Dominique Piazza, un inventeur à l’âme marseillaise

© Archives départementales des Bouches-du-Rhône

A Marseille, sa vie n’est rappelée qu’au travers d’une discrète plaque apposée au 97 boulevard Longchamp : “Ici vécut Dominique Piazza, inventeur en 1891 de la carte postale photographique.” Trop peu connu, même par les Marseillais, Dominique Piazza (1860-1941) mérite pourtant que l’on se souvienne de lui, et de cette invention qu’il a mise au point il y a bientôt 130 ans.

Dominique Piazza naît en 1860 dans le quartier d’Endoume à Marseille, de parents italiens immigrés, comme il y en a alors tant à cette époque. Cette famille modeste vit de revenus divers, et parvient à améliorer son train de vie au fur et à mesure des années. A 14 ans, Dominique entre comme commis à la maison Fay, une entreprise spécialisée dans l’importation de raisins secs turcs et grecs. Investi et travailleur, il gravit les échelons d’années en années ; le service militaire, qui vient interrompre son travail durant trois ans, n’atténuera pas son ardeur d’entreprendre.

Dominique Piazza © Archives départementales des Bouches-du-Rhône

Mais comment en arrive-t-on à la carte postale photographique ? En 1891, les cartes postales, qui circulent déjà à travers l’Europe, représentent souvent des gravures ou des dessins de monuments. Une façon d’envoyer un peu du “pays” à sa famille et à ses proches éloignés géographiquement. Justement, l’un des amis de Dominique, parti travailler en Argentine, lui réclame “des vues” de Marseille, sa ville qui lui manque tant…

Pour satisfaire son ami, Dominique Piazza se ruine en cartons obtenus par “phototypie”, procédé alors en vigueur, comme il le raconte dans un entretien avec un journaliste de Paris-soir, dans l’édition du 4 août 1941. Dans ce même entretien, il ajoute : “Ce fut cette dépense impossible à renouveler qui me rendit ingénieux. Je lui envoyais trois vues sur le même carton. Puis bientôt, j’eus l’idée de faire fabriquer ces petits rectangles ornés de photographies de paysages familiers.” Surmontés parfois d’une mention telle que “Souvenir de Marseille”, ils connaissent rapidement le succès et sont commercialisés. Piazza ne laisse pas passer l’occasion de solliciter la reconnaissance de son invention à travers la presse de la ville ; Le Petit Provençal, Le Soleil du Midi, ou Le Petit Marseillais en font mention.

Le théâtre Silvain en cours de réalisation © Archives départementales des Bouches-du-Rhône

Dominique Piazza ne prétend pas avoir inventé la carte postale bien évidemment, mais la carte postale photographique illustrée. Plus précisément, selon ses termes, la “Carte Postale Universelle illustrée de vues de sites et paysages”.

Mais comme beaucoup de créateurs, Piazza ne connaît pas la reconnaissance espérée. Lors du concours organisé par la Société des Statistiques de Marseille, qui a pour mission de récompenser les inventions, il n’obtient qu’une médaille de bronze, reçue comme une humiliation.

Cela ne serait pas un frein au succès des affaires si Dominique Piazza n’avait oublié un élément fondamental : le brevet d’invention… rapidement, son idée est reproduite par de grandes maisons d’édition aux moyens évidemment bien plus importants. La mort dans l’âme, notre Marseillais doit choisir d’abandonner ses affaires de cartes postales photographiques pour poursuivre sa carrière dans la maison de commerce. Mais tout le restant de sa vie, il ne manquera pas de rappeler que l’invention de la carte postale photographique lui revenait.

Au 97 boulevard Longchamp © WKMC

Dominique Piazza n’est pas uniquement un homme d’affaires. Amoureux de Marseille et de la région, il faut rappeler qu’il a été le premier président de la Société des Excursionnistes marseillais (ou Association pour l’Essor Provençal), fondée en 1897 et qui existe encore aujourd’hui : elle a pour objectif la découverte de la région marseillaise par la randonnée. C’est également lui qui achète le terrain où sera réalisé le théâtre Silvain (théâtre de verdure), bien connu des Marseillais.

Sans conteste, Dominique Piazza a contribué au dynamisme de la ville de Marseille : homme d’affaires, mais aussi ami des arts, que l’on se souvienne au moins de lui comme l’un des “créateurs d’idée” de la région. Et si vous envoyez cet été à vos amis une “carte postale photographique”, rappelez-leur le souvenir de cet inventeur marseillais.

Jeanne RIVIERE

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