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Très remuant aux avant-postes, le Vauclusien Lucas Grieco fut le meilleur grimpeur ce samedi du Grand Prix du Pays d’Aix, à Puyricard, sauvant les meubles de son équipe à domicile.
Comme le ciel, les mines étaient grises dans le camper de l’AVC Aix Provence Dole ce samedi, sur le parking de Puyricard. À domicile, les vert et noir venaient de se faire piéger par Antoine Berger (lire ci-dessous) et Léandre Huck, les deux grands gagnants de la première manche de la Coupe de France des clubs de Nationale 1, le Grand Prix du Pays d’Aix.
« On ne s’en cache pas, on ne visait pas une 17e place (Jonathan Couanon), avoue Evaldas Siskevicius, le directeur sportif aixois. C’est le cyclisme, on a essayé de faire de notre mieux. Il ne faut pas paniquer non plus. »
Deuxième du général l’an passé, l’AVC Aix accuse déjà un certain retard, notamment sur le SCO Dijon, alors qu’il restera six manches à disputer jusqu’au 28 septembre. « On limite la casse », ajoute le plus provençal des Lituaniens.
Mission grimpeur accomplie pour Grieco
Aux 15 points inscrits par Couanon à l’arrivée, il faut en effet ajouter les dix glanés par Lucas Grieco, attribués au meilleur grimpeur de la course. Présent dans une échappée au long cours, le Vauclusien est passé trois fois en tête de la côte de la Cride (2,8 km à 4,7 %), qu’il fallait franchir à six reprises. « C’était sa mission du jour, il l’a remplie », félicite Evaldas Siskevicius.
Au vrai, Lucas Grieco (21 ans) n’a pas compté ses efforts pour animer la course, même si ses efforts n’ont pas été pleinement récompensés. Il confirme sa bonne forme en ce début de saison, une semaine après après sa 3e place sur une étape des Boucles du Haut-Var.
« Je suis bien, j’ai fait un bon hiver, explique celui qui vit à Sarrians, au pied du Ventoux. Je me sens beaucoup plus à l’aise que l’année dernière. Quand ça se fait à la pédale, il n’y a pas de problème, mais j’ai encore un peu de mal quand il faut vraiment frotter et mettre un peu sa vie en danger. »
Passé du VTT à la route seulement l’été dernier
Il n’en est qu’au début de son histoire avec la route, lui qui fut formé au VTT au Véloroc Cavaillon, au Thor-Gadagne puis à l’AC Beaumes-de-Venise. Vice-champion de France juniors VTT en 2021, il a décidé seulement l’été dernier de délaisser son vélo tout suspendu pour se consacrer à la route.
« J’avais perdu un peu d’excitation. Je commençais à avoir du mal à performer et je tournais un peu en retour. Les parcours devenaient de plus en plus techniques, ça me convenait un peu moins bien », énumère-t-il pour expliquer son choix.
S’il a acquis au cours de ses jeunes années un féroce coup de pédale, la « caisse » physique et la capacité à savoir se faire mal, Lucas Grieco est un novice sur route.
« En course, je vois que je suis fort, mais il me manque encore un peu de jugeote, reconnaît-il. Ce n’est pas évident, je suis trop impulsif, trop généreux. Le VTT me manque, mais honnêtement je prends plus de plaisir. C’est dur mais je m’éclate. »
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Délesté de « 4-5 kilos » durant l’hiver
Seul le temps et la répétition des efforts lui fera acquérir la science de la course. « Beaucoup plus sérieux » au quotidien, dans son alimentation et ayant augmenté son volume d’entraînement, Lucas Grieco s’est affiné durant l’hiver, délesté de « 4-5 kilos ».
« Il a changé physiquement, ce n’est plus la même personne, constate Evaldas Siskevicius. On va essayer de faire en sorte qu’il continue à progresser. »
Deux axes principaux d’amélioration s’ouvrent devant le Vauclusien. D’abord, définir son profil de coureur. « Je me cherche encore un peu : je passe bien les bosses mais je ne suis pas grimpeur, je vais vite au sprint mais je ne suis pas sprinteur. Je suis un peu bon partout, mais je suis très bon nulle part. »
« Le plus gros du travail pour lui sera d’avoir la culture de la route »
Surtout, Lucas Grieco va devoir apprendre à rouler en peloton, à « frotter » selon l’expression consacrée. « Il y arrivera, je n’en doute pas, avertit Evaldas Siskevicius. De toute façon, il n’aura pas le choix. Le plus gros du travail pour lui, ce sera d’avoir la culture de la route. »
Intégré cette année parmi les seize coureurs qui constituent l’effectif de la Continentale fédérale de l’AVC Aix Provence Dole, le Vauclusien a encore du chemin à parcourir mais rêve de suivre la trajectoire d’un ancien « Avécéiste », Clément Izquierdo, formé comme lui au VTT et révélé au sein du club aixois avant de signer professionnel chez Cofidis cette année.
Ou d’autres encore, comme Axel Zingle, Julien Trarieux et, dans d’autres sphères, Tom Pidcock, Jean-Christophe Péraud, Peter Sagan ou Pauline Ferrand-Prévot.
Venu à la route pour passer pro
« C’est pour ça que je suis venu à la route, dit-il. En VTT, je voyais bien que j’allais avoir du mal à en vivre. J’ai déjà 21 ans, je suis dans ma dernière Espoirs, ça file… Je préfère essayer pendant deux ans ; si j’arrive à passer pro, ce sera super, parce que tout le monde en rêve. Sinon, j’aurai tenté et j’irai dans le monde du travail normal, comme une personne lambda. »
Le succès n’était pas au bout de sa journée ce samedi à Puyricard, mais son premier bouquet n’est plus très loin.
Benoît Gilles
Les classements
– Grand Prix du Pays d’Aix, à Puyricard :
1. Antoine Berger (SCO Dijon) les 137,5 km en 3h12’04’’ (42,954 km/h)
2. Léandre Huck (VC Rouen) m.t.
3. Julien Marin (Hexagone) à 5’’
4. Marius Mace (SCO Dijon) à 12’’
… 17. Jonathan Couanon (AVC Aix Provence Dole) m.t.
22. Neriah Meunier Sow (Martigues SC Payden & Rygel) m.t.
– Coupe de France des clubs de N1 :
1. SCO Dijon 109 points
2. VC Rouen 73 pts
3. Hexagone 72 pts
… 7. AVC Aix Provence Dole 25 points
Antoine Berger piège le peloton
Le grimpeur originaire des Deux-Sèvres aime la Provence. Vainqueur l’an dernier du Grand Prix de Puyloubier (il remettra son titre en jeu ce dimanche), Antoine Berger s’est adjugé ce samedi 22 février le Grand Prix du Pays d’Aix à Puyricard.
Profitant d’un temps mort à 19 kilomètres du but, il a suivi un mouvement initié par Léandre Huck et résisté au peloton jusqu’au bout pour régler Huck au sprint. Il prend la tête du classement de la Coupe de France des clubs DN1, au même titre que son club, le SCO Dijon, après la première des sept manches au programme cette saison.
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