Un ciel bas, une lumière grise, presque lourde. Ce samedi après-midi, Marseille s’est réveillée comme en retenue, enveloppée dans un temps d’hiver sans éclat, à l’image de l’émotion qui traversait la ville.
Devant l’église des Réformés, la pierre claire semblait plus froide qu’à l’ordinaire, comme si la lumière elle-même avait choisi la discrétion pour accompagner l’hommage rendu à Rolland Courbis.
Dès les premières heures, les anonymes ont afflué, silencieux, le regard grave. Des hommes, des femmes, parfois seuls, parfois en petits groupes, beaucoup portant une écharpe de l’OM, d’autres simplement leurs souvenirs. Pas de clinquant, pas d’effusion inutile. Juste cette présence digne, compacte, sincère.
Autour de l’église Saint-Vincent-de-Paul, les supporters se sont rassemblés comme on le fait pour l’un des siens. Des visages fermés, des regards droits, souvent humides. Peu de mots. Ici, chacun semblait comprendre que ce moment dépassait le football. Courbis n’était pas seulement un entraîneur ou un consultant : il était un frère, un Marseillais de caractère, de parole et de passion.
Le cortège, venu de la Canebière, avançait lentement. Les pas résonnaient sur l’asphalte mouillé. Quelques applaudissements, sobres, respectueux. Pas pour faire du bruit, mais pour dire merci. Merci à un homme qui parlait comme eux, vivait comme eux, aimait cette ville avec ses excès, ses colères et sa fidélité.
Dans cette lumière triste, presque figée, Marseille a montré son visage le plus vrai. Celui d’une ville capable de silence, de recueillement, d’unité. Les anonymes et les figures du football se mêlaient sans distinction. Tous égaux dans la peine, tous rassemblés par une même mémoire.
À l’entrée de l’église, les regards se levaient une dernière fois vers le ciel gris. Comme si chacun murmurait, intérieurement, un adieu personnel. Un hommage simple, populaire, fraternel. À l’image de Rolland Courbis.
Philippe Arcamone