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[Vox Méridional] Chandeleur à Saint-Victor : Marseille entre nuit et lumière

À l’aube, Marseille prie en silence à Saint-Victor : une ville encore endormie, des cierges fragiles, et une fraternité qui se réveille avec le jour.
À l’aube, Marseille prie en silence à Saint-Victor : une ville encore endormie, des cierges fragiles, et une fraternité qui se réveille avec le jour.
Procession de la chandeleur 2026 © Alain Robert / Le Méridional ©Alain Robert/Le Méridional

 

À cinq heures du matin, Marseille n’est encore qu’un murmure.

Sur le quai de la Fraternité, la mer respire doucement comme une bête endormie. La lune, pleine et ronde comme une hostie d’argent, veille au-dessus des mâts. On lit l’Évangile selon saint Jean. On parle du Verbe. Et dans cette ville qui bavarde tant le jour, il est beau de penser qu’avant toute chose, il y eut la Parole.

 

Procession de la chandeleur 2026 © Alain Robert / Le Méridional

 

À six heures, il ne fait pas froid, non… simplement ce frais humide qui vous réveille mieux qu’un café noir. Le sol brille encore de la nuit. Le cardinal Aveline se tient face à Marseille à moitié éveillée, cette grande dame aux volets clos qui n’a pas encore mis ses bijoux de bruit et de soleil. Sa voix s’élève :
« Bénis, Seigneur, tous les habitants de Marseille. »

Alors on bénit les cierges, et ces petites flammes tremblotantes ressemblent aux espoirs des hommes : fragiles, mais obstinés.
Le chant d’entrée s’élève, la procession s’avance. Les jeunes marchent devant, comme il se doit, car la foi sans jeunesse serait un arbre sans printemps. La nef est pleine ; sur le parvis, dans la crypte, les fidèles sont massés, cierges à la main. Ils sont venus des quatre coins du diocèse, comme des enfants revenant au berceau de leur foi. Il y a là des visages ridés comme des parchemins et d’autres lisses comme des pages neuves. À quelques semaines des municipales, les candidats, la plupart étaient présents mais pour une fois, personne ne promettait rien, tout le monde écoutait. La présence de l’évêque émérite de Münster ajoute à la cérémonie une gravité douce, celle de la réconciliation. Hier encore, il était à la Belle-de-Mai avec le cardinal de Marseille ; à l’aube, on l’apercevait du côté de l’Estaque avec les jeunes de l’école de la marine marchande. C’est que la foi, ici, ne reste pas enfermée dans les pierres : elle marche, elle traverse la ville, elle prend le bus s’il le faut.

Le cardinal Aveline rappelle l’impératif de prendre soin de ses racines spirituelles. Message de paix, message de fraternité. Et cette phrase qui résume Marseille mieux qu’un guide touristique :
« Ici, nous avons un pied en Europe et un pied en Méditerranée. »
Il faudrait ajouter : et le cœur entre les deux.

 

Le Cardinal Aveline durant la procession de la chandeleur 2026 à l’abbaye Saint-Victor © Alain Robert / Le Méridional

 

Puis vient l’offertoire. Un silence particulier s’installe, un silence qu’on pourrait presque toucher. À la trompette résonne un air que beaucoup reconnaissent sans toujours savoir le nommer : Gabriel’s Oboe, d’Ennio Morricone, tiré du film Mission. Dans le film, un prêtre avance sans arme, seulement avec sa musique, et c’est ainsi qu’il parle aux hommes. Ici aussi, la mélodie flotte comme une prière sans mots. Elle dit la paix, le dialogue, la beauté qui unit mieux que la force. On dirait que les voûtes de Saint-Victor retiennent leur souffle pour mieux l’écouter.

Anne-Sophie, notaire, fidèle depuis toujours, confie que c’est pour elle un temps fort de l’année, une manière de prier ensemble sans renier ses racines chrétiennes.

Robert, trente-sept ans, étudiant, enfant du quartier, se souvient de son catéchisme ici même. Il parle de l’union des chrétiens, de la réconciliation, et de ce moment symbolique où l’on retire la crèche pour entrer dans un autre temps comme on ferme un livre pour en ouvrir un nouveau.

Paul, cinquante-trois ans, ancien façadier aujourd’hui sans domicile, accompagné par la paroisse du Sacré-Cœur au Prado, dit qu’il vient « un peu pour la manche, mais surtout pour prier ». Et dans ses yeux, on voit bien que ce « surtout » pèse plus lourd que le reste.

Comme chaque année, la bénédiction du four des navettes embaume l’air d’un parfum d’anis et d’enfance. Mais déjà les jeunes regagnent leurs collèges et leurs lycées, les adultes reprennent le chemin du travail. La ville se remet en marche, comme un grand navire qu’on aurait doucement poussé du quai.

 

Le Cardinal Aveline, Benoit Payan et Martine Vassal lors de la bénédiction du four des navettes © Alain Robert / Le Méridional

Marseille se lève.
Le jour est levé.
Et dans la lumière neuve, les petites flammes des cierges ont disparu, mais il semble qu’elles aient laissé quelque chose dans le cœur des hommes, une braise discrète, prête à reprendre feu au premier souffle de fraternité.

 

Philippe Arcamone

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