Benzema : le repris… de justesse

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Le talent sportif peut-il exonérer un homme de sa responsabilité personnelle face à la justice et face à l’opinion publique ? Telle est la grande question du jour.

Voilà plus de cinq ans que l’excellent avant-centre du Real Madrid était banni des rangs de l’équipe de France en raison de sa sulfureuse réputation. Mis en cause pour “complicité de tentative de chantage” et “participation à une association de malfaiteurs” dans une affaire égrillarde, Benzema a toujours protesté de son innocence.

Mais les faits sont têtus : avec son ami d’enfance Karim Zenati, avec  Younès Houass et deux Marseillais Alex Angot et Mustapha Zouaoui, surnommés Diabolo et Satanas à la Commanderie, ils s’étaient mis en tête de faire chanter le petit Mathieu Valbuena après avoir mis la main sur une video sexuelle où l’ancien meneur de jeu de l’OM apparaissait en galante compagnie et en petite tenue. Diabolo et Satanas devaient “mettre  la pression” sur Valbuena. Mais comme ils ne voulaient pas être démasqués,  ils ont délégué à leur place Younès Houass pour aller “converser” avec Valbuena.

Puis ils ont sollicité Zenati pour approcher “en live” Valbuena grâce à l’entremise de Benzema à l’occasion d’un stage de l’équipe de France. Pour avoir joué ce rôle d’entremetteur,  Benzema risque cinq ans de prison et 75 00 euros d’amende, une peccadille pour ce joueur de classe mondiale qui gagne en Espagne 40 000 euros par jour, soit 1,2 million par mois et 14 millions par an. Lors de la commission des faits en octobre 2015, Benzema avait bel et bien évoqué la “sextape” avec son coéquipier mais l’entretien s’était fort mal passé. A tel point que Benzema avait rappelé Zenati pour lui expliquer les réticences de Valbuena et l’abreuver d’insultes au passage.

Une réputation sulfureuse

La réputation sulfureuse de Benzema montait d’un cran en 2016 lorsqu’il était entendu comme témoin dans une affaire de blanchiment d’argent issu d’un trafic de stupéfiants. Dès lors, les ponts étaient rompus entre Deschamps et Benzema : l’équipe de France, c’était fini. Benzema se vengeait du sélectionneur en  déclarant au quotidien Marca : “Deschamps a cédé à la pression d’une partie raciste de la France“, déclaration inopportune qui n’a fait qu’aggraver son cas.

Dès lors, comment expliquer le spectaculaire retour en grâce du Lyonnais ? D’abord par une convergence d’intérêts sportifs. Benzema est en effet actuellement l’un des meilleurs avant-centres d’Europe avec Lewandowski, Lukaku, MBappé et Cavani.  Et l’on ne peut pas dire que ses rivaux Olivier Giroud et Antoine Griezmann connaissent la même réussite à Chelsea et au Barça. Ensuite, ce revirement revêt une importance symbolique susceptible de rappeler dans l’imaginaire collectif des Français la fameuse équipe “Black-Blanc-Beur” de Zidane en 1998.

L’idée de l’Elysée, c’est un Benzema buteur, c’est un Benzema rédempteur qui éloigne pour un certain temps le spectre de la partition de la France en deux camps désormais “face à face”. Benzema serait aux avant-postes des “anti-racailles” après en avoir été l’exemple le plus navrant. Ce calcul stratégique peut apaiser les rages latentes, c’est vrai.

Mais imaginez que Benzema, 33 ans, passe au travers en juin. Qu’il rate son Euro. Imaginez qu’Olivier Giroud continue à lui vouer une hostilité persistante, qu’il s’intègre mal dans un onze qui a décroché des titres sans lui, imaginez que son entente avec des coéquipiers dont il ignore les automatismes se solde par un échec, que se passera-t-il ? C’est la question morale et éthique qui reprendra le pas sur la logique sportive. Et le même Benzema sera laminé par ceux-là même qui l’encensent aujourd’hui.

Une vedette nationale se doit de montrer l’exemple de la vertu. Et les journalistes qui saluent l’insolente réussite de Benzema auront tôt fait de le traiter de tous les noms d’oiseaux, comme un vulgaire repris… de justesse.

José D’Arrigo, rédacteur en chef du Méridional

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