Alors que Renaud Muselier célèbre une décennie à la tête de la Région, l’assemblée plénière de ce jeudi ne s’est pas contentée de regarder dans le rétroviseur. Défenseur de la décentralisation, le président de l’exécutif a fait de la capacité à capter les fonds européens le véritable carburant du territoire, compensant le désengagement de l’État par une ingénierie de dossiers redoutable auprès de Bruxelles. Une stratégie qui sert aujourd’hui une ambition industrielle tourné vers l’avenir
C’est un anniversaire politique, mais résolument tourné vers la réindustrialisation du territoire. Pour ses dix ans de présidence, Renaud Muselier met en avant une stratégie régionale qui se projette clairement dans la prochaine décennie.

Fos-sur-Mer : décarboner sans désindustrialiser
C’est le dossier le plus vertigineux de cette session. Les enjeux économiques sont colossaux : ce bassin représente 25 000 emplois industriels directs et 5,2 milliards d’euros de richesse générée. L’ambition affichée est claire : ne pas désindustrialiser, mais décarboner.
Face à l’urgence et à la complexité de cette mutation, l’État et la Région sortent l’artillerie lourde administrative : la création d’une Opération d’Intérêt National. Ce statut d’exception consiste à placer Fos-Berre au cœur des priorités nationales pour accélérer les procédures.
Cette ambition politique se traduit opérationnellement par un « Projet partenarial d’aménagement » pour la période 2026-2030. Concrètement, les négociations ont permis de retenir 34 actions concrètes, représentant un montant total de près de 680 millions d’euros à engager d’ici 2030. Si plus de 355 millions d’euros sont déjà sécurisés, les partenaires s’engagent désormais à mobiliser de manière coordonnée les financements restants, notamment européens, pour boucler ce budget.
Toulon – La Seyne : conjuguer défense nationale et dynamique économique
Garantir l’avenir commercial de nos ports tout en servant la Défense nationale : c’est l’équation complexe à Toulon. La concession actuelle de la CCI du Var expire fin 2026, et la donne change radicalement. Dès le 1er janvier 2027, la Marine va réquisitionner une partie du foncier du port de Brégaillon pour construire les infrastructures d’accueil du futur Porte-Avions Nouvelle Génération.
Pour préserver l’activité commerciale malgré cette contrainte militaire, une « Société Portuaire » va voir le jour. La Région y entre au capital à hauteur de 15 %, aux côtés de la Métropole Toulon Provence Méditerranée (52 %), de la CCI (25 %) et du Département (8 %). Une participation stratégique pour garder la main sur cette vitrine économique face aux impératifs de défense nationale.
Transports : les JO 2030 comme locomotive
Le volet mobilité du contrat de plan État-Région passe à la vitesse supérieure avec l’adoption de l’avenant en octobre dernier qui intègre de nouveaux projets. Le tournant ? Les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver 2030 qui accélèrent les investissements dans les infrastructures alpines. La desserte routière et ferroviaire des stations de ski devient prioritaire, sans pour autant délaisser les petites lignes comme celle de la Côte Bleue.
Marseille : le port mise sur le vert
Sur le littoral, le Grand Port Maritime de Marseille bénéficie d’une enveloppe conséquente pour sa modernisation. La Région finance notamment la connexion électrique des navires à quai et les travaux de la station d’avitaillement en gaz naturel liquéfié.
L’ensemble des chantiers prévus jusqu’en 2027 s’inscrit dans le projet Fos 3.0, qui vise à décarboner la zone portuaire. Pour Renaud Muselier, le message est clair : la transition écologique ne se fera pas contre l’économie, mais grâce à des investissements massifs dans les infrastructures.
Finalement, cette plénière anniversaire aura surtout été une affirmation d’ambition : après une décennie passée à imposer la marque ‘Région Sud’ et à structurer la mécanique des financements européens, l’exécutif engage désormais la collectivité dans le temps long. Des Alpes olympiques aux quais industriels de Fos, la feuille de route est tracée jusqu’à 2030, et même au-delà. Une manière pour Renaud Muselier de signifier qu’après dix ans de mandat, il ne compte pas seulement gérer l’existant, mais bien façonner le visage du territoire pour la génération suivante. Reste à transformer ces ambitions en réalités concrètes d’ici 2030.
Ryan Kashi