Lit au carré dans les chambrées, réveil à 6 heures, pas de téléphone portable, coupe de cheveux réglementaire… Pour les 300 candidats du service national qui prendront, à l’automne prochain, leurs quartiers sur la base aérienne d’Orange (Vaucluse), la mise en situation et l’immersion dans le grand bain sont garanties.
« Osez, engagez-vous, tentez votre chance« . Lundi dernier 12 janvier, c’est aussi bien pour donner un ordre, un conseil, une recommandation ou défendre une nouvelle idée du lien armée-nation, mais en tout cas à l’impératif, que la ministre des Armées, Catherine Vautrin, a donné le coup d’envoi d’une campagne nationale en vue de recruter plusieurs milliers de jeunes pour un nouveau « service national » (1) d’une durée de dix mois. Volontaire et rémunéré, ce dispositif doit permettre de « répondre aux besoins des armées » face au risque accru de conflit.
Sélectionnée pour devenir l’un des centres de formation des futurs volontaires du service volontaire national de 10 mois rétabli par Emmanuel Macron, la BA115 d’Orange avait ouvert ses portes à la presse en décembre dernier.
Pour l’occasion, la générale Valérie Godin, sous-directrice chargée du recrutement au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace avait fait le déplacement depuis Paris. « Nous (l’armée de l’Air, Ndlr) avons déjà reçu 400 prospects » se réjouit la DRH des « Gonfleurs d’hélice », comme on a coutume d’appeler l’armée de l’Air dans le jargon militaire. Un surnom qui parait bien désuet depuis que la dénomination « armée de l’Air et de l’Espace » a élargi, face de nouvelles réalités stratégiques, les compétences des aviateurs comme maîtres d’œuvre de la doctrine spatiale militaire française.

Des motivations à confirmer
« Ces premières candidatures de jeunes ayant exprimé leur intérêt pour le Service national sont un excellent début qui témoigne d’une dynamique réelle et d’une attractivité notable pour l’armée de l’Air et de l’Espace, armée à la fois technique, moderne et proche des Français. À nous de les recontacter pour leur présenter en détail le dispositif, les métiers proposés, les lieux d’affectation possibles et leur permettre de confirmer leur motivation à nous rejoindre », tempère la générale.
Pas question en effet pour les futurs jeunes volontaires qui seront accueillis sur la base d’Orange dans moins d’un an, de partir au front. « Ils auront vocation à être déployés sur le territoire national, assure la générale Godin, dans les bases aériennes de l’hexagone ou d’outre-mer ».

D’ici là, qu’est-ce qui attend ces jeunes que le ministère des Armées souhaite principalement âgés de 18 à 19 ans (avec la possibilité de candidater jusqu’à 25 ans) ? Un peu plus d’un mois de formation initiale commune, théorique et pratique, soit 288 heures au cours desquelles les aspirants s’initieront notamment au secourisme, au combat à corps à corps, au maniement des armes et au tir, tout en découvrant, l’histoire de l’armée de l’Air.
800 euros par mois minimum
Au terme de ce premier mois en commun, selon leurs compétences et leurs envies, les volontaires seront répartis par spécialités et auront 9 mois pour se professionnaliser, avant d’être affectés dans un métier particulier : logisticien, mécanicien ou encore planificateur de vol assistant des pilotes de Rafale.
Détail non négligeable, ils seront rémunérés à hauteur de 800 euros par mois et jusqu’à 2400 pour ceux qui intégreront les patrouilles Sentinelle.
Si l’on dit souvent que l’armée offre 1000 métiers, l’armée de l’Air et de l’Espace en fournit une cohorte non négligeable : « Des postes sont proposés dans l’ensemble des armées, direction et services du ministère. Il s’agit de postes opérationnels (patrouille, sécurité des emprises, préparation opérationnelle…), de soutien aux forces (agent opérationnel en escadron de chasse, appui mécanicien sur avion de chasse ou de transport, administratif, restauration, transport, logistique), ou encore spécialisés (intelligence économique, programmes d’armement, numérique, lutte anti-drone). Les métiers d’expertise seront principalement réservés aux 20 % de volontaires les plus âgés. Les entretiens prévus en CIRFA (centre d’information et de recrutement des forces armées, Ndlr) permettront d’identifier les postes les plus adaptés en fonction des profils des candidats » précise la générale Godin.
« Un triple win-win-win »
Le service des Armées prévoit de former 3000 jeunes en 2026 avec l’objectif d’en avoir aguerri 50 000 en 2035. Le 27 novembre dernier, le président Macron, alors en déplacement au sein de la 27e Brigade d’infanterie de Montagne à Varces, avait posé les bases de ce nouveau service national : « Nous ne pouvons pas revenir au temps de la conscription, mais nous avons besoin de mobilisation. Mobilisation de la Nation pour se défendre, pas contre tel ou tel ennemi, mais pour se tenir prêt et être respecté ». Depuis l’Isère, le président de la République avait décliné les trois objectifs de ce nouveau dispositif : « renforcer le pacte noué entre notre Nation et nos armées, renforcer la capacité de résistance de notre Nation, consolider la formation de nos jeunes ».

Traduction pragmatique de la générale Godin : Il s’agit d’un triple win-win-win. D’une part, en direction de la société civile : le renfort du pacte armées-nation s’opèrera principalement par une meilleure connaissance des jeunes envers leur armée. En effectuant un service national de 10 mois, ils auront l’opportunité de découvrir nos missions destinées à les protéger, en particulier la posture permanente de sûreté qui garantit la défense de l’espace aérien français, ainsi que la posture permanente de dissuasion, qui assure depuis 1964, sans interruption, le « parapluie nucléaire ».
Respect, intégrité, sens du service et excellence
Quant à la « résilience de la nation », terme en vogue et distillé par le président Macron et nombre de ses ministres depuis que la Russie a jeté son dévolu sur l’Ukraine pour l’annexer, la générale considère qu’elle « reposera sur la diffusion et le partage de l‘esprit de défense qui irriguera la société civile grâce au retour des jeunes après l’accomplissement de leur service ».
Valérie Godin y croit : « Le Service National vise à offrir un avantage à pour nos jeunes : l’armée de l’Air et de l’Espace contribuera à leur formation par le partage et la démonstration des valeurs qui animent les Aviateurs, en particulier le « RISE ». R pour respect de l’autre, quel que soit son grade, I pour intégrité de chaque aviateur, quel que soit son poste ou sa mission, S pour le sens du service de chacun au bénéfice d’une mission qui transcende chacun d’entre nous, et enfin E pour excellence, qui traduit cette quête de précision dans l’exécution. Le RISE, dans la signification anglaise, signifie s’élever, densifier ses compétences et aussi progresser dans la hiérarchie, gravir l’escalier social. Un programme ambitieux. Nous participerons également à la formation des jeunes par la transmission des gestes métier dans lesquels ils seront affectés.

Une armée hybride
Dernier volet du win-win-win : « Les armées gagneront en masse : nous sommes actuellement dans une phase de transition en phase de notre modèle d’armée qui tend à devenir hybride. Au cœur de la cohésion nationale pour protéger les Français, se trouve l’armée d’active. Nos aviateurs, qui ont choisi de signer un contrat (pour quelques années ou bien quelques décennies) au sein de l’armée de l’Air et de l’Espace, constitue ce cœur. Celui-ci est renforcé par les réservistes Aviateurs, militaires à part entière, à temps partiel, qui apportent leurs compétences propres et leur envie de servir, pour quelques jours ou dizaines de jours par an. Les jeunes vont désormais venir consolider cette double épaisseur en apportant leurs appétences, compétences et énergie ».
Lundi dernier, après avoir stipulé qu’aucun diplôme n’était requis pour se porter candidat, la ministre des Armées Catherine Vautrin a insisté sur un triptyque fondamental : « Ce qui compte, c’est la motivation, l’aptitude médicale et l’adéquation entre un profil et les besoins de nos armées ». (1) Les jeunes de 18 ans à 25 ans ont jusqu’au mois d’avril prochain pour candidater (avant de rejoindre les armées entre septembre et novembre), soit sur les sites internet de recrutement des armées, soit auprès d’un Cirfa (centre d’information et de recrutement des forces armées présent dans chacun des départements en hexagone comme en outre-mer). Pour ceux qui souhaiteraient se renseigner par téléphone, un numéro est dédié : 09 70 84 51 51. D’après les projections du ministère des Armées, environ 80 % des sélectionnés auront entre 18 et 19 ans. La période sous l’uniforme sera considérée comme une année de césure dans les études et les vœux sur Parcoursup préservés. Les 20 % restants auront des profils plus spécialisés (ingénieur, analyste de données, infirmier, etc.) et pourront faire leur service jusqu’à 25 ans avec le grade d’aspirant, le premier grade d’officier.
Gabrielle Dambreville