Christophe Castaner à la barre de la stratégie RSE de Shein

Christophe Castaner. © N.K.

Le président du conseil de surveillance du port de Marseille-Fos rejoint le géant chinois de la fast fashion pour conseiller ses engagements sociaux et environnementaux. Une annonce qui intrigue autant qu’elle divise.

Christophe Castaner, ancien ministre de l’Intérieur et figure politique emblématique de la Macronie, s’engage sur un nouveau terrain. À 58 ans, le président du conseil de surveillance du port de Marseille-Fos rejoint le géant chinois de la fast fashion Shein. Sa mission : conseiller l’entreprise sur ses engagements en matière de responsabilité sociétale et environnementale (RSE).

Shein, régulièrement critiqué pour son impact environnemental et ses méthodes de production, vient de lancer des comités stratégiques régionaux censés orienter ses efforts vers une économie plus durable.

Christophe Castaner intègre le premier comité couvrant l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, aux côtés de figures comme l’avocate Nicole Guedj et Bernard Spitz, ancien cadre du Medef.

« Une expérience significative »

Le groupe justifie ce recrutement par la double expertise de l’ancien député : sa connaissance des rouages politiques et administratifs, mais aussi son rôle clé au port de Marseille-Fos, qu’il préside depuis 2022.

Dans un communiqué, Shein vante « son expérience significative dans l’administration publique et la gouvernance » ainsi que sa capacité à répondre aux exigences européennes, particulièrement rigoureuses en matière de durabilité.

Pour Donald Tang, président exécutif de Shein, ces comités doivent « tirer parti des connaissances et de l’expérience d’experts mondiaux » pour travailler sur des sujets critiques comme la décarbonation, l’économie circulaire ou la transparence des chaînes d’approvisionnement.

« Faire évoluer les entreprises, c’est clef »

Dans des déclarations recueillies par Le Figaro, Christophe Castaner se dit convaincu de la nécessité d’agir au sein des entreprises pour relever les défis environnementaux. « Pour faire évoluer une filière, la puissance publique ne peut pas tout, affirme-t-il. Faire évoluer les entreprises et leurs pratiques est important, voire même clef pour avoir un véritable impact. »

L’ancien ministre cite également son expérience à la tête de la société concessionnaire des Autoroutes et tunnel du Mont-Blanc (ATMB), où il a promu une transition vers un modèle d’entreprise à missions. Pour Shein, il s’agira d’« agir » pour améliorer les pratiques et répondre aux attentes européennes. Cependant, Christophe Castaner reste évasif sur les mesures concrètes que prendra le comité pour transformer un géant dont le modèle économique repose sur la production massive et à bas coût.

Une nomination sous le feu des critiques

Cette nomination intervient dans un contexte où la fast fashion est de plus en plus pointée du doigt. En France, une proposition de loi visant à limiter les excès de ce secteur est en cours de validation au Sénat. Elle reflète une pression croissante pour encadrer les pratiques d’entreprises comme Shein, accusées de produire trop, trop vite et trop souvent au détriment de l’environnement.

Le choix de Christophe Castaner, un homme habitué aux sphères politiques, interroge. Apportera-t-il un changement réel ou servira-t-il surtout de caution morale pour améliorer l’image d’une entreprise controversée ? La marche est haute, comme il le reconnaît lui-même dans le Figaro, mais l’ancien ministre se dit confiant dans « la vraie volonté des dirigeants de Shein de s’adapter aux attentes européennes ».

Dans un communiqué de presse, l’association Mode in Sud, représentant les entreprises de mode en Provence-Alpes-Côte d’Azur, a vivement réagi au recrutement de Christophe Castaner par Shein.

Jocelyn Meire, président de l’association, dénonce un « cynisme » qui interroge sur les possibles conflits d’intérêts liés à la fonction actuelle de Castaner en tant que président du port de Marseille-Fos. Il regrette également qu’un acteur public soit associé à un géant de la fast fashion, symbole des dérives environnementales et sociales de l’industrie textile mondiale.

Selon lui, « celles et ceux qui trahissent cette cause devraient être démis de leurs fonctions publiques », dans un contexte où la filière française de la mode lutte pour sa survie face aux pratiques de surproduction de Shein.

N.K.