Les Trophées du Méridional : Kevin Polizzi, Entrepreneur de l’année 2020

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Kevin POLIZZI, Président Unitel Holding, Directeur Général B2B Iliad, VP Medinsoft, a été désigné Entrepreneur de l’année et reçoit son Trophée Le Méridional 2020

Après des études d’ingénieur dans le cadre d’Aix Marseille Université, Kevin Polizzi, crée Jaguar Network en septembre 2001. Prés de 20 ans après, JN est un champion de notre territoire, un opérateur télécom, un acteur du Cloud, qui joue dans la cour des grands, un positionnement accéléré par le rapprochement, en 2019, avec le Groupe Iliad (Free).
Pour cet entrepreneur majeur, créer de la valeur sur ses terres d’origine, après y avoir été formé, est une évidence. C’est l’ambition d’Unitel Holding (son Holding personnel) qui permet par exemple à Kevin Polizzi et ses équipes de consacrer du temps à des startups du territoire pour les aider à grandir.
Une trajectoire exemplaire saluée en 2020 par le prix de l’Institut Choiseul et cette année par Le Grand Prix de l’Entrepreneur de l’Année du Méridional

Le Méridional : Kevin Polizzi, vous recevez le prix de l’entrepreneur de l’année décerné par Le Méridional. Quelle est pour vous l’impression laissée par 2020 ?
Kevin Polizzi : Cette distinction m’honore d’autant plus que 2020 marque une année de rupture, un point de non-retour. Nous venons de vivre collectivement, un véritable cataclysme dans tous les domaines. La crise sanitaire s’installe dans la durée et ses conséquences ont évidemment renforcé l’idée d’une transformation profonde et accélérée du monde.
Jaguar Network fournit des services fondamentaux, comme les télécoms et le Cloud. Ces services jouent un rôle vital en temps de crise pour la santé, l’économie, et tout simplement pour assurer la continuité des services publics et de l’État. Quand le premier choc est arrivé en mars, nous avons répondu à la forte sollicitation des autorités et des clients, notamment de grands hôpitaux alors fortement mobilisés.
Simultanément, nos équipes se sont attelées à rassurer les clients et à répondre en urgence à l’explosion des nouvelles demandes liées à la situation. Beaucoup d’entreprises, par exemple, ont sollicité un accès VPN [Virtual Private Network] pour assurer la bascule sécurisée en télétravail. Il faut prendre conscience que les entreprises n’étaient absolument pas dimensionnées à accueillir une telle charge ! Un exemple assez hallucinant : les seules communications téléphoniques (hors messageries, Whatsapp, Facebook etc.) ont bondi globalement de plus de 46% pour l’année 2020.
Cette crise sanitaire nous a fait vivre en accéléré la digitalisation de l’économie sans réelle transition. Nous avons eu la satisfaction d’avoir pu générer de la croissance économique, puisque le chiffre de Jaguar Network a augmenté de 20% en 2020. Du côté de notre holding Unitel, nous avons accéléré nos investissements dans de nouvelles entreprises, conscients que l’innovation est probablement la seule planche de salut vers un monde socialement pérenne.
 
LM. : Quel rôle joue Unitel dans la transformation du territoire provençal ?
KP. : Unitel se place comme un acteur responsable et volontaire de l’économie locale. Notre holding a vocation à accompagner, accélérer et encourager les nouveaux entrepreneurs en prenant des participations minoritaires. Un engagement en signe de confiance envers les porteurs de projets qui prennent des risques pour améliorer la compétitivité des industries du futur. Les technologies sont adressables avec une grande simplicité et tout le monde peut s’en saisir pour piloter son avenir économique !
Les politiques créent les conditions du succès, les entrepreneurs doivent désormais s’en emparer.  Le travail d’entrepreneur suppose de faire équipe avec tous les acteurs et forces en présence sur le territoire : métropole, ville, région, collectivités… 
 

LM : La Provence est-elle en mesure de relever ces défis ?
KP. : Évidemment ! Les prochaines années vont être décisives. Tout d’abord, le territoire provençal possède un fort potentiel pas encore réellement exploité à mes yeux. Certains impératifs, comme la nécessité de s’engager transition écologique peuvent ainsi freiner la mutation de l’économie. Les industries du pourtour de l’Étang de Berre par exemple, vont devoir immanquablement se transformer, c’est aujourd’hui nécessaire. Nous vivons au cœur d’une région dotée d’un important bassin de main d’œuvre, notamment à l’Ouest des Bouches-du-Rhône. Les générations précédentes ont construit les premiers complexes industriels, et leurs héritiers conservent cette tradition du travail en usine. Habitués à travailler en shifts, ils évoluent dans des environnements pétrochimiques, sidérurgiques nécessitant une grande précision et une bonne dose de professionnalisme !
La Provence, premier hub de télécommunications en France devant Paris, bénéficie d’un atout de taille pour attirer de nouveaux investisseurs. C’est un territoire où le foncier est encore disponible à des prix raisonnables. Ainsi, « Theodora » notre projet de création d’un campus numérique au Nord de Marseille dans le 14e arrondissement, aura pour vocation de répondre simplement à des problématiques de premier ordre comme les difficultés liées à l’emploi, la formation. Le fait de créer des nouveaux postes pour « la génération covid » est une formidable opportunité à la fois pour ces futurs salariés et pour les entrepreneurs. Pour ma part, j’ai bien l’intention de découvrir des pépites !
Quartier intelligent et connecté, « Theodora » sortira de terre au moment où le chantier combiné du Canet sera métamorphosé en jardin public, le parc des Aygalades. Situé à la lisière du Pôle d’échange multimodal de Capitaine Gèze, Theodora privilégiera la qualité de vie et associera habilement vie professionnelle, familiale tout en répondant aux nouveaux défis de mobilité. 
 
LM.: La mobilité, ce sujet vous tient à cœur ?
KP.: En effet, et le confinement a révélé de nombreuses fractures dans la société dont les difficultés liées aux déplacements travail-domicile. Notre projet Starfleet vise à résoudre grâce à la technologie les enjeux de déplacement. J’espère vous en dire plus très bientôt.
Il faut sans aucun doute penser l’entreprenariat différemment. Je crois que le territoire est prêt à cela et qu’il regorge de nombreux talents. Nous n’avons pas peur d’investir massivement en région, de créer de nouvelles sociétés ; pas seulement en digital, en informatique ou en cybersécurité, par exemple. L’association Medinsoft* est résolument engagée depuis des années à faire éclore les projets en impliquant tous les secteurs d’activité !
 
LM.: Vous parlez des acteurs privés. Qu’en est-il des actions publiques dans ces projets ?
KP.: Je suis le premier témoin du fait que l’action publique et l’entreprenariat marchent ensemble. Pas pour des intérêts privés, mais pour assurer une transition collective. Les prochaines années vont connaître une transformation ahurissante à tous les niveaux : santé, social, alimentaire. Si les acteurs de la région se serrent les coudes, la reprise sera possible dès 2021 et sur le long terme. Pour créer les conditions du succès, il faut évidemment que chacun y mette du sien ; que les politiques aient une vision et que les entrepreneurs soient responsabilisés. Après la solidarité sanitaire, il faut organiser la solidarité économique. En écartant les embûches traditionnelles, comme le millefeuille administratif, véritable frein au dynamisme des entreprises.
 
LM.: Quel rôle souhaitez-vous jouer dans la solidarité économique ?
KP.: Par rapport à l’échelle de l’économie française, notre rôle reste modeste, mais multiplier les différents exemples est essentiel. Être capables de digitaliser l’économie traditionnelle implique prioritairement de rendre accessibles les technologies et d’en réduire les coûts. En accompagnant en proximité les porteurs de projets et en cherchant mobilisant des financements complémentaires à l’échelle Européenne, je pense que nous pouvons ouvrir de nouveaux chemins, partager librement notre expérience et ainsi contribuer à accélérer un collectif solide.
 

*Medinsoft accompagne l’innovation et la croissance des entreprises qui conçoivent et utilisent des outils du numérique