À chaque grande compétition africaine, Marseille se prépare. À la veille du huitième de finale de la CAN 2025 entre l’Algérie et la RDC, la préfecture a de nouveau pris des mesures : restrictions de circulation, encadrement renforcé, interdiction d’artifices. Rien d’exceptionnel pour une grande ville habituée aux rassemblements festifs, mais le signe d’une vigilance dictée par des précédents bien réels.
Car il serait malhonnête de faire comme si les débordements n’existaient pas. À plusieurs reprises, des scènes de dégradations, d’affrontements ou de comportements dangereux ont transformé la joie en nuisance, et parfois en violence. Ceux qui brûlent, cassent ou provoquent ne défendent ni une équipe, ni un pays, ni une communauté. Ils creusent des fossés, nourrissent les amalgames et offrent un prétexte tout trouvé à la méfiance généralisée.
La responsabilité est donc collective, mais aussi individuelle. On ne peut réclamer reconnaissance, respect et fierté tout en tolérant que quelques-uns confisquent la fête et salissent l’image de tous. La passion du football n’excuse ni les dégradations ni la mise en danger des autres. Et sur ce point, il faut le dire clairement : la première trahison vient de l’intérieur.
Pour autant, réduire la CAN à une simple question d’ordre public serait passer à côté de l’essentiel. Marseille n’est pas une ville assiégée. Elle est une ville-monde, façonnée par les migrations, les échanges et les identités multiples. Une ville où l’Afrique n’est pas une présence étrangère, mais une part vivante de son histoire et de son quotidien.
À ce titre, la Coupe d’Afrique des nations peut être un formidable levier. Non pas un champ de bataille symbolique entre communautés, mais un tremplin pour le dialogue entre deux continents qui se côtoient ici chaque jour. Une occasion de montrer que la fête peut être partagée, encadrée, respectueuse, et donc durable.
L’initiative de l’Olympique de Marseille, avec ses maillots rendant hommage aux diasporas africaines, envoie d’ailleurs un message fort. Elle rappelle que l’identité marseillaise est une mosaïque, pas une ligne de fracture. Que l’on peut aimer l’OM et vibrer pour l’Algérie, le Sénégal, le Maroc ou la RDC sans contradiction ni provocation.

Comme le souligne l’archevêque Jean-Marc Aveline, Marseille est une ville-pont, à la croisée de l’Europe et de la Méditerranée. Une périphérie féconde, où la diversité n’est pas une menace mais une richesse, à condition qu’elle s’accompagne de respect et de responsabilité.
Les mesures de sécurité ne sont ni une stigmatisation ni un aveu d’échec. Elles sont là pour permettre à la fête d’exister sans déraper. Mais elles ne suffiront jamais sans un engagement clair des supporters eux-mêmes : celui de célébrer sans détruire, de se rassembler sans exclure, de gagner sans humilier.
Ce mardi soir, pendant que le ballon roulera à Rabat, Marseille sera attentive. À chacun de prouver que la CAN peut être ici autre chose qu’un motif d’inquiétude: un moment de joie maîtrisée, de fierté assumée et, peut-être, un pas de plus vers une Méditerranée qui dialogue plutôt qu’elle ne se fracture.
Philippe Arcamone