de cohérence dans les politiques publiques locales. Dans plusieurs domaines, les responsabilités étaient jusqu’à présent éclatées : la sécurité civile relevait de la préfecture, tandis que les effectifs de police dépendaient du préfet de police. La lutte contre l’immigration présentait une même dichotomie. « On ne peut plus dissocier la politique migratoire de la lutte contre la délinquance », affirme aujourd’hui Georges-François Leclerc.
Un départ précipité dans un contexte tendu
Si la réforme est présentée comme une évolution administrative attendue, les circonstances du départ de Pierre-Édouard Colliex laissent entrevoir un contexte plus tendu.
En poste depuis seulement treize mois, l’ancien préfet de police a vu son transfert précipité à la suite de relations compliquées avec le nouveau préfet de région. Le 28 février, son intervention au conseil municipal de Marseille à l’invitation du maire Benoît Payan, assortie de remerciements appuyés à la majorité municipale, avait déclenché l’ire du président de région Renaud Muselier, également chef de file local du parti Renaissance. « Quand on mélange la politique et l’administratif, on finit toujours au placard », avait-il fustigé sur les réseaux sociaux.

Une ville toujours sous haute surveillance
À Marseille, la question de la sécurité reste centrale. Si les autorités saluent une hausse des interpellations liées au narcotrafic (+40 % en 2024), la cité phocéenne demeure sous étroite surveillance. Trois unités de forces mobiles y sont déployées en permanence, en plus de la CRS 81 installée à demeure.
Certains s’interrogent toutefois sur la possible réaffectation de ces moyens vers la frontière italienne, également sous la responsabilité du préfet de zone de défense. Une hypothèse rapidement écartée par un haut gradé de la police : « Personne ne prendra le risque politique de dépouiller Marseille, ville à enjeu sécuritaire par excellence. »
Pour renforcer ses équipes, le préfet Georges-François Leclerc pourra compter d’ici la fin du mois sur Corinne Simon, nommée préfète déléguée à la sécurité. Ancienne sous-préfète d’Avesnes-sur-Helpe, elle l’avait déjà épaulé dans le Nord. Elle prendra ses fonctions dans les bureaux marseillais occupés jadis par Laurent Nuñez, aujourd’hui préfet de police de Paris ou Frédérique Camilleri, mais avec un rôle sensiblement réduit.
N.K.