Le cancer demeure l’un des grands défis sanitaires de notre siècle. Plus fréquemment diagnostiqué, mieux compris, parfois mieux soigné, il reste marqué par des pronostics contrastés et des inégalités persistantes selon les formes et les parcours de soins.
Alors que la recherche transforme profondément la cancérologie avec les thérapies ciblées, l’immunothérapie et l’intelligence artificielle, la prévention, l’environnement et l’adhésion aux dépistages s’imposent comme des enjeux majeurs de santé publique.
En cette Journée mondiale de lutte contre le cancer, le docteur Brice Chanez, oncologue à l’Institut Paoli Calmette, revient pour Le Méridional sur l’impact du cancer en 2026, les avancées les plus prometteuses et les grandes enjeux de ce combat sur notre territoire.

Interview.
- Quel est l’impact du cancer dans la société en 2026 et que faut-il attendre de son évolution ?
Le cancer est actuellement une maladie qui reste grave et fréquente. Le diagnostic touche de plus en plus de monde de part un meilleur diagnostic, de meilleurs accès au soin et la meilleure connaissance des facteurs de risque et du dépistage. Cette fréquence est aussi en relation avec le vieillissement des populations car le risque de cancers augmente avec l’âge. Les cancers du sein du colon de la prostate et du poumon restent les plus fréquents et pour ces 4 là des politiques de santé publique visant à les détecter tôt dans des populations à risque sont mise en place avec la nécessité d’une bonne information de la part des pouvoirs publique et une bonne adhérence des populations pour que cela soit efficace. Le pronostique des cancers reste variable et largement influencé par la précocité de la détection. Un cancer détecté et soigné tôt est généralement accessible à une guérison ce qui est plus aléatoire dans les formes avancées. Le traitement du cancer à largement bénéficié des avancées de la médecine et de la recherche fondamentale. Les thérapies cibles et les immunothérapies ont en l’espace de 15 ans révolutionné le pronostic de certains cancers comme les mélanomes ou les cancers du poumon. Des avancées majeures en termes de thérapeutiques continuent d’alimenter l’arsenal anti tumoral chaque année avec des technologies de plus en plus complexes comme des anticorps couplés à la chimiothérapie ou encore des vaccins anti tumoraux basé sur les technologies d’ARN messager.
Il reste malheureusement un grand nombre d’impasse thérapeutiques notamment concernant des cancers dit de mauvais pronostic plus agressif et moins accessible aux traitements comme les cancers du foie, du poumon, de vessie, les cancers cérébraux, les cancers de l’œsophage ou encore du pancréas.
- Quels sont les progrès réalisés dans la recherche contre le cancer et le traitement des cancers ?
La recherche contre le cancer à fait d’énorme progrès grâce aux technologies de compréhension et de décryptage du génome humain mais aussi avec l’identification des mécanismes moléculaires de cancérisation qui lorsqu’ils ont pu être ciblé ont ouvert des nouvelles voies thérapeutiques majeures. La compréhension du système immunitaire luttant contre les tumeurs à permis l’avènement des immunothérapie véritable révolution en cancérologie. Par ailleurs les algorithmes d’intelligence artificielles sont capables maintenant de compiler des quantités incommensurables de données pour les analyser et en déduire des faiblesses exploitables contre les cancers. Les techniques de guidage et de robotiques, associées ou non à l’intelligence artificielle sont encore des avancées importantes largement utilisée dans le traitement du cancer. En bref un essor technique et technologique permet actuellement de comprendre, détecter et traiter plus efficacement les tumeurs.
- Que pouvez-vous nous dire sur le lien entre l’alimentation et le traitement contre le cancer ?
Notre environnement joue sur l’apparition des cancers tout comme notre génétique. Certains toxiques comme l’alcool, le tabac et le cannabis sont bien identifiés comme associés à de nombreux cancers en entrainant des mutations qui favorisent leur apparition. Cependant le risque de cancer de développer un cancer est multifactoriel et complexe et dépendant de la conjonction de plusieurs phénomènes.
Certains aliments comme la charcuterie, la viande rouge sont associés à un sur risque de cancers du côlon quand les alimentations riches en fibre et en légumineuse le réduisent. L’obésité et le diabète favorisent aussi l’apparition de certains cancers ce qui pose un réel problème de santé publique actuellement car environ 30% de la population Française est touché par ces maladies.
L’activité physique régulière est associé à une réduction du risque de cancer mais c’est aussi une arme de meilleure tolérance des traitement anti cancéreux chez nos malade et une étude récente a récemment montré qu’une activité physiques 3 fois par semaine réduisant les rechutes après chirurgie d’un cancer du côlon mais aussi les second cancers.
- Quels sont les principaux moyens de prévention et quel est leur impact ?
Le dépistage organisé du cancer du côlon et du sein permet d’identifier plus tôt les cancers et de les traiter à des stades précoces plus facilement guérissable. Les cancers de la prostate, du col utérin et du poumon peuvent aussi être détectés dans des populations sélectionnées par des examens simples et peu couteux. Par ailleurs les vaccinations contre les virus HPV est maintenant disponible aux adolescents/jeunes adultes garçon et fille ce qui permet de prévenir les cancers viro-induits, tout comme les vaccins contre l’hépatite B. Enfin un dépistage individuel peut être mis en place ne cas de nombreux cancers dans la famille par le dispositif des oncogénéticiens recherchant des gènes muté favoirisant l’apparition de cancers au sein des familles. Pour que ces dépistages soient efficaces il faut que les personnes concernées soit en confiance vis-à -vis du dépistage et le réalise et il reste encore beaucoup à faire pour que 100% de la population adhère au dépistage qui reste un moyen important de lutte contre la mortalité associée aux cancers.
- Quel est le poids des facteurs environnementaux sur le cancer ?
Si les facteurs issus de l’alimentation bien connus, de nouveaux facteurs émergents semblent aussi jouer un rôle comme les pesticides, les engrais, les conservateurs ou les fameux polluant éternels PFAS. Ces composés polluent largement les eaux et sols et leur caractère cancérigène commence à être démontrés pour certains. Ces nombreux composés utilisés en agriculture et en industrie sont nos ennemis de demain et les politiques publiques doivent prendre conscience de la mesure du problème.
- Quelles sont les actualités fortes et les axes de progrès sur lesquels vous travaillez à l’IPC ?
2026 va être une année majeure pour le cancer du pancréas d’une part grâce à l’ouverture d’un bâtiment « Fight Cancer » dédié à la recherche contre ce cancer terrible et d’autre part via le lancement d’un essai clinique national que je coordonne pour démontrer l’intérêt d’utiliser les caractéristiques moléculaires des tumeurs du pancréas pour guider et choisir la chimiothérapie susceptible d’être le plus efficace chez nos patients avant de les opérer.
Par ailleurs, grâce aux efforts autour des cancers du sein, des leucémies aigue et grâce au pôle biocluster immunothérapie, l’IPC sera certainement en 2026 au cœur de la lutte et l’innovation face au cancers.